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New messager de la paix RDC > Blog > Justice & Paix > TRIBUNE | RDC : » La force du dialogue produit des frères » » . Paix désarmée et désarmante, discours du Cardinal Fridolin Ambongo Besungu à Assise en Italie
Justice & Paix

TRIBUNE | RDC : » La force du dialogue produit des frères » » . Paix désarmée et désarmante, discours du Cardinal Fridolin Ambongo Besungu à Assise en Italie

redaction
Last updated: octobre 27, 2026 11:11 am
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redaction
13 Min Read
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À Assise, en Italie, le Cardinal Fridolin Ambongo Besungu, Archevêque métropolitain de Kinshasa, lance un vibrant appel à la paix, au dialogue national inclusif et à la fin de l’exploitation des richesses congolaises qui alimente les conflits.

Dans un discours de vérité et de responsabilité, l’archevêque métropolitain de Kinshasa interpelle les dirigeants congolais, la communauté internationale et les croyants.

Son message est sans équivoque : la force des armes ne suffit pas à construire la paix ; seul le dialogue, fondé sur la reconnaissance mutuelle, la justice et la fraternité, peut ouvrir une voie durable à la réconciliation en République démocratique du Congo.

Source : Communauté de Sant’Egidio — Assise, Italie, 26 octobre 2026, 9 h 30, Domus Pacis, salle de théâtre.

Lire attentivement et jusqu’à la fin, l’intégralité du discours .

« PAIX DÉSARMÉE ET DÉSARMANTE » : LE DISCOURS INTÉGRAL DU CARDINAL FRIDOLIN AMBONGO BESUNGU

Chers amis,

Je remercie la Communauté de Sant’Egidio de nous rassembler une fois encore à Assise, quarante ans après la journée de prière voulue par saint Jean-Paul II le 27 octobre 1986.

La question posée à notre table ronde est grave : quelle paix en un temps de force ? Car nous vivons bien un temps où la force a été réhabilitée.

Les dépenses militaires du monde n’ont jamais été aussi élevées. Les nations se réarment, la dissuasion revient au centre des discours, et l’on répète sans pudeur le vieil adage :

« Si tu veux la paix, prépare la guerre ». Je voudrais dire ici, comme pasteur d’une Église qui vit la guerre depuis trente ans, que cet adage est un mensonge. Qui prépare la guerre finit par la faire, et ce sont toujours les pauvres qui la paient.

Ce que l’on appelle aujourd’hui « force » – les armes, le pouvoir, l’argent, la violence – est en réalité le signe d’une faiblesse.

Une faiblesse de pensée d’abord : celui qui ne sait plus convaincre impose ; celui qui ne sait plus dialoguer tire. Recourir aux armes, c’est avouer que l’on n’a plus d’idées, plus d’imagination pour construire l’avenir avec l’autre.

Une faiblesse d’humanité ensuite : pour faire la guerre, il faut cesser de voir dans l’autre un frère, un être créé à l’image de Dieu. Il faut le réduire à un obstacle, à une cible, à un chiffre.

Le pape François l’a dit avec des mots que je fais miens : « Toute guerre laisse le monde pire que dans l’état où elle l’a trouvé. La guerre est un échec de la politique et de l’humanité, une capitulation honteuse, une déroute devant les forces du mal » (Fratelli tutti, n. 261). Et le pape Léon XIV, dans son premier Message pour la Journée mondiale de la paix, a qualifié d’irrationnelle la logique de la puissance dissuasive, qui fonde les relations entre les peuples non sur le droit et la confiance, mais sur la peur.

La force qui a besoin de dominer est une force qui a peur. Elle se protège derrière les murs, les armes et l’argent parce qu’elle ne croit plus à la possibilité de la fraternité.

C’est pourquoi la vraie question n’est pas seulement : combien d’armes faut-il pour être en sécurité ? La vraie question est : quelle humanité sommes-nous en train de devenir ?

Permettez-moi de parler de mon pays, la République démocratique du Congo.

Depuis trente ans, l’Est du Congo est le théâtre d’une tragédie aux conséquences incalculables. Des millions de morts, plus de six millions de déplacés internes, plus de vingt-six millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë, selon les Nations Unies.

En janvier 2025, Goma est tombée aux mains de l’AFC/M23. En décembre, Uvira à son tour, moins d’une semaine après la ratification des accords de Washington. Comment comprendre cela ?

Des accords sont signés dans les capitales étrangères, des feuilles de route sont adoptées à Doha et ailleurs, et pendant ce temps on continue de combattre au Masisi, au Walikale, à Fizi, à Uvira. Les populations, elles, attendent toujours la paix.

Pourquoi cette guerre dure-t-elle ? Parce que, au Congo, l’être humain a perdu sa valeur. Sa dignité d’être créé à l’image de Dieu n’est plus reconnue ; seuls comptent les minerais et les richesses.

Le coltan, la cassitérite, l’or de nos collines nourrissent la guerre au lieu de nourrir nos enfants. Il y a là une double injustice : une injustice intérieure, quand la richesse se concentre entre les mains d’une petite minorité tandis que l’immense majorité vit dans la pauvreté ; et une injustice extérieure, quand des intérêts étrangers, voisins ou lointains, se disputent nos ressources.

