Disparu le 7 février 1986, Cheikh Anta Diop reste l’une des figures intellectuelles les plus lumineuses et influentes du XXᵉ siècle.
À l’occasion du 40ᵉ anniversaire de sa disparition, le Sénégal célèbre ce géant de la pensée, dont les travaux ont révolutionné la compréhension de l’histoire africaine et affirmé avec éclat la grandeur du continent.
Égyptologue de renommée mondiale, humaniste visionnaire, homme politique courageux et panafricaniste infatigable… le parcours de Cheikh Anta Diop est exceptionnel. Ses contributions, incommensurables et multidimensionnelles, continuent de rayonner à travers le monde.
Le président Bassirou Diomaye Faye a souligné « l’importance capitale des travaux scientifiques et de l’engagement intellectuel du savant, qui ont éveillé les consciences africaines et redonné à l’histoire du continent sa juste place ».
Réhabiliter l’Afrique au cœur de l’Histoire
Né le 29 décembre 1923 à Thieytou, Cheikh Anta Diop brille dès son jeune âge par son intelligence et sa soif de savoir. Étudiant en France, il refuse la vision eurocentrée qui dénigre les civilisations africaines.
« Cette idée lui était insupportable », rappelle Aboubacry Moussa Lam, historien et assistant du chercheur de 1982 à 1986. Ainsi, Diop consacre sa vie à « l’élaboration d’une conscience africaine et à la décolonisation du narratif historique ».
À travers ses recherches, il démontre que l’Égypte ancienne était une civilisation négro-africaine et forge la théorie d’« unité culturelle de l’Afrique » dans son ouvrage majeur de 1954, Nations nègres et culture. Malgré les controverses et les obstacles coloniaux, sa thèse est validée en 1960, et il devient professeur en 1980, après des années de luttes intellectuelles et politiques.
Revenu à Dakar, il crée le premier laboratoire africain de datation au carbone 14 à l’IFAN, dirigeant ce laboratoire de 1966 à 1986, et participe à des projets d’envergure comme l’Histoire générale de l’Afrique de l’UNESCO.
Une figure emblématique du panafricanisme
Pour Cheikh Anta Diop, la science et la politique étaient indissociables. « Défendre l’Afrique et les civilisations noires dépendait de la restitution scientifique de la vérité historique sur l’Égypte ancienne », explique Mbaye Thiam, historien.
Fondateur de plusieurs partis, il milite pour l’unité politique de l’Afrique et défend la création d’un État fédéral africain, comme le détaille son manifeste de 1960, Les fondements économiques et culturels d’un État fédéral d’Afrique noire.
Souleymane Gueye, délégué général du FRAPP, rappelle : « Cheikh Anta Diop est une référence pour tous les militants panafricanistes dans le monde entier. Son héritage intellectuel est universel. » Ses ouvrages continuent d’inspirer chercheurs, étudiants et militants, des États-Unis aux Caraïbes.
Préserver et diffuser son patrimoine
À l’occasion du 40ᵉ anniversaire de sa mort, associations et disciples se mobilisent pour valoriser son œuvre. Une marche annuelle relie Dakar à Thieytou pour célébrer son héritage scientifique et culturel, tandis que des conférences et activités pédagogiques sont organisées dans les écoles.
Un musée, en projet dans sa maison de Dakar, et un institut pour la formation et le partage des savoirs, visent à rendre son œuvre accessible à tous, au-delà des cercles universitaires.
« Il est vital pour la mémoire et la science de préserver cet espace de mémoire », insiste El Malick Ndiaye, directeur du musée Théodore Monod et chef du département des musées de l’IFAN.
La mémoire de Cheikh Anta Diop portée par le cinéma
Le documentaire Kemtiyu, Séex Anta d’Ousmane William Mbaye, sous-titré en wolof et doublé en swahili, rend hommage à Cheikh Anta Diop.
« Nous avons voulu honorer sa lutte pour l’écriture et l’expression des langues africaines », explique le réalisateur. Le film retrace la vie de ce savant révolutionnaire, ses combats, ses succès, et son influence universelle.
L’histoire d’un révolutionnaire des idées
Né dans un village du Sénégal profond, Cheikh Anta Diop se passionne très tôt pour les sciences et l’histoire africaine. Arrivé à Paris en 1946, il étudie la philosophie, la physique, la chimie, la linguistique et l’histoire, obtenant de nombreux diplômes et certificats.
En 1954, il publie Nations nègres et culture, ouvrage phare qui affirme la contribution africaine à la civilisation universelle et réhabilite l’Égypte antique. À son retour au Sénégal en 1960, il fonde son laboratoire de datation et poursuit ses recherches, malgré l’opposition politique, devenant finalement professeur en 1980.
Un engagement politique au service de l’Afrique
Cheikh Anta Diop milite dès 1946 pour l’indépendance africaine, la fédération des États et l’enseignement dans les langues africaines. Face à l’adversité, il reste un infatigable défenseur de la science, de la culture et de l’unité africaine, inspirant encore aujourd’hui chercheurs et militants à travers le continent et le monde.
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Source: lepoint.fr





