Une contestation africaine grandissante à l’approche du sommet du Cambodge
À l’approche de l’élection du prochain secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie prévue en novembre 2026, les tensions s’intensifient au sein de l’espace francophone.
Au cœur de la controverse : la candidature de l’actuelle secrétaire générale, Louise Mushikiwabo, qui brigue un nouveau mandat. Une ambition désormais ouvertement contestée par plusieurs pays africains.
Un mémorandum de 15 États pour bloquer la candidature
Réunis au sein du Consortium panafricain pour la paix (CPP), plus de quinze pays ont adressé un mémorandum aux chefs d’État et de gouvernement membres de la Francophonie.
Depuis Brazzaville, le coordonnateur du CPP, Ernest Nounga Djomo, a précisé que cette initiative ne visait pas la personne de Louise Mushikiwabo, mais reposait sur des considérations de principe :
« Nous n’avons rien contre la personne de madame la Secrétaire sortante… mais nous estimons qu’il faut préserver la cohérence et les valeurs de la Francophonie.»
Dans cette dynamique, le CPP a également saisi le président français Emmanuel Macron afin d’influencer les orientations des États membres dans ce processus électoral stratégique.
Langue française et valeurs démocratiques au centre des critiques
Parmi les arguments avancés, la question linguistique occupe une place centrale. Le CPP remet en cause la légitimité d’un dirigeant issu d’un pays où l’usage du français serait en recul au profit de l’anglais.
Au-delà de cet aspect, les critiques portent sur le respect des principes fondamentaux de la Francophonie :
* démocratie
* paix
* droits humains
* coopération internationale
Les signataires évoquent également des positions prises par certaines organisations internationales concernant la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC.
La RDC en offensive diplomatique pour Juliana Lumumba
Face à cette contestation, la République démocratique du Congo (RDC) accélère sa stratégie diplomatique pour faire élire sa candidate, Juliana Lumumba.
Sous l’impulsion du président Félix Tshisekedi, Kinshasa multiplie les contacts avec les partenaires francophones.
Le ministre délégué en charge de la Francophonie, Crispin Mbadu, a récemment conduit une mission à Bruxelles où il a sollicité l’appui du Royaume de Belgique.
« Nous comptons sur la convergence de nos voix pour porter une vision africaine d’une Francophonie de progrès», a-t-il affirmé.
Une vision ambitieuse : promouvoir les langues francophones sœurs au cœur du projet
Au cœur du projet de Juliana Lumumba figure une transformation profonde de la Francophonie, fondée sur une conviction forte : la richesse de l’espace francophone repose sur sa diversité linguistique.
« La Francophonie ne peut se réduire à la seule langue française, mais constitue un chœur universel de voix, un jardin foisonnant d’accents et de sonorités, une mosaïque vibrante de cultures où chaque langue sœur illumine notre horizon commun. »
Dans cette perspective, la promotion des langues francophones sœurs devient un pilier stratégique. Il s’agit de :
* célébrer la pluralité linguistique comme une richesse inépuisable
* transformer la diversité en levier d’unité et de puissance
* donner voix à tous les peuples francophones
* intégrer pleinement les langues locales dans le récit collectif de la Francophonie
Cette approche vise à faire du plurilinguisme non plus une contrainte, mais un moteur de cohésion culturelle, sociale et politique.
Préserver, transmettre et valoriser les patrimoines linguistiques
La candidate congolaise insiste sur un enjeu fondamental : la sauvegarde des langues comme patrimoine vivant de l’humanité.
Promouvoir les langues francophones sœurs, c’est aussi :
* préserver les identités culturelles
* garantir la transmission intergénérationnelle
* protéger les langues menacées de disparition
* valoriser les savoirs endogènes
Dans cette vision, chaque langue devient un vecteur de mémoire, de créativité et de développement.
Un programme structuré pour une Francophonie multilingue et numérique

Le projet porté par Juliana Lumumba se distingue par une approche concrète et innovante, articulée autour de plusieurs actions clés :
* renforcement de l’enseignement bilingue via l’initiative ELAN
* production de contenus pédagogiques en langues locales
* formation des enseignants en langues francophones sœurs
* création de corpus linguistiques numériques accessibles
* développement d’applications, logiciels et plateformes multilingues
* utilisation de l’intelligence artificielle pour la traduction et la valorisation des langues
* inclusion numérique à travers des contenus adaptés aux réalités locales
* organisation de festivals et concours culturels
Elle prévoit également une cartographie linguistique des langues majeures, suivie de la mise en place de programmes éducatifs multilingues et de médias francophones diversifiés.
Une Francophonie inclusive : vers la reconnaissance des espaces linguistiques
Dans cette dynamique, Juliana Lumumba ambitionne de bâtir une Francophonie réellement inclusive, valorisant :
* la lingalaphonie
* l.a swahiliphonie.
* la wolophonie
* la haoussaphonie
* la peulophonie
* la bambaraphonie
* ainsi que d’autres espaces linguistiques partenaires
L’objectif est de repositionner le français comme une langue de convergence, capable de coexister harmonieusement avec les langues locales.
Une élection décisive pour l’avenir de la Francophonie
Au-delà des rivalités entre candidats, cette élection pose une question stratégique majeure : quelle Francophonie pour demain ?
Deux visions s’opposent désormais :
* une Francophonie centrée sur la langue française
* une Francophonie ouverte au multilinguisme et aux réalités géopolitiques
À mesure que l’échéance approche, alliances et tensions devraient s’intensifier, faisant de ce scrutin un tournant historique pour l’Organisation internationale de la Francophonie.
Newmessagerpaix.net/Bertin Kangamotema Amizia