J’ai parlé, l’an dernier à Rome, du silence coupable d’un monde qui continue de profiter du pillage systématique de notre pays. Je le redis à Assise.

Et je reprends le cri que le pape François a lancé à Kinshasa le 31 janvier 2023 : « Retirez vos mains de la République démocratique du Congo, retirez vos mains de l’Afrique ! Cessez d’étouffer l’Afrique : elle n’est pas une mine à exploiter ni une terre à dévaliser. »

Mais je ne veux pas seulement accuser les autres. La paix en Afrique dépend d’abord de nous, Africains. La balle est dans notre camp. Et c’est ici que se pose la question du dialogue.

Avec nos frères de l’Église du Christ au Congo, l’Église catholique a proposé le « Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble ».

Ce n’est pas un programme politique. C’est une méthode : s’asseoir ensemble, écouter les blessures des uns et des autres, reconstruire la cohésion nationale autour d’un idéal commun et non autour des personnes.

En juillet dernier, le Chef de l’État a appelé à un dialogue national inclusif, et nous, responsables religieux, avons accepté la mission qui nous était confiée. J’en ai été reconnaissant, car comment faire face à l’agression si les fils et les filles du Congo restent divisés entre eux ?

Aujourd’hui, pourtant, ce dialogue est bloqué. On pose des préalables, on trace des lignes rouges, on décide à l’avance qui pourra s’asseoir à la table et qui en sera exclu.

Je comprends les blessures et les méfiances : elles sont réelles, et le sang versé crie justice. Mais je dois le dire avec clarté : sans dialogue, il n’y aura pas de paix.

La force militaire seule n’apportera pas la paix au Congo ; seul un processus politique inclusif le pourra.

Un dialogue qui exclut ceux avec qui l’on est en guerre n’est pas un dialogue : c’est un monologue. Le dialogue est le mot sacré, le mot-clé qui peut nous sauver, et il faut avoir le courage de le mener même avec ceux que nous considérons comme des ennemis.

La paix ne se fait pas entre amis ; elle se fait entre adversaires qui acceptent de se reconnaître comme frères.

Le dialogue n’est pas la voie des faibles. C’est la voie des forts, de ceux qui ont assez de force intérieure pour ne pas avoir besoin d’écraser l’autre.

Le pape Léon XIV l’a rappelé : la voie du dialogue est la plus efficace à tous les niveaux. La Communauté de Sant’Egidio en a donné la preuve au Mozambique, où des ennemis qui s’étaient combattus pendant seize ans ont signé la paix à Rome en 1992, après plus de deux ans de patientes négociations.

Ce qui semblait impossible est devenu réalité, parce que quelqu’un a cru que l’ennemi d’aujourd’hui pouvait devenir le partenaire de demain.

Quelle paix, alors, en un temps de force ? Le pape Léon XIV nous a donné la réponse dès le premier soir de son pontificat : une paix « désarmée et désarmante, humble et persévérante ». Une paix désarmée, parce qu’elle ne s’appuie pas sur la menace.

Une paix désarmante, parce qu’elle désarme l’autre par la bonté. « La bonté est désarmante », écrit-il encore.

Mais cette paix commence par le désarmement du cœur, de l’esprit et de la vie. On ne désarmera pas les mains si l’on ne désarme pas d’abord les cœurs et les paroles : la haine ethnique, les discours qui déshumanisent, la manipulation de la religion.

Car utiliser le nom de Dieu pour justifier la violence est un blasphème, et les croyants doivent le refuser d’abord par leur vie.

Je pense ici à un jeune de Goma, le bienheureux Floribert Bwana Chui, membre de la Communauté de Sant’Egidio, que l’Église a élevé aux autels en juin 2025.

Fonctionnaire des douanes, il a refusé de laisser entrer des denrées avariées qui auraient empoisonné les pauvres de sa ville, et il a refusé l’argent qu’on lui offrait pour se taire. Il l’a payé de sa vie, en 2007.

Floribert n’avait ni armes, ni pouvoir, ni richesse. Selon la logique de ce monde, il était faible. Et pourtant sa force, celle de sa conscience et de sa foi, a été plus grande que la corruption et la peur.

Voilà la force dont le Congo et le monde ont besoin : la force de dire non au mal, la force de servir les pauvres, la force de rester humain.

Chers amis, l’esprit d’Assise nous enseigne que la prière n’est pas une fuite hors de l’histoire. C’est la source d’une autre vision de l’histoire : celle où l’autre n’est plus un ennemi à vaincre, mais un frère à rencontrer.

Aux responsables politiques de mon pays et de la région des Grands Lacs, je demande : rouvrez la voie du dialogue, sans exclusions et sans préalables qui le rendent impossible.

À la communauté internationale, je demande de passer des déclarations aux actes, et de ne plus fermer les yeux sur le commerce qui finance la guerre.

À nous, croyants de toutes les religions, je demande d’être des artisans de cette paix désarmée et désarmante, dans nos paroles, nos communautés et nos choix.

La force des armes produit des vainqueurs et des vaincus, des veuves et des orphelins. La force du dialogue produit des frères. C’est cette force-là que nous sommes venus chercher à Assise.

Je vous remercie.

Source : Communauté de Sant’Egidio — Assise, Italie, 26 octobre 2026, 9 h 30, Domus Pacis, salle de théâtre.

New Messager de la Paix

 

 

 

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