Entre théologie, politologie et communicologie
Tribune de Bertin Kangamotema Amizia dans Newmessagerpaix.net, tirée de la réflexion de Bob BOBUTAKA Bateko
De la fumée blanche à un message universel de paix
Le jeudi 8 mai 2025, à 18h08, la fumée blanche de la chapelle Sixtine annonçait l’élection du cardinal Robert Francis Prevost comme 267e évêque de Rome. Il choisissait le nom de Léon XIV.
L’événement dépassait immédiatement les frontières de l’Église catholique pour devenir un fait religieux, diplomatique, politique et communicationnel mondial.
Pour la première fois, un citoyen américain accédait au pontificat. Mais Léon XIV ne saurait être réduit à son identité américaine : son long parcours missionnaire et épiscopal au Pérou, notamment à Chiclayo, a profondément marqué son expérience pastorale.
Cette double appartenance — américaine par naissance, péruvienne par son expérience — ouvre une lecture particulière de son pontificat, à laquelle s’ajoute désormais une dimension africaine, notamment autour de la paix.
C’est dans cette perspective que peuvent être rapprochés les feedbacks de Donald Trump, José Enrique Jerí Oré et Félix-Antoine Tshisekedi : trois espaces géopolitiques différents autour d’un même événement religieux universel.
Donald Trump : l’Amérique face à son premier pape
Quelques instants après l’élection, Donald Trump saluait comme un « grand honneur » pour les États-Unis l’élection du premier pape américain et exprimait son souhait de rencontrer Léon XIV.

Cette réaction révèle une première dimension communicationnelle : l’Amérique découvre « l’un des siens » au sommet de l’Église catholique.
Mais le pontificat établit une distinction entre nationalité et mission. Né aux États-Unis, Léon XIV n’est pas devenu le pape des États-Unis. Comme évêque de Rome, il assume une mission universelle.
Son message pour la Journée mondiale de la paix 2026, consacré à une « paix désarmée et désarmante », inscrit cette mission dans une vision qui dépasse les frontières nationales.

L’identité américaine du pape constitue donc un fait historique ; sa mission demeure universelle.
Le Pérou : de Chiclayo à Rome, une mémoire pastorale devenue universelle
Le deuxième espace de lecture est le Pérou.
Robert Francis Prevost y a vécu une longue partie de son ministère comme missionnaire puis évêque de Chiclayo, et y a acquis la nationalité péruvienne. Le Pérou représente donc un espace majeur de son expérience pastorale.

José Enrique Jerí Oré doit cependant être replacé dans le bon calendrier. Il n’était pas président lors de l’élection de Léon XIV le 8 mai 2025. Il est devenu président en octobre 2025 et a quitté ses fonctions en février 2026.
Son lien avec Léon XIV relève donc d’une étape ultérieure du pontificat. Durant sa présidence, les autorités péruviennes ont notamment cherché à inviter officiellement le pape à visiter le pays auquel il demeure profondément attaché.
Cette séquence montre comment une mémoire pastorale peut devenir un élément de diplomatie entre un État et le Saint-Siège.
De Chiclayo à Rome, l’expérience péruvienne de Léon XIV illustre ainsi le passage d’un enracinement local à une mission universelle.
Félix-Antoine Tshisekedi : la RDC, une périphérie au cœur de la problématique de paix
La troisième figure est Félix-Antoine Tshisekedi.

Son rapprochement avec Léon XIV repose moins sur une proximité nationale que sur la question de la paix et sur l’histoire des relations entre la RDC et le Saint-Siège.
Quelques jours avant l’élection de Léon XIV, le président congolais avait participé aux funérailles du pape François à Rome. Après l’élection, il adressait ses félicitations au nouveau pontife.
Le 24 mai 2025, il recevait le nonce apostolique en RDC, Mgr Mitja Leskovar. Les échanges portaient notamment sur l’initiative de paix et de bien-vivre ensemble portée par les évêques catholiques et protestants de la RDC et de la région des Grands Lacs.

La question congolaise trouve également un écho direct dans le magistère de Léon XIV.
En juin 2025, lors de la béatification de Floribert Bwana Chui, jeune Congolais assassiné à Goma en 2007, le pape le présentait comme « un homme de paix » et souhaitait que la paix advienne au Kivu, au Congo et dans toute l’Afrique.

La RDC apparaît ainsi comme l’un des lieux où le message de paix de Léon XIV prend une dimension concrète.
De Jean-Paul II à François, puis Léon XIV : la mémoire congolaise de la paix
La relation entre le Congo et le Saint-Siège est ancienne.
Jean-Paul II avait visité le Zaïre en 1980 et 1985. En 2023, le pape François effectuait à son tour une visite historique en RDC, donnant une visibilité internationale aux souffrances des populations de l’Est et à la nécessité d’une paix fondée sur la justice et la dignité.
Avec Léon XIV, cette mémoire se prolonge.
L’attention à l’Afrique apparaît également dans la diplomatie du Saint-Siège. Le 28 janvier 2026, Léon XIV a nommé Mgr Relwendé Kisito Ouédraogo, prélat d’origine burkinabè, nonce apostolique en République du Congo, et non en République démocratique du Congo.

