Tribune » Ma Priorité c’est la paix «
Le 66ᵉ anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo n’a pas seulement été marqué par les célébrations officielles. Il a également donné lieu à deux prises de parole majeures : le discours du Président de la République, Félix Tshisekedi, et le message conjoint de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et de l’Église du Christ au Congo (ECC) rendu par leurs porte-paroles respectifs à Savoir Mgr Donatien NSHOLE Babula pour la CENCO et Révérend Eric SENGA pour l’ECC.
Prononcés depuis des responsabilités différentes – le Chef de l’État en sa qualité de garant des institutions de la République partant de son serment constitutionnel prêté, celui de respecter et défendre la constitution et les deux Églises dans leur mission prophétique, morale et spirituelle –, ces deux messages révèlent pourtant une convergence remarquable sur plusieurs enjeux fondamentaux : la paix, le dialogue national, l’unité du pays, la cohésion nationale, le respect de l’ordre constitutionnel et la responsabilité des acteurs politiques face aux débats qui traversent aujourd’hui la Nation.
Sans être identiques, ces deux interventions se rejoignent sur l’essentiel : le Congo ne pourra surmonter ses défis que par le dialogue, le respect des institutions et la préservation de la cohésion nationale.
Un même constat : le pays traverse une période critique
Dans leur message intitulé « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu », la CENCO et l’ECC dressent un diagnostic préoccupant de la situation nationale.
Les deux confessions religieuses constatent que « la substitution des armes à la parole », la rupture du dialogue entre Congolais et « un climat de suspicion »nourri par « une montée dangereuse de la violence verbale, des injures et des calomnies» fragilisent la cohésion nationale.
Elles dénoncent également le fait que « la paix est confisquée, particulièrement dans l’Est de notre pays, le tissu social s’effrite sous le poids des divisions intestines et la méfiance politique fragilise nos institutions ».
Dans son adresse à la Nation, le Président Félix Tshisekedi établit un constat voisin. Il évoque les défis sécuritaires, économiques et politiques auxquels demeure confrontée la République et appelle les Congolais à un véritable sursaut patriotique afin de préserver l’unité du pays.
Chez les uns comme chez l’autre, le diagnostic est clair : le moment exige davantage de responsabilité que d’affrontements.
Le dialogue comme voie privilégiée
L’un des principaux points de convergence réside dans l’appel au dialogue.
La CENCO et l’ECC plaident pour « un dialogue sincère, inclusif et républicain », précisant qu’il ne s’agit ni d’un partage du pouvoir ni d’un arrangement politique, mais de créer « une véritable table de vérité et de réconciliation » destinée à restaurer la confiance entre les Congolais.
Le Président Félix Tshisekedi s’inscrit dans une logique comparable lorsqu’il rappelle que sa responsabilité est « d’écouter, d’apaiser, mais aussi de clarifier quand cela s’impose ».
Dans un contexte marqué par de fortes tensions politiques, les deux messages privilégient donc l’écoute, la concertation et la recherche d’un consensus plutôt que l’escalade des antagonismes.
Le débat sur la Constitution : une convergence autour du respect de l’ordre constitutionnel
C’est probablement sur la question institutionnelle que la convergence apparaît avec le plus de netteté.
Alors que le débat sur un éventuel changement de la Constitution ou non continue d’alimenter la vie politique entre les partisans du maintien de l’ordre constitutionnel actuel et ceux qui plaident pour des réformes, le Président de la République a tenu à fixer les principes qui doivent encadrer toute réflexion.
Il reconnaît d’abord la légitimité du débat démocratique : « Le désaccord est naturel, la contradiction est utile. »»
Mais il en fixe immédiatement les limites en rappelant que : « Aucune ambition personnelle ou partisane ne vaut plus que la paix de tous ; aucune divergence politique ne doit être plus forte que l’unité de la République. »
Puis il énonce un principe qui constitue sans doute le cœur de son message :
« La Constitution n’est ni un instrument de circonstance, ni un objet de convenance. En débattre exige sérénité, rigueur, transparence et un sens élevé de l’intérêt général. »
Par ces propos, le Chef de l’État ne ferme pas le débat constitutionnel. Il rappelle simplement qu’il ne saurait être conduit dans la précipitation, sous la pression ou au service d’intérêts particuliers.
