Dans une tribune poignante, dont copie est parvenue à Newmessagerpaix.net ce samedi, Mme Ntamuzinda W’Igulu Elodie, experte de la Société civile, Médiatrice des conflits, partisane de la paix et de la bonne gouvernance, livre un regard lucide, sans détour et profondément pathétique sur la condition de la femme congolaise .
Entre mémoire collective, tragédies vécues et interpellation citoyenne, ce cri de cœur se veut à la fois témoignage, éveil de conscience et appel urgent à l’unité nationale et au dialogue.
Introduction : Une reconnaissance internationale face à une réalité douloureuse
Qui est réellement la femme congolaise ?
Aujourd’hui, le monde lui attribue de multiples identités d’honneur : les francophones la qualifient d’Héroïne, la communauté internationale salue sa Résilience, et l’Union africaine l’élève au rang de Femwise (Femme sage), jalonnant son parcours de distinctions et de prix à travers le monde.
Au sein de sa propre patrie, elle est célébrée comme éducatrice, nourricière et médiatrice des conflits.
Pourtant, la tragédie de son quotidien impose de dépasser ces hommages sémantiques pour interroger sa véritable identité.
Un regard objectif sur son parcours historique s’impose afin de la nommer avec vérité face à l’histoire.
I. Les cycles historiques de l’impuissance et du sacrifice
1. L’ère de la solidarité originelle et les premiers contacts
Jadis gardienne de la mémoire et historienne de la communauté, la femme congolaise perpétuait l’âme de son peuple à travers des fables contées au coin du feu, après le repas, entourée de sa famille et du voisinage. Cette solidarité relevait d’un art de vivre naturel.
C’est dans cette harmonie qu’elle vit son peuple accueillir les premiers explorateurs. Elle participait, très probablement, à la préparation des mets de bienvenue et au service des boissons locales, en échange d’objets dérisoires qui allaient pourtant bouleverser le destin collectif.
2. Le traumatisme de la déportation
Elle fut ensuite témoin impuissant de la première grande saignée humaine.
Ses villages se vidaient progressivement de leurs hommes et de leurs jeunes, enchaînés et déportés vers un monde inconnu.
L’histoire révélera plus tard leur destination : le Nouveau Monde, où ils contribuèrent à bâtir les Amériques.
Ce furent des générations perdues, l’espoir brisé, la joie effacée, laissant derrière elles désolation et silence.
3. La tragédie du caoutchouc rouge
Elle subit et observa avec la même impuissance l’horreur des mutilations.
Voir ses enfants, ses proches ou elle-même amputés devint une réalité quotidienne. Elle comptabilisa, dans la douleur, les pertes humaines liées aux plantations coloniales et aux travaux forcés.
Ce fut l’époque sombre du « caoutchouc rouge ».
II. Des illusions de l’indépendance aux cycles des crises politiques
1. L’indépendance et ses désillusions
La femme congolaise a vécu les grandes mutations politiques du pays.
Au son de l’indépendance, elle dansa l’espoir d’un renouveau. Mais cet espoir fut brutalement interrompu par l’assassinat du père de l’indépendance.
Les « libérateurs » successifs s’imposèrent alors, entraînant une succession de crises, d’arrestations et de violences qui touchèrent directement ses fils et ses époux.
2. L’aliénation culturelle et sociale
Face à la violence politique, elle fut entraînée dans une forme d’aliénation.
La société se détourna progressivement de ses valeurs fondamentales. L’éducation recula, la distraction collective prit le dessus, et la débrouillardise devint un mode de survie.
Exode rural, chômage, effondrement économique et chaos monétaire accentuèrent cette crise.
3. Engagement citoyen et résistance
Malgré tout, la femme congolaise ne resta pasàà passive.
Elle participa aux processus de transition, s’impliqua dans les négociations politiques et contribua aux efforts de reconstruction nationale.
Elle fut actrice : électrice, candidate, observatrice, médiatrice.
Mais pendant ce temps, certains de ses enfants poursuivaient la lutte armée dans les forêts.
III. L’impasse actuelle : violences persistantes et fractures internes
1. Une instabilité chronique à l’Est
Les conflits armés persistent, alimentés par des groupes multiples et des tensions communautaires.
La femme congolaise continue de subir les conséquences : déplacements, pertes humaines, insécurité permanente.
2. L’espoir fragile de l’alternance
Elle a cru en un changement pacifique, s’appropriant les innovations électorales et participant activement aux processus démocratiques.
Mais elle constate encore aujourd’hui les limites de la consolidation politique et institutionnelle.
3. Une société profondément divisée
Le drame atteint désormais les familles elles-mêmes.
Ses enfants s’opposent, certains prenant les armes, d’autres manifestant, tandis qu’une nouvelle forme de violence émerge dans l’espace numérique, faite d’injures et de divisions.
IV. Cri d’alarme et appel solennel
1. Une interpellation directe
Femme congolaise : où es-tu ?
Tes enfants se divisent, certains débattent de réformes politiques pendant que d’autres subissent les violences armées. La population reste confrontée à la précarité et au manque de services essentiels.
Et toi, que fais-tu ?
2. Un appel au sursaut
L’heure n’est plus à la passivité.
Lève-toi, bouge, marche, cours vers des solutions durables. Refuse la fatalité.
Approche tes enfants divisés, parle-leur et rappelle-leur ce qui les unit.
3. Une mise en garde
L’histoire enseigne la vigilance.
Sans unité, les logiques d’exploitation pourraient se perpétuer sous d’autres formes, au détriment des ressources et de la dignité nationale.
Conclusion : Dialoguons pour l’avenir
Ce cri de cœur est un appel à la conscience collective.
À la femme congolaise, mais aussi à toute la nation.
Unissons-nous, dialoguons et réfléchissons ensemble à des solutions durables pour la paix et la refondation nationale.
Tribune signée : Mme Ntamuzinda W’Igulu Elodie
Experte de la société civile, Médiatrice des conflits, Partisane de la paix et de la bonne gouvernance





