Et si la véritable bataille nationale de la République démocratique du Congo se jouait dans les champs, les villages agricoles, les marchés, les routes de desserte agricole et les unités de transformation ?
Et si la nouvelle génération d’entrepreneurs africains était en train d’inventer une autre manière de conquérir son avenir : non plus seulement par la recherche d’emplois, mais par la création de richesses, la maîtrise de la production et la reconquête de la souveraineté économique ?
C’est dans cette perspective qu’apparaît une notion qui mérite d’être interrogée : le DANGOTISME.
Le DANGOTISME peut être compris comme une nouvelle pensée, un nouveau comportement et une nouvelle école d’entrepreneuriat portée par des investisseurs africains qui veulent se libérer de la dépendance économique en produisant, en transformant et en investissant chez eux.
Il ne s’agit pas simplement de reproduire le parcours d’Aliko Dangote. Il s’agit d’en retenir une philosophie : oser investir à grande échelle, croire aux potentialités africaines, créer des chaînes de valeur locales et transformer les ressources du continent en puissance économique africaine.

Cette philosophie rejoint, sous un autre angle, le cri d’alarme lancé par Didier Mumengi dans son ouvrage Militariser l’agriculture.
Les deux approches semblent différentes. L’une vient du monde de l’entrepreneuriat et de l’investissement ; l’autre de la réflexion sur la mobilisation nationale autour de l’agriculture.
Mais elles convergent sur une même conviction :

«L’Afrique ne pourra pas se libérer durablement tant qu’elle ne produira pas elle-même ce dont ses populations ont besoin et ne transformera pas elle-même la richesse issue de ses terres.»
LA FAIM COMME ENNEMI NATIONAL
Dans un pays comme la République démocratique du Congo, où la faim continue de toucher des millions de personnes malgré l’immensité des terres, des ressources naturelles et des potentialités agroécologiques, la question agricole ne peut plus être considérée comme une simple préoccupation sectorielle.
Elle touche à la souveraineté nationale, à la dignité humaine, à la stabilité sociale, à l’emploi des jeunes et à l’avenir économique du pays.
C’est précisément le mérite de Didier Mumengi d’avoir posé cette question avec force et audace.
Le mot « militariser » peut surprendre.
Il interpelle.
Il oblige surtout à réfléchir.
Car derrière cette expression volontairement percutante, il ne s’agit pas de militariser la société rurale, ni de placer l’agriculture sous une logique autoritaire.
Il s’agit plutôt d’une métaphore de mobilisation nationale : mobiliser les compétences, les capitaux, les infrastructures, la recherche, la technologie, les jeunes, les investisseurs, les pouvoirs publics et les communautés autour d’un objectif vital :
* mettre fin à la faim et faire de la RDC une grande puissance productive.
Dans cette bataille, le véritable « ennemi » n’est pas une armée étrangère.
C’est la faim.
C’est la dépendance alimentaire.
C’est l’abandon des terres.
C’est l’absence de transformation locale.
C’est encore l’insuffisance des routes de desserte agricole, de la mécanisation, du financement et de l’organisation des producteurs.
LE DANGOTISME : INVESTIR POUR SE LIBÉRER
Le DANGOTISME apporte une autre dimension à cette mobilisation.
Il pose une question simple mais révolutionnaire :
Pourquoi l’Africain ne pourrait-il pas devenir lui-même le grand investisseur de son propre continent ?

Pendant trop longtemps, l’Afrique a été considérée principalement comme un espace de consommation, d’exportation de matières premières et de dépendance vis-à-vis des capitaux, des produits manufacturés et des technologies venus d’ailleurs.
Le DANGOTISME entend inverser cette logique.
Il affirme une nouvelle culture :
produire plutôt que subir ; investir plutôt qu’attendre ; transformer plutôt qu’exporter brut ; créer des emplois plutôt que rechercher indéfiniment un emploi ; construire des entreprises plutôt que dépendre uniquement de l’État.
Dans cette conception, l’entrepreneur n’est plus seulement un homme d’affaires.
Il devient un acteur de souveraineté.
Son usine, sa ferme, son réseau de distribution, son centre de transformation ou sa plateforme logistique deviennent autant d’instruments de développement.
C’est là que le DANGOTISME rencontre « Militariser l’agriculture ».
DU « BUSINESS » À LA BATAILLE POUR LA SOUVERAINETÉ
Une ferme moderne n’est pas seulement une entreprise.
Elle peut devenir une réponse à la faim.
Une unité de transformation n’est pas seulement une installation industrielle.
Elle peut devenir un instrument de création d’emplois.
Une route de desserte agricole n’est pas seulement une infrastructure.
Elle permet à la production d’atteindre le marché.
Un tracteur n’est pas seulement une machine.

Dans un environnement où la houe domine encore, il peut devenir un formidable multiplicateur de productivité.
C’est exactement ce que démontre l’expérience de Jacques Kituba dans le Kwilu.