Cette précision est essentielle. Cette nomination ne concerne pas directement la RDC, mais elle constitue un élément supplémentaire de la présence africaine dans la diplomatie pontificale en Afrique centrale.
Parallèlement, la RDC demeure au cœur des préoccupations de paix du Saint-Siège à travers le ministère de Mgr Mitja Leskovar.
La dimension africaine du pontificat apparaît également à travers l’attention portée aux jeunes, aux victimes des conflits et aux témoins africains de la paix. Floribert Bwana Chui en constitue une figure emblématique.
Le voyage apostolique de Léon XIV en Afrique en avril 2026, notamment au Cameroun et en Angola, a également placé au premier plan le dialogue, la fraternité, la réconciliation et la paix.
L’Afrique n’est donc pas seulement une périphérie géographique du pontificat. Elle devient aussi un espace où se vérifient plusieurs de ses grandes préoccupations pastorales.
Théologie, politologie et communicologie : trois regards sur une même quête
La théologie interroge le sens de la paix dans la perspective de l’Évangile : justice, fraternité, réconciliation et dignité humaine.
La politologie analyse les rapports de pouvoir, les intérêts des États, les négociations, les conflits et les mécanismes de stabilisation.
La communicologie observe les messages, les symboles, les discours, les réactions et les représentations.
L’élection de Léon XIV constitue un laboratoire pour ces trois disciplines.
La fumée blanche est un message. Le nom « Léon XIV » est un message. Les félicitations présidentielles, les rencontres diplomatiques, les voyages apostoliques et les appels au dialogue sont également des messages.
La communication participe ainsi à la construction des représentations et peut contribuer à créer des espaces de rencontre.
Les « feedbacks » présidentiels : trois portes d’entrée vers le pontificat
Les trois figures présidentielles offrent donc trois portes d’entrée.
* Avec Donald Trump, c’est l’Amérique qui découvre son premier pape.
* Avec José Enrique Jerí Oré, c’est le Pérou qui cherche à prolonger sa relation particulière avec un homme profondément marqué par son expérience pastorale dans le pays.
* Avec Félix-Antoine Tshisekedi, c’est la question africaine et congolaise de la paix qui entre directement dans cette lecture.
Ces réalités sont différentes, mais elles peuvent se rejoindre autour d’une même interrogation : comment transformer l’influence politique, diplomatique, religieuse et communicationnelle en instruments au service de la paix ?
La paix : une responsabilité qui dépasse le Vatican
Le pontificat de Léon XIV ne saurait être compris uniquement à travers son identité américaine ou son expérience péruvienne.
Son espace d’action est universel.
La « paix désarmée et désarmante » suppose le dialogue, la responsabilité, la justice et la protection des populations.
En Afrique, cette conception prend une résonance particulière. La paix ne peut être réduite à la signature d’un accord. Elle suppose également la réconciliation, la participation de la jeunesse et une communication responsable.
La RDC en constitue une illustration majeure.
Une diplomatie de la rencontre
Rencontrer ne signifie pas nécessairement être d’accord.
Dialoguer ne signifie pas effacer les divergences.
Écouter ne signifie pas renoncer à ses convictions.
Mais la rencontre crée un espace où la parole peut remplacer la violence et où la négociation peut se substituer à l’affrontement.
C’est l’une des orientations régulièrement mises en avant par Léon XIV dans ses interventions internationales.
Les responsables politiques demeurent ainsi des acteurs essentiels de la traduction concrète des exigences de paix, de justice, de solidarité et de protection des populations.
Le Congo, laboratoire africain d’une paix à construire
La RDC constitue un espace particulièrement significatif de cette réflexion.
La proximité historique entre le Congo et le Saint-Siège ne dispense pas les Congolais de leur propre responsabilité. La paix congolaise devra être construite par les Congolais eux-mêmes, avec l’appui des partenaires régionaux et internationaux.
C’est ce que rappelait Mgr Mitja Leskovar en mai 2025 : la communauté internationale a un rôle à jouer, mais la responsabilité des Congolais demeure essentielle.
Le message de Léon XIV peut donc être compris comme un encouragement au dialogue, à la réconciliation et à la solidarité.
Floribert Bwana Chui rappelle à cet égard que la paix n’est pas seulement l’affaire des présidents et des diplomates. Elle est également une responsabilité citoyenne et générationnelle.
Conclusion : lorsque la communication devient un instrument de paix
L’élection de Léon XIV constitue bien davantage qu’un événement religieux. Elle est un événement de communication mondiale.
Elle révèle une configuration symbolique particulière : un pape né aux États-Unis, profondément marqué par le Pérou, appelé à exercer une mission universelle et portant une attention particulière aux périphéries humaines, notamment en Afrique.
Les États-Unis renvoient à sa naissance américaine. Le Pérou renvoie à son expérience missionnaire et pastorale. La RDC renvoie à l’enjeu africain de la paix, de la justice et de la dignité humaine.
L’Afrique apparaît désormais comme une dimension importante de la lecture de ce pontificat : Floribert Bwana Chui, le Kivu, les appels à la paix, le voyage africain de 2026 et la présence de prélats africains dans la diplomatie du Saint-Siège constituent autant d’éléments de cette réalité.
De Chicago à Chiclayo, de Rome à Kinshasa, de Washington à Lima et jusqu’aux différentes capitales africaines, une même question demeure : comment faire de l’influence, de la parole et du pouvoir des instruments de fraternité plutôt que des facteurs de division ?
Non pas un pape américain pour les Américains.
Non pas un pape péruvien pour les Péruviens.
Mais un évêque de Rome appelé à parler à un monde fragmenté et à promouvoir une paix « désarmée et désarmante ».
Pour l’Afrique, et particulièrement pour la République démocratique du Congo, cette vision prend une résonance singulière.
Car la paix ne peut être seulement proclamée.
Elle doit être pensée, négociée, communiquée, construite et vécue.

Théologie. Politologie. Communicologie. Trois disciplines, une même exigence : contribuer à faire de la paix non seulement un discours, mais une réalité humaine.
Tribune de Bertin Kangamotema Amizia et le New Messager de la Paix, tirée de la réflexion de Bob BOBUTAKA Bateko





