Lettre ouverte aux dix-sept prêtres de l’Archidiocèse de Kananga : pour que la communion ecclésiale demeure plus forte que nos divergences.
Chers Révérends Abbés,
C’est avec un profond respect pour votre ministère sacerdotal et une sincère affection filiale envers notre Église que je prends la liberté de vous adresser cette lettre.
Je ne suis ni canoniste, ni théologien, ni responsable ecclésiastique.
Je suis simplement un fidèle catholique qui aime son Église, prie pour ses pasteurs et s’inquiète de voir apparaître publiquement des divisions au sein de ceux qui ont reçu la mission de conduire le peuple de Dieu.
La déclaration que vous avez rendue publique pour exprimer votre désaccord avec le message de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) sur une éventuelle révision de la Constitution a suscité de nombreuses réactions.
Au-delà du débat politique, c’est une question plus profonde qui interpelle beaucoup de fidèles :
* comment comprendre que des prêtres prennent publiquement leurs distances avec une déclaration signée par l’ensemble des évêques catholiques du pays, parmi lesquels figure leur propre archevêque ?
Cette interrogation mérite d’être posée avec sérénité, non dans un esprit de condamnation, mais dans une recherche commune de la vérité et de la communion.
Le prêtre n’est jamais un ministère isolé
Le Concile Vatican II enseigne que le prêtre exerce son ministère en communion avec son évêque, dont il est le collaborateur direct.
Cette vérité n’est pas simplement une disposition disciplinaire ; elle touche à la nature même du sacerdoce ministériel.
Par votre ordination, vous avez promis respect et obéissance à votre évêque. Cette promesse ne signifie pas l’abandon de votre intelligence ou de votre liberté de conscience.
Elle exprime plutôt votre volonté de participer à la mission pastorale de l’Église dans une communion qui dépasse les sensibilités personnelles.
Personne n’ignore que des divergences peuvent exister au sein du presbyterium. Elles ont toujours existé dans l’histoire de l’Église. Cependant, la tradition catholique a constamment privilégié le dialogue fraternel, le discernement communautaire et les échanges au sein des instances ecclésiales avant toute prise de position publique susceptible de troubler les fidèles.
Une liberté qui s’exerce dans la communion
Vous avez rappelé que le message de la CENCO n’est pas un acte juridique contraignant au sens du droit canonique.
Cette précision mérite d’être entendue.
Mais l’Église ne fonctionne pas uniquement selon une logique juridique. Elle est avant tout une communion de foi, de charité et de mission.
Toutes les libertés reconnues dans l’Église trouvent leur pleine fécondité lorsqu’elles sont exercées au service de cette communion.
La question n’est donc pas de savoir si un prêtre peut avoir une opinion personnelle sur une question politique. La véritable question est de savoir si cette opinion doit être exprimée publiquement lorsqu’elle donne l’impression de contredire la parole collégiale de l’épiscopat auquel il appartient.
Votre déclaration a été immédiatement interprétée comme une fracture entre les prêtres et les évêques.
Qu’elle corresponde ou non à votre intention, tel est aujourd’hui le regard porté par une grande partie de l’opinion.
Et cette perception mérite d’être prise au sérieux.
Votre archevêque est aussi votre père spirituel
Parmi les trente-sept évêques ayant signé le message de la CENCO figure Son Excellence Monseigneur Félicien Ntambwe , votre archevêque.
Avant d’être membre de la Conférence épiscopale, il est celui à qui vous avez promis respect et obéissance.
Avant d’être une autorité administrative, il est votre père dans le sacerdoce.
Avant d’être un responsable institutionnel, il demeure le premier pasteur de l’Église particulière de Kananga.
En prenant publiquement vos distances avec un document qu’il a signé avec ses confrères évêques, beaucoup de fidèles ont eu le sentiment d’assister à une contestation de cette communion presbytérale qui constitue pourtant l’un des fondements de la vie diocésaine.
Sans doute n’était-ce pas votre intention.
Mais l’impact d’un acte dépasse parfois l’intention de ceux qui le posent.
Les fidèles ont besoin d’une Église unie
Notre pays traverse une période particulièrement difficile.
* Les conflits armés persistent dans l’Est.
* Les tensions politiques s’intensifient.
* La méfiance entre communautés grandit.
Dans ce contexte, l’Église demeure l’une des rares réalités capables de rassembler des Congolais de toutes opinions.
Lorsque les fidèles voient leurs prêtres sembler s’opposer publiquement à leurs évêques, beaucoup ne savent plus quelle parole écouter.
La confusion s’installe.
Et cette confusion affaiblit le témoignage évangélique.
L’Église n’est jamais aussi crédible que lorsqu’elle manifeste son unité malgré la diversité des sensibilités.
L’Écriture nous montre un autre chemin
Les premières communautés chrétiennes ont elles aussi connu des désaccords.
* Saint Paul n’a pas hésité à reprendre saint Pierre lorsqu’il estimait que l’Évangile était en jeu. Mais cette correction n’avait pas pour objectif de créer deux autorités concurrentes ; elle visait à préserver la vérité dans la communion apostolique.
Le premier Concile de Jérusalem demeure l’exemple le plus éclairant.
Face à une profonde divergence doctrinale, les apôtres ne se sont pas affrontés dans l’espace public.
* Ils se sont réunis.
* Ils ont prié.
* Ils ont débattu.
* Ils ont discerné ensemble.
*’Puis ils ont parlé d’une seule voix.
Cette méthode synodale reste aujourd’hui un modèle pour toute l’Église.
Une invitation fraternelle
Révérends Abbés,
Cette lettre n’est ni un réquisitoire ni une leçon.
Elle est l’expression de l’inquiétude d’un fils envers sa famille spirituelle.
Comme beaucoup de fidèles, je ne vous demande pas de renoncer à votre liberté de réflexion.
Je vous demande simplement de mesurer combien votre ministère vous appelle à être des bâtisseurs d’unité.
Votre première responsabilité n’est pas seulement d’avoir raison.
Elle est de maintenir vivante la communion entre les prêtres, avec votre archevêque et avec l’ensemble du collège épiscopal.
* L’histoire politique finira par trancher les débats constitutionnels.
* Mais les blessures infligées à la communion ecclésiale peuvent laisser des cicatrices beaucoup plus profondes.
Pour que l’Église demeure signe d’espérance
En ces temps de polarisation, notre pays a besoin d’une Église qui continue d’être une école de dialogue, un espace de réconciliation et une voix prophétique au service du bien commun.
Le peuple de Dieu attend de ses pasteurs non seulement qu’ils annoncent l’Évangile, mais aussi qu’ils incarnent cette communion qu’ils prêchent.
Comme l’écrivait saint Paul aux Corinthiens :
« Je vous exhorte, frères, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, à tenir tous le même langage ; qu’il n’y ait point de divisions parmi vous, mais soyez parfaitement unis dans un même esprit et dans un même sentiment » (1 Co 1, 10).»
Puisse l’Esprit Saint éclairer chacun de vous.
Puisse-t-Il fortifier votre ministère.
Puisse-t-Il préserver l’unité de notre Église afin qu’elle continue d’être, au cœur de la République démocratique du Congo, un signe crédible de paix, de vérité et d’espérance.
« Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu’eux aussi soient un en nous, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. »
— Évangile selon Jean 17:21
Recevez, Révérends Abbés, l’expression de mon profond respect, de ma prière fraternelle et de ma fidèle communion dans le Christ.
Un fidèle catholique soucieux de la communion de l’Église
Nzolana Pierre





