À l’approche de l’Assemblée générale extraordinaire attendue en décembre 2026 à Kinshasa, le laïcat catholique de la République démocratique du Congo est invité à s’inspirer de la dynamique engagée en Afrique de l’Ouest pour renforcer sa formation, sa responsabilité ecclésiale et son engagement au service de la paix, de la cohésion sociale et du développement durable.
Par la Rédaction de New Messager de la Paix
Abidjan-Kinshasa, 28 octobre 2026 (Newmessagerpaix.net) —
Les conférences épiscopales réunies de l’Afrique de l’Ouest (CERAO-RECOWA) organisent, du 24 au 29 octobre 2026, au Centre CERAO de pastorale et de mission (CCPM), à Abidjan, en Côte d’Ivoire, un atelier régional de formation des responsables des conseils nationaux du laïcat catholique d’Afrique de l’Ouest.
Placée sous le thème « Plaidoyer pour la paix, médiation, résolution des conflits et rôle des laïcs dans la promotion de la paix en Afrique de l’Ouest», cette rencontre vise à renforcer les capacités des responsables laïcs afin qu’ils puissent assumer pleinement leur vocation chrétienne et contribuer efficacement à la recherche de solutions aux défis politiques, sécuritaires, sociaux et économiques de leurs pays.
Au-delà de son caractère formatif, cette initiative constitue un signal fort pour l’ensemble du laïcat africain, particulièrement celui de la République démocratique du Congo, appelé lui aussi à prendre toute sa place dans la mission évangélisatrice de l’Église et dans la construction d’une paix durable.
Les laïcs, acteurs à part entière de la mission de l’Église

À l’ouverture des travaux, le 24 octobre, le père Vitalis Anaehobi, secrétaire général du CERAO, a rappelé que les fidèles laïcs ne sont ni de simples auxiliaires du clergé ni des bénéficiaires passifs de l’accompagnement pastoral.
En vertu de leur baptême, ils participent à la mission sacerdotale, prophétique et royale du Christ. Ils sont appelés à la sainteté et investis de la responsabilité de témoigner de l’Évangile dans leur famille, leur milieu professionnel et l’ensemble de la société.
Cette vocation, a-t-il souligné, exige de dépasser une conception qui relègue les laïcs au second plan dans les activités ecclésiales. Elle les appelle, au contraire, à s’engager concrètement face aux défis de la pauvreté, de l’insécurité, de la corruption et de la dégradation de l’environnement.
Le secrétaire général du CERAO a également exhorté les conseils nationaux du laïcat à renforcer leur organisation et leur fonctionnement, afin de dépasser le stade des structures purement formelles pour devenir de véritables instruments de formation, de communion, d’engagement apostolique et de service.
Un message qui interpelle directement le laïcat catholique congolais : l’existence d’une structure ne suffit pas. Sa crédibilité se mesure aussi à sa capacité de former ses membres, de mobiliser les fidèles et de produire des actions concrètes au bénéfice de l’Église et de la société.
Une formation solide pour répondre aux défis de la sous-région
Ouvrant les travaux de l’atelier, Mgr Martin Boucar Tine, évêque de Kaolack, au Sénégal, et vice-président de la commission du CERAO chargée du laïcat et de la famille, a salué la mobilisation des délégations venues de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, y voyant un signe de l’unité et de la vitalité de l’Église dans la sous-région.
Inscrivant cette rencontre dans la dynamique de l’Église synodale, il a rappelé que le fidèle laïc est coresponsable de la mission évangélisatrice du Christ.
Toutefois, la bonne volonté ne suffit pas. Face aux crises politiques, sécuritaires et économiques, les responsables laïcs ont besoin d’une formation capable de structurer leur conscience, de nourrir leur foi, de consolider leur spiritualité et de leur fournir les outils nécessaires à un engagement pastoral de qualité.
