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Economy

RN1 MATADI–KINSHASA : Cinquième épisode documentée depuis 2003 . Les grèves à répétition menacent le ravitaillement de la capitale.

redaction
Last updated: octobre 10, 2026 5:51 am
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redaction
14 Min Read
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À l’approche des fêtes de fin d’année, la nouvelle menace de grève des chauffeurs de poids lourds remet au premier plan la fragilité du corridor Matadi–Kinshasa.

Entre revendications salariales, sécurité routière, péages et accords sociaux insuffisamment exécutés, le gouvernement, les employeurs et les syndicats sont appelés à dépasser la gestion des urgences pour construire une solution durable.

 

Kinshasa, 10 octobre 2026 ( Newmessagerpaix.net)- La circulation sur la route nationale numéro 1 (RN1), principal axe de liaison entre le port de Matadi et Kinshasa, pourrait connaître de nouvelles perturbations à partir de ce samedi 10 octobre 2026.

Les chauffeurs de poids lourds menacent d’interrompre leurs activités pour dénoncer la précarité de leurs conditions socioprofessionnelles et réclamer l’application effective de leurs droits.

Cette nouvelle alerte soulève une question essentielle : combien de fois faudra-t-il encore négocier, signer des engagements et attendre une nouvelle paralysie pour régler les mêmes problèmes ?

Les archives de la presse congolaise permettent de retrouver plusieurs épisodes similaires, notamment en 2013, en février 2014, en septembre 2023, en septembre 2024 et en mai-juin 2025.

Il ne s’agit pas nécessairement de toutes les grèves intervenues sur cet axe, mais d’au moins cinq épisodes distincts documentés sur la période considérée. Le mouvement annoncé pour octobre 2026 constitue une nouvelle menace, dont l’issue reste à confirmer.

Des revendications qui reviennent d’une année à l’autre

Dans une déclaration faite vendredi à Matadi, Blaise Sese Mambuku, secrétaire général de l’Union des associations des chauffeurs et des travailleurs du secteur des transports routiers poids lourds de la RDC, a exposé les principales revendications des travailleurs.

Celles-ci portent notamment sur l’application effective du salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG), la signature et le respect des contrats de travail, le paiement des heures supplémentaires et des heures de nuit, le respect des horaires légaux, le versement régulier des cotisations à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), ainsi que la protection contre les licenciements abusifs et les retenues injustifiées sur les salaires.

Les syndicats réclament également une classification professionnelle, une convention collective adaptée au transport lourd et une amélioration générale de la sécurité et des conditions de travail.

Ces demandes ne sont pas nouvelles. En septembre 2023, les transporteurs avaient déjà suspendu une grève après une concertation tripartite entre le gouvernement, l’intersyndicale et la Fédération des entreprises du Congo (FEC). Les engagements annoncés comprenaient notamment la création d’une cellule de crise, la levée de certaines barrières et la mise en place d’un comité de suivi.

En septembre 2024, une nouvelle grève avait éclaté autour de revendications similaires, notamment le non-respect des engagements antérieurs, les conditions salariales, les barrières routières et les difficultés de circulation des camions. Le mouvement avait été suspendu au début d’octobre après des négociations conduites sous l’autorité du vice-Premier ministre chargé des Transports.

En juin 2025, les chauffeurs avaient encore interrompu leur mouvement après plus de trois semaines de blocage et de négociations. L’intervention du gouvernement central avait permis la reprise du trafic et l’adoption de mesures concernant notamment la circulation des camions à Kinshasa.

La répétition de ces épisodes révèle une difficulté persistante : obtenir un compromis lors d’une crise ne suffit pas si les engagements ne sont pas exécutés, contrôlés et évalués dans la durée.

Matadi–Kinshasa : une route stratégique pour l’économie nationale

La RN1 ne constitue pas une simple liaison routière entre deux villes. Elle assure le transport d’une part importante des marchandises débarquées au port de Matadi à destination de Kinshasa, mégapole dont les besoins alimentaires, énergétiques et industriels sont considérables.

Une interruption prolongée du transport des poids lourds peut provoquer plusieurs conséquences en chaîne.