JACQUES KITUBA : QUAND LE TRACTEUR DEVIENT UNE « ARME » CONTRE LA FAIM
Urgence de mettre fin au scandale de la faim au Kwilu : Jacques Kituba utilise le tracteur comme arme de la renaissance agricole.
Ingénieur de formation et aujourd’hui retraité de l’administration publique, Jacques Kituba aurait pu choisir une retraite tranquille à Kinshasa.
Il a fait un autre choix.
Il a choisi de retourner vers la terre de ses ancêtres.
À Eyen, à près d’une centaine de kilomètres de Kikwit, ainsi qu’à Kianga, son engagement traduit une conviction simple : la terre congolaise ne doit pas seulement être un patrimoine à contempler ; elle doit devenir un capital productif.
Son expérience illustre ainsi une forme concrète de DANGOTISME.
Il ne s’agit pas de copier un modèle étranger.
Il s’agit de comprendre qu’un Africain peut décider de mettre son expérience, son capital, son intelligence et ses moyens au service d’un territoire africain.
Le tracteur devient alors symboliquement une « arme ».
Non pas une arme de guerre contre des hommes.
Mais une arme contre la pénibilité, la sous-production, la faim et la pauvreté rurale.
LE KWILU NE MANQUE PAS DE TERRES : IL MANQUE DE PUISSANCE PRODUCTIVE
Le paradoxe congolais est saisissant.
La RDC dispose d’immenses potentialités agricoles. Pourtant, une partie importante de sa population demeure confrontée à l’insécurité alimentaire.
Dans le Kwilu, l’agriculture reste largement dominée par une production familiale reposant sur des méthodes manuelles particulièrement pénibles.
La houe demeure l’un des principaux instruments de travail alors que les superficies disponibles sont considérables.
Cette situation limite mécaniquement les capacités des producteurs.
Comment demander à un cultivateur équipé principalement d’une houe de rivaliser avec une agriculture mécanisée ?
Comment produire suffisamment pour nourrir les villes, approvisionner les industries et dégager des excédents commerciaux lorsque la production demeure essentiellement extensive, faiblement mécanisée et insuffisamment connectée aux marchés ?
La question n’est donc pas seulement :
« Avons-nous des terres ? »
La véritable question est :
« Avons-nous organisé la puissance nécessaire pour les mettre en valeur ? »
C’est ici que le concept de « militarisation de l’agriculture » de Didier Mumengi prend tout son sens.
MOBILISER LE CAPITAL AFRICAIN
Le défi ne peut cependant pas reposer uniquement sur l’État.
Il faut une alliance nouvelle entre État, entrepreneurs, investisseurs, agriculteurs, scientifiques, banques, jeunes et communautés rurales.
Le DANGOTISME peut contribuer à construire cette alliance.
Car si les jeunes Africains adoptent une nouvelle culture de l’investissement productif, le continent peut progressivement passer d’une économie de consommation à une économie de production.
La RDC pourrait ainsi voir émerger une nouvelle génération d’entrepreneurs agricoles :
– investisseurs dans la mécanisation ;
– promoteurs de fermes modernes ;
– transformateurs de produits agricoles ;
– entrepreneurs de stockage et de conservation ;
– opérateurs de transport et de logistique ;
– producteurs de semences ;
– développeurs de solutions numériques agricoles ;
– industriels de l’agroalimentaire ;
– jeunes financiers spécialisés dans l’agriculture.
Ce serait une véritable armée économique de la production, au sens métaphorique du terme.
LA JEUNESSE : DE CHERCHEUSE D’EMPLOI À CRÉATRICE DE RICHESSE
Voilà probablement l’une des grandes ruptures culturelles que porte le DANGOTISME.
Pendant des générations, l’ambition sociale a souvent été associée à l’obtention d’un poste administratif, politique ou salarié.
La nouvelle génération doit pouvoir rêver autrement.
Pourquoi ne pas devenir propriétaire d’une ferme ?
Pourquoi ne pas créer une entreprise de transformation du manioc ?
Pourquoi ne pas mécaniser plusieurs centaines d’hectares ?
Pourquoi ne pas construire une chaîne de valeur autour du maïs, du riz, du soja, du cacao, du palmier à huile ou de l’élevage ?
Pourquoi ne pas transformer localement ce que nous exportons aujourd’hui comme matière première ?
C’est cette révolution culturelle que le DANGOTISME peut incarner :
«Ne plus attendre que quelqu’un vienne développer l’Afrique. Devenir soi-même acteur de son développement.»
DANGOTISME + « MILITARISER L’AGRICULTURE » : UNE DOCTRINE DE LIBÉRATION ÉCONOMIQUE ?
La rencontre entre les deux concepts devient alors particulièrement intéressante.
« Militariser l’agriculture» appelle à une mobilisation nationale exceptionnelle contre la faim.
Le DANGOTISME appelle à une nouvelle mentalité entrepreneuriale africaine fondée sur l’investissement, la production et la maîtrise des chaînes de valeur.
* L’un donne l’urgence nationale.
* L’autre donne la culture entrepreneuriale.
