Le 11 juillet 2026 marque le cinquième anniversaire de la disparition du Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya, archevêque émérite de Kinshasa, décédé le 11 juillet 2021 à l’âge de 81 ans, au Port-Marly, en France, où il avait été évacué le 5 juillet pour recevoir des soins appropriés.
À travers cette tribune, Newmessagerpaix.net rend un hommage respectueux à cette grande figure de l’Église catholique, mais également de la société civile congolaise. Son héritage de foi, de vérité, de justice, de paix et de service demeure vivant dans l’Église, dans la mémoire nationale et dans le cœur de nombreux Congolais.
Évoquer la mémoire du Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya, cinq ans après son décès, n’est pas un simple devoir de commémoration. C’est rappeler à la nation qu’elle a compté parmi ses fils l’un des plus grands serviteurs de Dieu, mais aussi l’un des artisans les plus respectés de la démocratie, du dialogue et de la réconciliation nationale.
Né le 7 octobre 1939 à Mongobelé, dans l’actuelle province du Maï-Ndombe, Laurent Monsengwo Pasinya effectue ses études primaires à Nioki, ses études secondaires au petit séminaire de Bokoro, avant de poursuivre la philosophie au grand séminaire de Kabwe. Il rejoint ensuite Rome où il étudie la théologie à l’Université pontificale urbanienne. Il est ordonné prêtre le 21 décembre 1963.
En 1970, il devient le premier Africain à obtenir un doctorat en Écriture Sainte à l’Institut biblique pontifical de Rome avec une thèse consacrée à la notion du « Nomos » dans le Pentateuque grec. Polyglotte, il maîtrisait quatorze langues, dont l’araméen, langue de Jésus-Christ.
De retour au Congo, il enseigne la théologie aux Facultés catholiques de Kinshasa ainsi que dans plusieurs grands séminaires. Entre 1976 et 1980, il exerce les fonctions de secrétaire général de la Conférence épiscopale du Zaïre.
Le 13 février 1980, il est nommé évêque auxiliaire d’Inongo avant d’être transféré à Kisangani en 1981. En 1984, il est élu président de la Conférence épiscopale du Zaïre. Le 1er septembre 1988, il devient archevêque de Kisangani.
Au-delà de son ministère pastoral, le Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya s’est illustré comme une personnalité majeure de la vie politique congolaise. Il préside les travaux de la Conférence nationale souveraine (CNS), puis le Haut Conseil de la République, contribuant ainsi au processus de transition démocratique du pays.

Son autorité morale, sa rigueur intellectuelle et son sens élevé de l’État lui valent le respect de toutes les sensibilités politiques. Il demeure l’une des rares personnalités à avoir incarné le dialogue, la réconciliation et la recherche permanente du consensus.
En 1997, il est élu président du Symposium des Conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM). En 2002, il devient vice-président de Pax Christi International. En 2004, il est élu président de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO).
Face aux rumeurs le présentant comme candidat à la présidence de la République, il répond avec une phrase restée célèbre :

«« Je n’envie pas le pouvoir politique. Si je le voulais, je l’aurais pris en 1997 avec la chute de Mobutu. Je ne l’ai pas fait, car mon pouvoir ecclésiastique est mille fois supérieur au pouvoir politique. »»
Le 6 décembre 2007, le pape Benoît XVI le nomme archevêque métropolitain de Kinshasa. Trois ans plus tard, le 20 novembre 2010, il est créé cardinal.

Le 10 février 2012, il est choisi pour prêcher la retraite de Carême du pape Benoît XVI et de la Curie romaine, devenant ainsi le troisième cardinal africain à recevoir cette mission.
Le 13 avril 2013, le pape François le désigne parmi les huit cardinaux chargés de l’assister dans la réforme de la Curie romaine. En 2014, il est également nommé Père synodal pour l’Assemblée générale extraordinaire du Synode sur la famille.
Le pape François saluera plus tard en lui « une grande figure de l’Église congolaise mais aussi de l’Église universelle », rendant hommage à « cet exégète, cet homme de science, ce grand homme spirituel et ce pasteur intensément dévoué au service de l’Église ».
Le Saint-Père soulignera également que le Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya fut « attentif aux besoins des fidèles, rempli de courage et de détermination », consacrant sa vie « à l’inculturation de la foi et à l’option préférentielle pour les pauvres ».
Homme de justice, de paix et d’unité, le Cardinal Monsengwo a incarné la mission prophétique de l’Église. Son engagement constant en faveur du développement humain intégral, du dialogue, de la réconciliation nationale et du respect de la dignité humaine a profondément marqué l’histoire contemporaine de la République démocratique du Congo.
Aujourd’hui encore, alors que le pays continue de faire face à de nombreux défis, son témoignage demeure une référence. Son parcours rappelle que la foi peut inspirer le service de la nation, que la compétence peut s’allier à l’humilité et que l’autorité morale peut contribuer à construire la paix.
Le Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya laisse à la République démocratique du Congo un héritage considérable dans plusieurs domaines : la vie ecclésiale, la théologie, la formation intellectuelle, la gouvernance démocratique, le dialogue politique, la promotion des droits humains, la réconciliation nationale et le rayonnement international de l’Église du Congo.
Cinq ans après son rappel à Dieu, il demeure une figure écoutée et respectée dont l’exemple continue d’inspirer l’Église, les responsables publics, les intellectuels, les jeunes et tous les hommes et femmes de bonne volonté.
Son héritage de foi, de vérité et de justice demeure vivant. Plus qu’un souvenir, il constitue un appel permanent à bâtir une République démocratique du Congo fondée sur la paix, la justice, le dialogue et le service du bien commun.Ce titre est particulièrement pertinent, car il met immédiatement en avant l’idée centrale de la tribune : le devoir de mémoire envers un homme dont l’héritage moral et spirituel continue d’éclairer la République démocratique du Congo.
Bertin KANGAMOTEMA Amizia/Newmessagerpaix.net