De leur côté, la CENCO et l’ECC n’abordent pas directement les aspects techniques d’une éventuelle révision constitutionnelle.
Elles s’en tiennent à l’article 219 de la Constitution qui interdit formellement (un verrouillage institutionnel) toute modification de la Constitution dans des circonstances exceptionnelles. ( aucune révision constitutionnelle ne peut être engagée ou poursuivie dans les cas suivants :Pendant l’état de guerre ; pendant l’état d’urgence ; pendant l’état de siège ; pendant la période d’intérim à la présidence de la République ; lorsque l’Assemblée nationale et le Sénat se trouvent empêchés de se réunir librement.
Cette disposition sert de « clause de verrouillage » pour protéger le pays contre des changements constitutionnels hâtifs ou opportunistes lorsque les institutions sont instables ou menacées.
En outre, elles insistent sur la nécessité ; de consolider le pacte républicain, (Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble), de renforcer l’État de droit, de protéger les droits humains et de préserver les institutions de la République.
Les deux Églises mettent surtout en garde contre les divisions qui fragilisent les institutions et invitent les Congolais à privilégier le bien commun.
Sans employer les mêmes formulations, les deux messages convergent ainsi vers une même exigence : le respect de l’ordre constitutionnel demeure une condition essentielle de la stabilité nationale.
L’unité nationale au-dessus des clivages
Autre convergence significative : la primauté accordée à l’unité nationale.
Le Président Félix Tshisekedi affirme avec force :
« Aucune ambition personnelle ou partisane ne vaut plus que la paix de tous ; aucune divergence politique ne doit être plus forte que l’unité de la République. »
La CENCO et l’ECC développent la même idée lorsqu’elles constatent que les intérêts particuliers tendent à prendre le dessus sur l’intérêt général et invitent les Congolais à renouer avec « le respect mutuel », « l’écoute » et « la confiance » afin de reconstruire le vivre-ensemble.
Dans les deux cas, l’intérêt supérieur de la Nation est placé au-dessus des rivalités politiques.
Deux responsabilités institutionnelles, une même finalité
Il convient toutefois de ne pas confondre les deux démarches.
Le Président de la République intervient dans le cadre de ses prérogatives constitutionnelles. Garant des institutions, il rappelle les règles qui doivent encadrer le débat public tout en réaffirmant son devoir de préserver la stabilité de la République.
La CENCO et l’ECC parlent, quant à elles, en tant qu’autorités morales et éthiques, revetues de leur mission pastorale et prophétique.
Leur message est centré sur la réconciliation, la paix, la justice, la responsabilité citoyenne et la restauration du lien social.
Les registres diffèrent, mais la finalité apparaît largement commune : éviter que les fractures actuelles ne compromettent durablement l’avenir du pays.
30 juin 2026 : l’expression d’une même responsabilité nationale
Loin des lectures partisanes, les messages du Président Félix Tshisekedi et du tandem CENCO-ECC témoignent d’une convergence réelle sur plusieurs principes fondamentaux : préserver la paix, privilégier le dialogue, renforcer l’unité nationale, protéger les institutions et inscrire tout débat politique – y compris celui portant sur la Constitution – dans le respect de l’ordre constitutionnel, de la sérénité et de l’intérêt général.
En rappelant que « la Constitution n’est ni un instrument de circonstance, ni un objet de convenance » et que son examen exige « sérénité, rigueur, transparence et un sens élevé de l’intérêt général », le Chef de l’État fixe le cadre de tout débat institutionnel et rejoint quelque part les évêques de la CENCO et pasteurs de l’ECC plaident pour le respect des dispositions constitutionnelles qui reglementent cette matière de réformes constitutionnelles dans un tel contexte congolais.
En appelant simultanément à un « dialogue sincère, inclusif et républicain » pour restaurer la confiance entre les Congolais et renforcer le pacte républicain, la CENCO et l’ECC soulignent que la paix durable ne peut naître que de la responsabilité collective.
Ainsi, sans confusion des rôles ni des missions, les deux prises de parole du 30 juin 2026 dessinent une même exigence républicaine : faire prévaloir l’intérêt supérieur de la Nation, préserver l’ordre constitutionnel en vigueur et privilégier le dialogue national et inclusif comme voie de résolution des différends afin de consolider la paix et la stabilité de la République démocratique du Congo.
Newmessagerpaix.net