Cette exigence de formation mérite une attention particulière en RDC, où les défis liés à la paix, à la cohésion nationale, à la pauvreté et à la fragilisation du tissu social interpellent toutes les composantes de la société, y compris les organisations de fidèles laïcs.
Le laïcat catholique congolais est ainsi appelé à faire de la formation humaine, spirituelle, doctrinale et civique un levier essentiel de son action, afin que ses responsables puissent intervenir avec compétence, discernement et responsabilité dans les espaces ecclésiaux et citoyens.
Paix, cohésion sociale et développement durable : trois priorités
Pour sa part, le docteur Philippe Tine, président du bureau exécutif du Conseil régional du laïcat d’Afrique de l’Ouest, a salué la résilience des fidèles laïcs, en mettant notamment en lumière le rôle historique des catéchistes dans l’enracinement de la foi chrétienne sur le continent africain.
Il a insisté sur trois priorités devant guider l’engagement du laïcat : la promotion de la paix, la consolidation de la cohésion sociale et la contribution au développement durable.
Dans cette perspective, il a appelé au dialogue interreligieux, à la médiation communautaire, à la prévention des conflits et à la promotion d’élections apaisées, transparentes et crédibles.
Il a également plaidé pour la formation de laïcs compétents et intègres, l’encouragement de l’entrepreneuriat des jeunes, la protection de l’environnement et la lutte contre la corruption, y compris au sein des structures ecclésiales.
Ces orientations dépassent les frontières de l’Afrique de l’Ouest. Elles rejoignent les préoccupations de la société congolaise, confrontée à des défis majeurs de paix, de réconciliation, de justice sociale et de développement.
Dans un pays où la consolidation de la cohésion nationale demeure un enjeu crucial, le laïcat catholique est appelé à traduire sa foi en actes, en privilégiant le dialogue, la médiation, l’éducation à la citoyenneté, la solidarité et la recherche du bien commun.
Il ne s’agit pas de se substituer aux autorités publiques ni aux autres acteurs de la société, mais d’assumer, dans le respect de la mission propre de chacun, la responsabilité chrétienne de contribuer à la transformation positive de la société.
Le cardinal Ignace Dogbo Bessi envoie les laïcs en mission
Le 25 octobre, au cours de la messe célébrée à la paroisse Notre-Dame de l’Incarnation de Cocody, le cardinal Ignace Dogbo Bessi, archevêque d’Abidjan, a exhorté les participants à traduire leurs engagements en actes concrets.
Il les a invités à prendre pleinement leur place aux côtés des prêtres et des personnes consacrées, dans un esprit de communion et sans discrimination.
L’archevêque d’Abidjan a également appelé les laïcs à devenir de véritables fers de lance de l’évangélisation, particulièrement dans les milieux où la présence des prêtres est moins fréquente.
Ils doivent, dans ces environnements, témoigner de Jésus-Christ et annoncer l’Évangile, a-t-il souligné.
Cet appel rappelle que la mission du laïcat ne se limite ni aux réunions statutaires ni à la représentation institutionnelle. Elle se déploie dans la vie quotidienne, au sein des familles, des entreprises, des universités, des quartiers, des associations et des lieux de décision.
La crédibilité du témoignage chrétien dépend ainsi de la cohérence entre la foi professée, les valeurs défendues et les comportements adoptés.
RDC : l’Assemblée générale extraordinaire de décembre 2026, un rendez-vous à saisir
L’expérience de l’Afrique de l’Ouest intervient à un moment particulièrement important pour le laïcat catholique congolais, dont la prochaine Assemblée générale extraordinaire est attendue en décembre 2026 à Kinshasa.
Cette échéance pourrait constituer une occasion de réflexion et de mobilisation autour des responsabilités du laïcat dans l’Église et dans la société congolaise.
Sans préjuger de l’ordre du jour ni des décisions qui seront prises, plusieurs enseignements de l’atelier régional de la CERAO-RECOWA méritent d’être soumis à l’attention des responsables congolais.
