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New messager de la paix RDC > Blog > International > Au cœur du dialogue France-Afrique : de l’égalité des partenaires à la puissance d’agir ensemble.
International

Au cœur du dialogue France-Afrique : de l’égalité des partenaires à la puissance d’agir ensemble.

redaction
Last updated: octobre 6, 2026 7:26 pm
By
redaction
17 Min Read
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Une lecture africaine et congolaise du nouveau partenariat, France-Afrique par Bertin KANGAMOTEMA AMIZIA sur Newmessagerpaix.net

La relation franco-africaine doit désormais produire davantage de capacités, de projets et de valeur commune

« La Francophonie, c’est cet Humanisme intégral, qui se tisse autour de la terre. »

Léopold Sédar Senghor, 1962»

Le monde change. L’Afrique change avec lui. Et la relation entre la France et les pays africains ne peut rester enfermée dans les catégories, les réflexes et les instruments d’une époque révolue.

Pendant longtemps, le dialogue franco-africain s’est structuré autour de la coopération, de l’aide, des sommets, des accords bilatéraux et d’une histoire commune, souvent complexe. Ces dimensions demeurent, mais elles ne suffisent plus.

Une nouvelle exigence apparaît désormais : faire de la relation franco-africaine une relation de capacités, de production, d’innovation et d’investissement.

La véritable question n’est donc plus seulement de savoir ce que la France peut faire pour l’Afrique, ni ce que l’Afrique peut attendre de la France. Elle est de déterminer ce que des partenaires souverains peuvent construire ensemble, dans leur intérêt mutuel, et qu’ils ne pourraient réaliser avec la même efficacité séparément.

C’est à cette condition que l’égalité entre partenaires cessera d’être une formule diplomatique pour devenir une réalité économique, technologique, scientifique, territoriale et humaine.

De la coopération qui accompagne à l’action qui transforme

Le changement de paradigme est essentiel.

Une coopération moderne ne devrait plus être évaluée uniquement au nombre d’accords signés, de missions organisées ou de financements mobilisés. Elle doit être jugée à ses résultats : entreprises créées, emplois générés, compétences renforcées, infrastructures réalisées, technologies maîtrisées, innovations développées et chaînes de valeur constituées.

Il ne s’agit pas de tourner le dos à la coopération, mais de la faire évoluer.

Financer doit davantage conduire à investir. Transférer une technologie doit favoriser son appropriation, son adaptation et, lorsque les conditions le permettent, sa production locale. Former ne doit pas s’arrêter à la délivrance d’un diplôme : la formation doit ouvrir l’accès à l’emploi, à l’entrepreneuriat, à la recherche et à la capacité de transmettre.

Cette évolution concerne des secteurs qui détermineront largement les rapports de puissance des prochaines décennies : énergie, agriculture, santé, industrie pharmaceutique, numérique, intelligence artificielle, infrastructures, recherche, éducation, finance et transition écologique.

Le véritable enjeu est de rapprocher les entreprises, les universités, les centres de recherche, les collectivités, les investisseurs et les entrepreneurs afin de faire émerger des écosystèmes capables de créer davantage de valeur sur les deux rives.

L’Afrique n’est plus seulement un espace de coopération : elle devient un pôle de puissance

Cette nouvelle approche suppose aussi de regarder l’Afrique autrement.

Le continent diversifie ses partenariats. Europe, Asie, Amériques, monde arabe et pays du Golfe sont désormais présents dans ses économies et ses stratégies de développement.

Cette diversification n’est pas une anomalie. Elle traduit une évolution naturelle des États africains, qui entendent choisir leurs partenaires en fonction de leurs intérêts, de la qualité des offres, de la rapidité d’exécution, du financement disponible et de la capacité à produire des résultats.

Pour la France, cette nouvelle concurrence ne devrait pas être vécue comme une perte d’influence, mais comme une invitation à démontrer la pertinence de son offre.

L’histoire ne garantit pas un contrat. La langue ne garantit aucune préférence. L’amitié ne dispense jamais de faire ses preuves.

Mais la France dispose encore d’atouts considérables : universités, centres de recherche, entreprises, expertise technologique, réseaux culturels et humains, ainsi qu’un espace linguistique partagé avec une grande partie du continent africain.

La question est désormais de transformer ces atouts en partenariats compétitifs et mutuellement avantageux.

La RDC, un acteur incontournable de la nouvelle équation francophone

Dans cette recomposition, la République démocratique du Congo mérite une attention particulière.

Par son poids démographique, son territoire, ses ressources, son potentiel économique et humain et sa place dans l’espace francophone, la RDC ne peut être considérée comme un partenaire parmi d’autres.

Le ministère congolais chargé de la Francophonie présente aujourd’hui la RDC comme le plus grand pays francophone d’Afrique et le deuxième au monde en nombre de locuteurs, avec plus de 100 millions d’habitants et une forte présence du français dans la population.

