Une conférence socio-scientifique pour décrypter une encyclique majeure
Le Secrétariat général de la CENCO, en collaboration avec SIGNIS RDC, a organisé ce samedi 13 juin 2026, dans la salle de conférence du Centre Interdiocésain de la Gombe, une importante conférence socio-scientifique à l’intention des journalistes catholiques membres de SIGNIS RDC.
Cette rencontre de haut niveau a été marquée par trois interventions magistrales assurées respectivement par le Professeur Bob Bobutaka Bateko, Monseigneur Donatien Nshole, Chapelain du Saint-Père et Secrétaire général de la CENCO, ainsi que l’Abbé Augustin Kamb, secrétaire de la CESC.
La cérémonie a également été rehaussée par la présence de l’Abbé Georges Kalenga, Premier Secrétaire général adjoint de la CENCO, et du Professeur écrivain Didier Mumengi, Coordonnateur général du Secrétariat technique de l’initiative du Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble.
L’intelligence artificielle face à l’intelligence humaine : analyse du Professeur Bob Bobutaka
Prenant la parole, le Professeur Bob Bobutaka Bateko a développé une réflexion approfondie sur l’influence de l’intelligence artificielle (IA) sur l’individu, l’Église et la société.
Il a expliqué que l’intelligence humaine se décline notamment en intelligence naturelle, issue des cinq sens et façonnée par l’apprentissage à travers la famille, l’Église et la société. L’intelligence artificielle, quant à elle, n’est qu’une extension de cette intelligence humaine dans un contexte machinal, permettant des simulations et une amplification des capacités humaines.
Toutefois, il a mis en garde contre certains risques, notamment :
la mise en veilleuse des capacités intellectuelles humaines ;
une forme d’« hibernation » des cerveaux ;
le danger d’un conflit futur entre la machinalité et l’humanité.
Le professeur a salué l’initiative de l’Église, qu’il considère comme pionnière dans la réflexion sur l’humanisation de l’IA. Selon lui, l’encyclique Magnifica Humanitas constitue un document essentiel pour encourager une appropriation responsable et mesurée de cette technologie.
Répondant à une préoccupation, il a reconnu que la République démocratique du Congo se trouve encore à un stade embryonnaire dans l’exploitation de l’intelligence artificielle, notamment dans le domaine des statistiques.
Il a ainsi appelé à valoriser les intelligences locales et à agir de manière proactive : « Il ne faut pas toujours attendre des autres ce qu’il faut faire, mais commencer par accomplir notre propre mission pour la préservation de l’humanité ».
Magnifica Humanitas : un appel à humaniser la technologie
Une lecture éthique de l’encyclique par l’Abbé Augustin Kamb
Dans son intervention, l’Abbé Augustin Kamb a proposé une lecture essentiellement éthique de l’encyclique.
D’entrée de jeu, il a précisé que Magnifica Humanitas ne doit pas être comprise comme un texte technique sur l’intelligence artificielle, mais comme une actualisation de la doctrine sociale de l’Église face aux transformations induites par la révolution numérique.
Il a insisté sur deux idées majeures :
l’encyclique n’est pas un rejet de la technologie ;
elle constitue une invitation à un discernement moral et social, mettant au centre la personne humaine.
Selon lui, l’intelligence humaine, dotée de conscience et de liberté, doit toujours orienter les innovations technologiques et en fixer les limites.
Les principes fondamentaux pour une technologie au service de l’homme
L’Abbé Kamb a rappelé que l’encyclique s’appuie sur les piliers de la doctrine sociale de l’Église, notamment :
la dignité humaine, intrinsèque et inconditionnelle ;
le bien commun ;
la destination universelle des biens, y compris numériques ;
la subsidiarité ;
la solidarité ;
la justice.
Ces principes constituent des repères essentiels pour garantir une utilisation éthique de l’intelligence artificielle.
Les risques et enjeux éthiques de l’intelligence artificielle
L’intervenant a également mis en lumière plusieurs risques liés à l’IA :
la dévalorisation de l’intelligence humaine ;
la domination de la logique de rentabilité ;
l’émergence du transhumanisme et du posthumanisme ;
la réduction de la personne à une simple donnée.
Parmi les enjeux majeurs figurent :
l’exploitation des données personnelles ;
la manipulation des comportements ;
l’accroissement des inégalités ;
les risques de surveillance et de néocolonialisme numérique.
Face à ces défis, il a insisté sur la nécessité d’une gouvernance éthique, transparente et inclusive de l’IA.
Une vision biblique : entre Babel et Jérusalem
Pour illustrer son propos, l’encyclique s’appuie sur deux figures bibliques :
la tour de Babel, symbole d’une domination technologique sans Dieu ;
les murs de Jérusalem, symbole d’une construction collective fondée sur la solidarité et la responsabilité.
L’humanité est ainsi appelée à choisir entre domination technologique et fraternité.
Vers une civilisation de l’amour
Dans son dernier chapitre, l’encyclique aborde la question cruciale des armes autonomes et appelle à « désarmer l’IA ».
Le Pape invite à bâtir une civilisation de l’amour fondée sur :
la paix ;
la justice ;
le dialogue ;
la fraternité.
L’objectif est clair : faire progresser la technologie sans compromettre l’humanité.
Une encyclique au cœur des défis contemporains selon Mgr Donatien Nshole
Monseigneur Donatien Nshole a salué la mobilisation autour de cette première encyclique du Pape Léon XIV, publiée le 25 mai 2026.
Il a présenté ce texte comme un véritable « patrimoine de sagesse », offrant des repères pour penser et agir face aux risques de déshumanisation du monde moderne.
La mission prophétique de l’Église
Le prélat a rappelé que l’Église ne peut rester en marge des réalités sociopolitiques. Sans se substituer à l’État, elle exerce une mission de vigilance éthique fondée sur la défense de la dignité humaine.
S’inscrivant dans la continuité des papes de Léon XIII à François, cette mission appelle à une présence active dans les débats contemporains.
Un appel à la paix, au dialogue et à la justice
Face aux conflits, le Pape appelle à faire de la paix une priorité, un message particulièrement pertinent pour la République démocratique du Congo.
Il insiste également sur :
la promotion du dialogue ;
la lutte contre la désinformation ;
la nécessité de la justice comme fondement d’une paix durable.
La « civilisation de l’amour » se construit ainsi à travers des actions concrètes de solidarité et de fraternité.
Exhortation finale : un engagement pour tous
Clôturant la rencontre, l’Abbé Georges Kalenga a rappelé que l’Église a toujours pris le temps d’observer, d’analyser et d’enseigner avant de se prononcer.
Il a souligné que sa mission principale est d’éclairer les consciences et de veiller à ce que la science progresse avec éthique et responsabilité.
Insistant sur l’importance de la formation à la doctrine sociale de l’Église, il a invité les participants à capitaliser les ressources offertes notamment par l’Institut panafricain Cardinal Martino de l’Université Catholique du Congo.
Enfin, il a exhorté chacun à incarner, dans sa vie quotidienne, les enseignements reçus, afin de contribuer à la construction d’un monde plus humain.
Conclusion : un choix de civilisation
Au-delà de l’intelligence artificielle, Magnifica Humanitas propose une réflexion profonde sur l’avenir de l’humanité.
Elle place chaque personne face à un choix fondamental :
construire seule, dans une logique de domination ;
ou construire ensemble, dans une dynamique de fraternité.
À travers cette encyclique, le Pape Léon XIV invite à faire de la technologie un instrument au service de la dignité humaine et de l’amour, pour une société véritablement humaine et solidaire.
Un reportage de Bertin Kangamotema/Newmessagerpaix.net