Premièrement, renforcer la formation des responsables. La connaissance de la doctrine sociale de l’Église, la maîtrise des techniques de médiation, la prévention des conflits et la promotion de la culture démocratique devraient inspirer les programmes de formation du laïcat.
Deuxièmement, dépasser le formalisme institutionnel. Les structures du laïcat sont appelées à démontrer leur utilité par des initiatives régulières, mesurables et adaptées aux réalités pastorales et sociales du pays.
Troisièmement, faire de la paix une priorité opérationnelle. Dans un contexte marqué par les souffrances des populations affectées par les conflits et l’insécurité, le laïcat peut contribuer à la sensibilisation, à la solidarité, à la prévention des violences et à la promotion du dialogue.
Quatrièmement, investir dans la jeunesse et le développement humain. La formation professionnelle, l’éducation à la citoyenneté, l’entrepreneuriat, la protection de l’environnement et la lutte contre les antivaleurs sont autant de domaines où les compétences des fidèles laïcs peuvent être mises au service du bien commun.
Cinquièmement, promouvoir une coresponsabilité ecclésiale effective. Dans l’esprit de la synodalité, il importe de renforcer la communion entre les fidèles laïcs, les prêtres, les personnes consacrées et les évêques, dans le respect des responsabilités propres à chacun.
Ces pistes ne constituent pas des conclusions anticipées de l’Assemblée générale extraordinaire. Elles représentent des éléments de réflexion que les responsables du laïcat congolais pourraient examiner en vue de donner une portée concrète à leur engagement.
S’inspirer de l’Afrique de l’Ouest sans renoncer aux réalités congolaises
L’atelier d’Abidjan ne saurait être considéré comme un modèle à reproduire mécaniquement. Les réalités historiques, sociales, politiques et ecclésiales diffèrent d’un pays à l’autre.
Toutefois, la démarche engagée par la CERAO-RECOWA rappelle une exigence commune à l’ensemble de l’Église en Afrique : former des laïcs capables d’assumer leurs responsabilités baptismales, de témoigner de l’Évangile et de contribuer activement à la paix.
Pour le laïcat catholique congolais, l’enjeu est donc de tirer profit de cette expérience afin de renforcer ses capacités, d’améliorer son fonctionnement et de mieux articuler sa mission ecclésiale avec les besoins de la société.
La prochaine Assemblée générale extraordinaire de décembre 2026 à Kinshasa pourrait, dans cette perspective, ouvrir un espace de réflexion sur les priorités d’action, les mécanismes de formation, la mobilisation des compétences et les engagements concrets à prendre en faveur de la paix et de la cohésion sociale.
L’essentiel sera de faire en sorte que les résolutions éventuelles ne demeurent pas de simples déclarations d’intention, mais se traduisent en initiatives suivies, évaluables et porteuses de résultats.
Le défi : passer des structures aux actes
L’appel lancé à Abidjan rejoint une conviction fondamentale : les laïcs ne sont pas des spectateurs de la mission de l’Église. Par leur baptême, leurs compétences et leur présence dans les réalités du monde, ils sont appelés à contribuer à l’annonce de l’Évangile et à la transformation de la société.
En Afrique de l’Ouest comme en République démocratique du Congo, cette responsabilité suppose une foi vivante, une formation solide, une organisation crédible et une volonté réelle de servir.
À l’approche de son Assemblée générale extraordinaire, le laïcat catholique congolais est donc invité à examiner les moyens de mieux assumer sa vocation, dans la communion ecclésiale et au service de la paix.
Le message d’Abidjan est clair : être laïc catholique, ce n’est pas seulement appartenir à une structure de l’Église. C’est prendre sa part de responsabilité dans la mission du Christ, témoigner de l’Évangile dans la vie quotidienne et contribuer, par des actes concrets, à bâtir une société plus juste, plus fraternelle et plus pacifique.
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