Première conséquence : le renchérissement des produits de première nécessité. Lorsque les camions transportant les denrées alimentaires, les boissons, la farine, les matériaux de construction et d’autres marchandises restent immobilisés, les stocks diminuent progressivement.

Les commerçants peuvent alors augmenter leurs prix, tandis que les ménages à faibles revenus sont les premiers à subir les effets de la raréfaction des produits.

Deuxième conséquence : les tensions sur l’approvisionnement en carburant. La grève de 2024 avait notamment perturbé l’arrivée des camions-citernes, entraînant des déficits de stock dans certaines stations-service de Kinshasa. Une nouvelle interruption pourrait compliquer les déplacements, les activités commerciales et le fonctionnement de nombreuses entreprises.

Troisième conséquence : les pertes financières pour les entreprises. Les marchandises immobilisées, les retards de livraison, les frais de stationnement et les engagements commerciaux non respectés alourdissent les charges des importateurs, des transporteurs et des distributeurs. Les entreprises qui dépendent des livraisons régulières peuvent être contraintes de ralentir leurs activités.

Quatrième conséquence : les difficultés pour les petits commerçants et les travailleurs. Les vendeurs des marchés, les détaillants, les restaurateurs et les transporteurs urbains dépendent indirectement de la fluidité du corridor. Une perturbation durable peut réduire leurs revenus et aggraver la précarité des ménages.

Cinquième conséquence : un risque de tensions sociales. Lorsque les prix augmentent à l’approche des fêtes, les familles doivent consacrer davantage de ressources à l’alimentation, au transport et aux autres dépenses essentielles. Les conséquences d’une grève dépassent ainsi les seuls rapports entre employeurs et chauffeurs.

Les précédents de 2024 et de 2025 confirment que les perturbations du corridor ont déjà affecté le ravitaillement de Kinshasa. Il convient toutefois de ne pas attribuer à une nouvelle grève des hausses de prix ou des pénuries qui n’auraient pas encore été constatées.

À Matadi, les autorités ont engagé une concertation

Face à la menace annoncée pour le 10 octobre 2026, le maire de Matadi, Dominique Nkodia Mbete, a réuni jeudi 8 octobre les représentants des syndicats et du patronat.

Selon les informations publiées par Ntemo.cd, cette rencontre a notamment réuni Godefroid Kisangani, président national des transporteurs de poids lourds, Joachim Kikufila, président du comité professionnel des transports routiers de la FEC, et Jonathan Mpambu, responsable syndical à Matadi.

Les discussions ont porté sur le SMIG, les contrats de travail, les coûts de péage et les barrières de contrôle sur la RN1.

Le maire a demandé aux représentants des employeurs d’identifier les entreprises qui respectent leurs obligations sociales et celles qui doivent encore régulariser leur situation. Sur la question des barrières, il a défendu le maintien des dispositifs de contrôle au nom des impératifs de sécurité.

Cette démarche témoigne d’une volonté de dialogue au niveau local. Cependant, les informations publiées à l’issue de la réunion ne permettent pas d’établir qu’un accord définitif a été conclu ni que les syndicats ont officiellement levé leur préavis de grève.

La question essentielle demeure donc celle des résultats : les discussions déboucheront-elles sur des engagements écrits, des échéances précises et des mécanismes de contrôle ?

Gouvernement, patronat et syndicats : une responsabilité partagée

La résolution durable de ce conflit ne peut reposer sur une seule partie.

Le gouvernement central, notamment les ministères chargés des Transports, de l’Emploi et du Travail, de l’Économie et des Finances, doit assurer la coordination des mesures relevant de ses compétences.

Les autorités provinciales de Kinshasa et du Kongo Central doivent, pour leur part, traiter les problèmes de circulation, de sécurité, de contrôle routier et de coordination administrative.

Les employeurs ont la responsabilité de respecter les obligations légales relatives aux salaires, aux contrats, aux heures supplémentaires et aux cotisations sociales. Ils doivent également garantir des conditions de travail compatibles avec la sécurité des chauffeurs et des autres usagers.

Les organisations syndicales ont, quant à elles, un rôle déterminant dans la représentation des travailleurs, la formulation de revendications précises et le suivi des accords.

