Par Bertin Kangamotema Amizia, d’après le portrait et les analyses du Professeur Bob Bobutaka Bateko parues dans la revue des Arts, Linguistiques, Litteratures et Civilisations de l’Université Ivoirienne Peleforo Gon Coulibaly-Korhogo
L’histoire politique de l’Afrique s’écrit parfois à travers des femmes qui franchissent des plafonds longtemps considérés comme infranchissables.
En République démocratique du Congo, cette page s’est ouverte le 1er avril 2024 lorsque le Président de la République, Félix Tshisekedi, a porté Judith Suminwa Tuluka à la tête du Gouvernement. Pour la première fois depuis l’indépendance du pays, une femme devenait cheffe du Gouvernement congolais.
Au-delà de sa portée nationale, cette nomination s’inscrit dans une dynamique africaine de promotion du leadership féminin. Elle traduit également la volonté politique du Chef de l’État congolais de donner une place plus importante aux femmes dans les plus hautes sphères de décision.
Une nomination historique qui inscrit la RDC dans l’histoire africaine
Avec Judith Suminwa Tuluka, la RDC rejoint les autres femmes premières ministres des neuf pays sur les 54 que compte le continent, c’est-à dire un cercle encore restreint de ces neuf pays africains ayant confié la Primature à une femme.
Le précédent historique remonte au 2 janvier 1975 lorsque le Président centrafricain Jean-Bedel Bokassa nomma Élisabeth Domitien, première femme à accéder à cette fonction sur le continent.

Depuis, plusieurs autres États africains ont suivi cette voie, notamment avec :
* Victoire Tomégah-Dogbé (Togo)

* Rose Christiane Ossouka Raponda (Gabon)

* Saara Kuugongelwa-Amadhia (Namibie)

* Mame Madior Boye (Sénégal)

* Aminata Touré (Sénégal)

* Luísa Diogo (Mozambique)

* Maria das Neves ( Sao Tomé-et-Principe)

* Maria do Carmo Silveira (( Sao Tomé-et-Principe))

* Agathe Uwilingiyimana ( Rwanda)

* Cécile Manorohanta. ( Madagascar)

Somme toute, neufs pays africains seulement sur cinquante-quatre ont su élevé les femmes au poste de première ministre. De quoi saluer l’esprit panafricaniste de valorisation de la femme.
La nomination de Judith Suminwa Tuluka confirme ainsi que l’Afrique affirme progressivement sa confiance envers le leadership féminin au plus haut niveau de l’État.
Un parcours construit sur la compétence
Loin d’être le fruit du hasard, cette ascension repose sur un parcours académique et professionnel remarquable.
Formée en Belgique en comptabilité, en sciences économiques appliquées et en sciences du travail, Judith Suminwa acquiert d’abord une expérience dans le secteur bancaire avant d’intégrer le système des Nations Unies.
Son passage au Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) puis au Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) lui permet de développer une solide expertise en gouvernance, développement, droits humains et gestion des projets.
Elle rejoint ensuite le cabinet du ministre du Budget, elle devient coordonnatrice adjointe du Conseil présidentiel de veille stratégique, avant d’être nommée ministre d’État, ministre du Plan, où elle pilote notamment le Programme de Développement Local des 145 Territoires et la finalisation du Plan national stratégique de développement.
Cette succession d’expériences prépare naturellement son accession à la Primature.
Le témoignage du Professeur Bob Bobutaka Bateko

Le portrait réalisé par le Professeur Bob Bobutaka Bateko, tiré de ses analyses parues dans la revue des Arts, Linguistiques, Litteratures et Civilisations de l’Université Peleforo Gon Coulibaly-Korhogo présente un intérêt particulier parce qu’il repose également sur une expérience professionnelle vécue.
Ancien expert documentaliste et chargé de communication au Bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme en RDC, il rappelle avoir connu Judith Suminwa à l’époque où leurs parcours professionnels se croisaient dans le système international.
Son analyse met en lumière les qualités professionnelles qu’il a observées chez celle qui allait, plusieurs années plus tard, devenir la première femme Première ministre de la RDC.
Le Professeur Bob Bobutaka souligne notamment la rigueur, la compétence technique, la capacité d’écoute et l’ouverture internationale qui caractérisent Judith Suminwa, tout en rappelant que son parcours dans les institutions internationales a constitué un socle important dans sa formation de haute responsable publique.
Fait remarquable, il rappelle également qu’en 2013 il s’était interrogé, dans l’un de ses ouvrages, sur l’absence d’une femme à la Primature congolaise. La nomination de Judith Suminwa apparaît ainsi, à ses yeux, comme l’aboutissement d’une évolution historique longtemps attendue.
Une figure qui inspire les femmes africaines
L’arrivée de Judith Suminwa Tuluka à la tête du Gouvernement dépasse le seul cadre de la politique congolaise.
Elle constitue un symbole pour des millions de jeunes Africaines qui voient dans son parcours la démonstration que l’excellence académique, l’expérience internationale, la compétence et la persévérance peuvent conduire aux plus hautes responsabilités de l’État.
Son itinéraire rappelle que les grandes fonctions publiques s’acquièrent par la préparation, le mérite et l’engagement au service de l’intérêt général.
Une décision politique qui marque l’histoire
En portant Judith Suminwa Tuluka à la Primature, le Président Félix Tshisekedi inscrit son mandat dans une étape importante de l’histoire institutionnelle congolaise.
Cette décision est perçue comme un signal fort en faveur de la promotion des femmes aux fonctions stratégiques de l’État et contribue à renforcer la place de la RDC parmi les nations africaines engagées dans une meilleure représentation des femmes dans la gouvernance.
Plus qu’une première historique, Judith Suminwa Tuluka apparaît aujourd’hui comme l’une des figures féminines africaines les plus emblématiques de cette nouvelle génération de dirigeantes appelées à façonner l’avenir du continent.
Bertin Kangamotema Amizia/Newmessagerpaix.net
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