Cette réalité démographique et linguistique donne à Kinshasa un poids particulier dans toute réflexion sur l’avenir de la Francophonie.

Mais le sujet dépasse largement la seule statistique linguistique.

La RDC dispose d’atouts considérables dans les domaines des ressources naturelles, de l’énergie, de l’agriculture, de la jeunesse, du numérique, de la recherche, de la culture et du développement des infrastructures. Elle représente également un marché majeur au cœur de l’Afrique centrale.

Une nouvelle relation franco-africaine ne peut donc sérieusement se construire sans prendre en compte le poids et les ambitions de la RDC.

Cette évidence vaut également pour la Francophonie institutionnelle.

De Kinshasa peut venir une nouvelle conception de la Francophonie

La candidature de Madame Juliana Amato Lumumba, présentée par la RDC pour le poste de Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie, intervient précisément dans ce contexte de transformation.

Présentée officiellement en mars 2026, elle porte une feuille de route intitulée « Neuf projets neufs pour une Francophonie neuve », avec l’ambition d’une « Francophonie des peuples, par les peuples et pour les peuples ». La Présidence de la RDC indique que cette vision met notamment l’accent sur la solidarité, la paix, la souveraineté des États, la jeunesse, l’éducation, l’innovation, la diversité linguistique et l’accès au savoir numérique.

Il serait réducteur de considérer cette candidature uniquement comme une compétition pour une fonction internationale.

Elle peut aussi être lue comme le symptôme d’un déplacement du centre de gravité de la Francophonie.

Lorsque le pays qui revendique le plus grand poids démographique francophone en Afrique présente une vision visant à rapprocher la Francophonie des peuples, de l’économie, de l’innovation, de la jeunesse et du numérique, une question de fond apparaît : la Francophonie peut-elle encore être pensée principalement depuis les anciennes capitales d’influence ?

La réponse devrait être non.

La Francophonie du XXIe siècle doit davantage refléter ceux qui la font vivre, la parlent, la créent et la transforment.

« Neuf projets neufs » : au-delà d’une candidature, une interrogation sur le futur

La démarche congolaise mérite donc d’être considérée dans sa dimension stratégique.

L’idée d’une Francophonie plus proche des peuples rejoint une aspiration plus large : faire de l’espace francophone non seulement un espace culturel et linguistique, mais également un espace de circulation des compétences, des savoirs, des investissements, des innovations et des opportunités.

La réforme de la relation franco-africaine et le renouvellement de la Francophonie pourraient ainsi se rencontrer.

Car une Francophonie véritablement moderne devrait permettre à un jeune Congolais, Sénégalais, Camerounais, Ivoirien, Gabonais ou Haïtien de trouver davantage d’opportunités de formation, d’entrepreneuriat, de recherche, de mobilité et d’investissement dans un espace francophone devenu un véritable réseau de création de valeur.

La langue commune deviendrait alors plus qu’un instrument de communication.

Elle deviendrait une infrastructure humaine et économique.

C’est dans cette perspective que l’intuition de Senghor retrouve une étonnante actualité.

L’« humanisme intégral » ne peut rester une belle formule historique. Il doit pouvoir se traduire, aujourd’hui, par des mécanismes permettant aux peuples de mieux se connaître, de mieux travailler ensemble et de construire ensemble.

Les territoires doivent entrer au cœur du nouveau partenariat

Une telle refondation ne peut cependant être décidée uniquement dans les capitales.

C’est dans les villes, les communes et les régions que se manifestent les défis les plus immédiats : eau, assainissement, déchets, mobilité, énergie, santé, formation, emploi, urbanisation et digitalisation des services publics.

La coopération décentralisée pourrait donc devenir l’un des grands instruments de cette nouvelle relation.

Il faut passer progressivement du jumelage de représentation au jumelage de projets ; du protocole à la réalisation ; de l’échange institutionnel à l’investissement territorial.

Une ville française pourrait ainsi travailler avec une ville congolaise sur la gestion des déchets. Une université pourrait construire un laboratoire commun avec une institution africaine. Des entreprises pourraient développer ensemble une solution numérique. Des collectivités pourraient créer des programmes communs de formation professionnelle.

La relation franco-africaine retrouverait alors un visage concret : celui des citoyens, des entrepreneurs, des étudiants, des chercheurs, des élus locaux et des travailleurs.

Les diasporas : une puissance de liaison encore insuffisamment mobilisée

Entre les deux rives existe déjà un réseau exceptionnel : celui des diasporas.

Entrepreneurs, médecins, ingénieurs, universitaires, chercheurs, artistes, cadres et étudiants connaissent souvent les réalités des deux espaces.

Ils savent où sont les besoins. Ils connaissent les compétences disponibles. Ils disposent de réseaux. Ils peuvent identifier des investisseurs, rapprocher des universités, faciliter l’accès aux marchés et contribuer au transfert des savoir-faire.