Le dialogue social doit permettre de concilier la défense des droits des chauffeurs avec la continuité du transport des marchandises indispensables à la population.

La Fédération des entreprises du Congo et les organisations professionnelles du transport peuvent contribuer à établir un état des lieux vérifiable, à identifier les entreprises défaillantes et à élaborer des solutions applicables à l’ensemble du secteur.

Enfin, les services de sécurité et de contrôle doivent agir dans le respect de la loi, avec des procédures transparentes, afin que les impératifs de sécurité ne deviennent pas une source de tracasseries ou de prélèvements irréguliers.

Quelles solutions durables avant les fêtes de fin d’année ?

À moins de trois mois des fêtes de fin d’année, la priorité est d’éviter une nouvelle paralysie du principal corridor d’approvisionnement de Kinshasa. Plusieurs mesures concrètes pourraient être engagées.

1. Conclure un accord écrit et immédiatement applicable. Les parties doivent établir un procès-verbal précisant les engagements de chacun, les délais d’exécution, les responsables désignés et les modalités de règlement des différends. Les promesses générales ne suffisent plus.

2. Vérifier l’application du SMIG et des contrats de travail. Un audit social concerté devrait permettre d’identifier les entreprises en règle et celles qui doivent régulariser les salaires, les contrats, les heures supplémentaires et les cotisations à la CNSS. Les mesures correctives devraient être assorties d’échéances vérifiables.

3. Sécuriser la RN1 et rationaliser les contrôles. Il est nécessaire d’évaluer les barrières, de clarifier les compétences des services présents sur le parcours et de lutter contre les perceptions illégales. Les contrôles justifiés doivent être transparents, coordonnés et compatibles avec la fluidité du trafic.

4. Clarifier les péages et les autres frais routiers. Les syndicats, les transporteurs et les autorités devraient disposer d’une grille officielle des tarifs applicables, accompagnée d’un mécanisme de signalement et de traitement des abus.

5. Rendre opérationnel le comité de suivi tripartite. Le comité associant gouvernement, travailleurs et employeurs doit se réunir régulièrement, publier des comptes rendus et mesurer les progrès accomplis. Un tableau de bord accessible aux parties prenantes permettrait de distinguer les engagements exécutés des promesses encore en attente.

6. Mettre en place un plan de continuité du ravitaillement. En prévision des fêtes, les autorités économiques, les opérateurs portuaires, les transporteurs et les distributeurs devraient suivre les stocks de produits essentiels, anticiper les difficultés logistiques et coordonner les livraisons.

L’objectif n’est pas de remplacer le dialogue social par des mesures d’urgence, mais d’éviter que la population paie le prix d’un conflit qui peut être prévenu.

7. Instituer une concertation permanente sur le transport lourd. Au-delà de la crise actuelle, un cadre sectoriel régulier devrait traiter les conditions de travail, la sécurité routière, la formation professionnelle, les coûts d’exploitation et les contraintes de circulation dans les grandes agglomérations.

À l’approche des fêtes, prévenir une crise sociale et économique

Les fêtes de fin d’année représentent une période de forte demande pour les ménages, les commerçants et les entreprises. Une grève prolongée sur la RN1 risquerait de perturber les approvisionnements au moment où les dépenses des familles augmentent déjà.

Les autorités ont donc intérêt à privilégier l’anticipation plutôt que d’attendre l’apparition de pénuries ou une flambée des prix pour intervenir. De leur côté, les employeurs doivent comprendre que la stabilité du transport dépend aussi du respect des droits des travailleurs.

Les syndicats, enfin, doivent pouvoir obtenir des garanties crédibles sans que les populations les plus vulnérables deviennent les principales victimes des interruptions de service.

L’enjeu dépasse ainsi la seule reprise du trafic. Il s’agit de restaurer la confiance entre les partenaires sociaux, de renforcer la gouvernance du corridor Matadi–Kinshasa et de protéger le pouvoir d’achat des Congolais.

La véritable victoire ne sera pas la suspension d’une grève, mais la disparition des causes qui la provoquent à répétition.

Bertin Kangamotema Amizia/ Newmessagerpaix.net

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