Une disparition qui bouleverse Kikwit et la communauté intellectuelle congolaise
La disparition de Ruphin Kibari Nsanga, écrivain, historien et éducateur de renom, continue de susciter une vive émotion à Kikwit ainsi qu’au sein de la diaspora congolaise.
Figure emblématique du savoir et de la transmission historique, il laisse derrière lui un héritage intellectuel majeur.
Selon une source familiale, le corps de l’illustre disparu sera inhumé le samedi 11 avril à la Nécropole Entre Terre et Ciel 1, située dans la commune de la N’Sele, à Kinshasa. Une décision prise par la famille biologique et les enfants du défunt, dont la majorité réside dans la capitale et à l’étranger.
Une inhumation à Kinshasa qui suscite incompréhension et tristesse à Kikwit
Ce choix d’inhumation, en dehors de sa ville d’attache Kikwit, est loin de faire l’unanimité. Dans cette ville du Kwilu où Ruphin Kibari était profondément enraciné, l’émotion est intense, traduite par une vague de tristesse et de déception.
Des milliers de Kikwitois, attachés à cette figure emblématique, auraient souhaité lui rendre un dernier hommage sur sa terre d’adoption. Cette décision suscite également une grande frustration chez certaines autorités, notamment le Professeur Eberande Kolongele, Conseiller spécial du Chef de l’État en matière de sécurité, qui s’était personnellement impliqué pour organiser des obsèques dignes à Kikwit.
Face à cette situation, le débat sur le respect des valeurs culturelles et des attaches locales refait surface, même si, comme le veut l’adage, la famille reste souveraine dans ses décisions.
Ruphin Kibari Nsanga : écrivain engagé et gardien de la mémoire congolaise
Né le 19 janvier 1955 à Lusanga, dans le territoire de Bulungu, Ruphin Kibari Nsanga s’est illustré comme un écrivain prolifique, historien rigoureux et éducateur engagé.
Issu d’une famille dont le nom Kibari est historiquement lié aux Plantations Lever du Zaïre (PLZ) de Lusanga, il hérite d’une tradition marquée par un rôle notable dans l’histoire socio-économique de la région.
Cette filiation renforce la portée symbolique de son parcours intellectuel.
Après ses études primaires à Kinzambi et Leverville-SOA, il obtient un diplôme pédagogique à l’Institut Saint Joseph de Leverville en 1974, avant de décrocher une licence en histoire sociale en 1978.
Une carrière dédiée à l’éducation et à la transmission du savoir
Ruphin Kibari Nsanga a exercé comme Préfet des études à l’Institut technique commercial Ndungi à Kikwit, où il a marqué plusieurs générations d’élèves.
Enseignant passionné et encadreur académique respecté, il s’est également distingué par son engagement dans la société civile, défendant avec conviction la place de l’histoire dans le système éducatif congolais.
Sa pensée se résumait dans une formule devenue emblématique :
« Un peuple sans histoire est comme un arbre sans racines ».
Une œuvre littéraire riche au service de l’histoire et de la société
Auteur de plusieurs ouvrages, Ruphin Kibari Nsanga a consacré sa plume à l’exploration de l’histoire locale, des phénomènes sociaux et des crises sanitaires.
Parmi ses principales publications figurent :
Les mouvements anti-sorcier à l’époque coloniale (1982)
Le virus Ebola à Kikwit : mythe, mystère ou réalité ? (1998), avec des versions actualisées
Kuku Pemba : une page d’histoire des Bambala et de Kikwit
Des travaux récents sur l’histoire de la ville de Kikwit
En 2023, il publie une version enrichie de ses recherches sur Ebola, appelant à une vigilance accrue et à la promotion de la recherche scientifique.
Passionné de culture et de musique, il laisse également un manuscrit inédit consacré à King Kester Emeneya, intitulé :
« King-Kester Emeneya, du choriste de Kikwit au panthéon de la musique internationale ».
Un défenseur infatigable de la culture et de la lecture
Au-delà de ses écrits, Ruphin Kibari Nsanga s’est imposé comme un militant de la culture et de l’éducation. Il plaidait pour :
le soutien aux écrivains congolais,
la création de bibliothèques scolaires,
la valorisation de l’histoire nationale.
Il dénonçait également le manque de financement du secteur littéraire et la faible culture de lecture en RDC.
Une vie familiale et un héritage durable
Marié à Séverine Ngyombo et père de cinq enfants, Ruphin Kibari Nsanga restera dans les mémoires comme une figure majeure de Kikwit et du Kwilu :
un éducateur dévoué,
un historien engagé,
un écrivain témoin de son époque.
Son œuvre continuera d’inspirer les générations futures, contribuant à préserver la mémoire collective et à éveiller les consciences sur les enjeux de l’éducation, de la culture et de la santé.
Un dernier hommage à une plume congolaise d’exception
La disparition de Ruphin Kibari Nsanga laisse un vide immense dans le paysage intellectuel congolais. Entre émotion, débats et reconnaissance, une certitude demeure : son héritage littéraire et historique restera gravé dans la mémoire nationale.
La redaction de Newmessagerpaix.net partage cette douleur et présente ses condoléances chrétiennes à la famille Kibari particulièrement à Marie France Kibari tout en implorant la consolation divine sur les cœurs brisés.
Qu’il repose en paix.
Albert Mafolo/Newmessagerpaix.net