La mobilité des compétences, la reconnaissance des qualifications, les incubateurs communs et les mécanismes de co-investissement devraient donc être considérés non comme des questions périphériques, mais comme des instruments stratégiques du nouveau partenariat.

La jeunesse et les PME doivent également se trouver au cœur de cette dynamique.

La prochaine génération du partenariat franco-africain ne sera pas seulement celle des présidents et des ministres. Elle sera aussi celle des start-up, des laboratoires, des PME, des universités, des collectivités et des réseaux d’entrepreneurs.

L’égalité ne signifie pas l’identité des intérêts

Un partenariat équilibré ne signifie pas que la France et les pays africains aient exactement les mêmes intérêts.

Ils peuvent avoir des priorités différentes, des intérêts divergents et parfois des désaccords.

L’égalité signifie plutôt que chaque partenaire dispose de la capacité de défendre ses intérêts, de négocier ses divergences et de choisir librement les domaines dans lesquels il souhaite agir avec l’autre.

C’est précisément pourquoi l’autonomie africaine ne devrait pas être considérée comme une menace pour la relation avec la France.

Un pays disposant d’universités performantes, d’entreprises compétitives, de chercheurs, d’ingénieurs, d’infrastructures et de capacités financières devient au contraire un partenaire plus solide.

L’objectif n’est donc pas de rendre l’Afrique dépendante d’un nouveau partenaire, mais de faire émerger des partenaires capables de se renforcer mutuellement.

De l’influence à la valeur : le véritable test

La relation franco-africaine ne pourra plus être jugée principalement à partir de la qualité des discours.

Une promesse d’investissement devra devenir un investissement.

Un investissement devra devenir une entreprise ou une infrastructure.

Une formation devra produire une compétence utile.

Une coopération universitaire devra générer de la recherche, de l’innovation ou de nouvelles entreprises.

Une technologie transférée devra pouvoir être comprise, adaptée et progressivement maîtrisée.

C’est à cette échelle que se mesurera la crédibilité du nouveau partenariat.

La France devra convaincre par la qualité de ses projets.

Les pays africains devront également renforcer leur capacité à préparer, négocier, financer et exécuter leurs propres projets.

La puissance du partenariat naîtra précisément de cette montée en capacité des deux côtés.

Vers une Francophonie de production, d’innovation et de solidarité

La Francophonie pourrait jouer un rôle déterminant dans cette transformation.

Elle possède déjà une communauté linguistique, culturelle et humaine. Elle pourrait désormais approfondir sa dimension économique, scientifique, numérique et entrepreneuriale.

La RDC, par son poids démographique francophone et par la vision qu’elle porte à travers sa candidature à la direction de l’OIF, contribue à poser cette question avec une force particulière.

La France, de son côté, peut accompagner cette transformation sans chercher à la contrôler.

C’est peut-être là que se trouve l’une des clés d’une nouvelle relation.

Une France qui ne parle plus seulement à l’Afrique, mais qui construit avec elle.

Une Afrique qui ne demande plus seulement à être accompagnée, mais qui propose, négocie, investit et produit.

Une Francophonie qui ne se contente plus de partager une langue, mais qui organise le partage des savoirs, des compétences, des innovations et des opportunités.

Après l’égalité des partenaires, la puissance de l’action commune

Il faut finalement revenir à la question essentielle :

Que pouvons-nous construire ensemble que nous ne pourrions pas construire aussi efficacement séparément ?

Une réponse concrète pourrait être une entreprise franco-congolaise. Un laboratoire commun. Une chaîne de valeur agricole. Une industrie pharmaceutique. Un programme d’intelligence artificielle. Une université en réseau. Une infrastructure énergétique. Un système de formation professionnelle. Une ville mieux administrée. Une PME financée. Un jeune formé, employé et devenu à son tour créateur d’emplois.

C’est là que la relation franco-africaine changera réellement de nature.

Elle ne sera plus seulement une relation héritée de l’histoire.

Elle deviendra une relation choisie, négociée et construite par l’avenir.

Senghor avait compris que la Francophonie devait être un humanisme capable de relier les continents.

Plus de six décennies plus tard, le défi consiste à donner à cette intuition une traduction nouvelle : faire de la langue partagée un langage commun de l’action, de l’innovation, de la création de valeur et de la paix.

La RDC, par son poids dans l’espace francophone et par la dynamique qu’elle impulse autour de sa candidature à la tête de l’OIF, rappelle opportunément que le centre de gravité de la Francophonie est aussi africain.

Le prochain chapitre de la relation France-Afrique pourrait donc être celui d’une véritable réciprocité : non plus des partenaires égaux en théorie, mais des partenaires capables d’agir ensemble en pratique.

Après l’égalité des partenaires, vient le temps de la puissance des partenariats.

Bertin Kangamotema Amizia/Newmessagerpaix.net

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