L’un dit :
« La faim est une bataille nationale. »
L’autre répond :
« Alors construisons les entrepreneurs capables de gagner cette bataille. »
Ensemble, ils peuvent former les deux faces d’une même ambition :
PRODUIRE POUR NOURRIR.
INVESTIR POUR TRANSFORMER.
ENTREPRENDRE POUR SE LIBÉRER.
DE LA TERRE À LA PUISSANCE
La terre congolaise ne demande pas seulement d’être cultivée.
Elle demande à être organisée, mécanisée, financée, transformée et connectée aux marchés.
Le défi consiste à construire un véritable écosystème productif.
Un agriculteur sans route reste isolé.
Une récolte sans stockage est vulnérable.
Une production sans transformation crée peu de valeur.
Une usine sans matières premières tourne au ralenti.
Un investisseur sans sécurité juridique hésite.
Un jeune sans financement reste spectateur.
La bataille contre la faim doit donc être pensée comme une chaîne nationale de production.
C’est cette chaîne qu’il faut construire.
LE TRACTEUR, LA FERME ET L’USINE : LES NOUVEAUX SYMBOLES DE LA RENAISSANCE
Dans cette perspective, le tracteur de Jacques Kituba dans le Kwilu prend une dimension symbolique.
Il représente le passage d’une agriculture de survie vers une agriculture de puissance.
La ferme devient une entreprise.
Le village devient un bassin de production.
La route devient un corridor économique.
Le marché devient un espace de valorisation.
L’usine devient le prolongement de la ferme.
Et l’entrepreneur devient un acteur de transformation sociale.
C’est peut-être là que se trouve le véritable message de Militariser l’agriculture :
la RDC ne vaincra pas la faim par les discours, mais par une mobilisation concrète de ses forces productives.
UNE NOUVELLE ÉCOLE D’ENTREPRENEURIAT AFRICAIN
Le DANGOTISME pourrait ainsi être défini comme une école de pensée entrepreneuriale africaine fondée sur l’audace d’investir, la volonté de produire localement, la maîtrise des chaînes de valeur, la transformation industrielle et la recherche de l’autonomie économique.
Cette école doit surtout éviter un piège : réduire le succès entrepreneurial à l’accumulation individuelle.
Le véritable enjeu est plus grand.
Quelle richesse mon entreprise crée-t-elle autour d’elle ?
Combien de jeunes forme-t-elle ?
Combien d’emplois crée-t-elle ?
Combien de producteurs fait-elle vivre ?
Combien de matières premières transforme-t-elle ?
Combien de familles contribue-t-elle à nourrir ?
Combien de valeur ajoutée reste-t-il dans le pays ?
C’est à ces questions que l’entrepreneur africain de demain devra répondre.
LA NOUVELLE BATAILLE NATIONALE
La RDC possède les terres.
Elle possède l’eau.
Elle possède une biodiversité exceptionnelle.
Elle possède une jeunesse nombreuse.
Elle possède des entrepreneurs.
Elle possède des ingénieurs.
Elle possède des chercheurs.
Elle possède des communautés rurales détentrices de savoirs agricoles.
Ce qui manque encore, c’est la convergence de toutes ces forces dans une stratégie nationale cohérente de production.
Voilà pourquoi le débat lancé par Didier Mumengi mérite d’être poursuivi.
Voilà pourquoi l’expérience de Jacques Kituba mérite d’être racontée.
Et voilà pourquoi le DANGOTISME mérite d’être discuté comme phénomène émergent de la pensée entrepreneuriale africaine.
Car derrière ces trois réalités se dessine peut-être une même révolution :
faire de l’Africain non plus seulement un consommateur de richesses produites ailleurs, mais un producteur, un investisseur, un transformateur et un bâtisseur de puissance économique.
DE LA GUERRE CONTRE LA FAIM À LA LIBÉRATION ÉCONOMIQUE
La faim ne doit plus être considérée comme une fatalité africaine.
Elle doit devenir un défi à vaincre.
Et pour la vaincre, il faut des politiques publiques ambitieuses, mais aussi une nouvelle génération d’entrepreneurs capables de prendre des risques, d’investir dans les territoires, de moderniser l’agriculture et de transformer les matières premières.
Didier Mumengi nous invite à « militariser » symboliquement les forces de la Nation contre la faim.
Jacques Kituba montre, dans le Kwilu, que cette bataille peut commencer concrètement avec un tracteur, une terre et une volonté.
Le DANGOTISME invite, lui, les jeunes investisseurs africains à transformer cette volonté en culture entrepreneuriale.
Trois expressions différentes.
Mais une même direction :
LIBÉRER L’AFRIQUE PAR LA PRODUCTION.
Et si, finalement, la prochaine grande révolution congolaise ne commençait pas dans les bureaux, mais dans les champs ?
Et si la véritable arme de la République démocratique du Congo contre la faim était précisément celle que ses terres attendent depuis longtemps :
l’intelligence, le capital, le travail, la technologie et l’audace d’investir ?
La bataille est agricole.
La bataille est économique.
La bataille est générationnelle.
Bertin Kangamotema Amizia/Newmessagerpaix.net





