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New messager de la paix RDC > Blog > Justice & Paix > ENJEUX ET DÉFIS DU PROCESSUS DE PAIX OU PACTE SOCIAL.Du dialogue sans fin au Pacte fondateur de la Nation congolaise. Au cœur d’une conférence de Prière de Didier MUMENGIÉcrivain, Formateur Senior, Coordonnateur Général du Secrétariat Technique du Pacte Social pour la Paix et le Bien-Vivre Ensemble en RDC et dans les Grands Lacs
Justice & Paix

ENJEUX ET DÉFIS DU PROCESSUS DE PAIX OU PACTE SOCIAL.Du dialogue sans fin au Pacte fondateur de la Nation congolaise. Au cœur d’une conférence de Prière de Didier MUMENGIÉcrivain, Formateur Senior, Coordonnateur Général du Secrétariat Technique du Pacte Social pour la Paix et le Bien-Vivre Ensemble en RDC et dans les Grands Lacs

redaction
Last updated: août 26, 2026 9:39 am
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redaction
15 Min Read
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Et si la paix en République démocratique du Congo exigeait de dépasser la seule logique des cessez-le-feu et des accords successifs pour s’attaquer aux causes profondes des crises ?

Dans sa conférence de prière à l’Église du Christ au Congo, Didier MUMENGI, Ecrivain, Formateur Senior, Coordonnateur Général du Secrétariat Technique du Pacte Social pour la Paix et le Bien-Vivre Ensemble en RDC et dans les Grands Lacs, revisite l’histoire institutionnelle du pays à travers cinq paradoxes majeurs : le paradoxe du « pays cadeau », celui du « pays-gâteau », le paradoxe de l’immatriculation et de la séparation entre « évolués » et « indigènes », celui de la démocratie tribalisée, enfin celui des accords de paix sans lendemain.

À travers ces cinq lectures historiques, l’écrivain défend l’idée que la paix véritable passe par une refondation du rapport entre le peuple, l’État, la terre, les communautés, la souveraineté et le destin collectif. C’est tout le sens du Pacte Social pour la Paix et le Bien-Vivre Ensemble, porté par la CENCO et l’ECC.

La paix ne peut être réduite au silence des armes

Pour Didier MUMENGI, comprendre les enjeux actuels du processus de paix impose de remonter le fil de l’histoire institutionnelle congolaise. Depuis l’Acte général de Berlin de 1885, le pays apparaît comme une succession de paradoxes politiques, institutionnels et ontologiques qui continuent de peser sur le rapport au pouvoir, à l’État et à la souveraineté.

Le premier est celui du « pays cadeau » : un territoire habité, organisé en royaumes, chefferies et communautés, placé sous la souveraineté personnelle de Léopold II. Le peuple, pourtant dépositaire de cette terre, n’est pas reconnu comme sujet de la décision politique.

Cette dépossession originelle conduit Didier MUMENGI à poser une question fondamentale : le Congo n’est-il pas demeuré, dans l’imaginaire institutionnel, plutôt un domaine à administrer qu’un territoire de vie à gouverner ?

La paix, dès lors, ne peut être seulement sécuritaire. Elle touche aux fondements mêmes du rapport du peuple à la terre de ses ancêtres, au pouvoir politique et à l’État.

Le Pacte Social est ainsi présenté comme une véritable entreprise de refondation du rapport entre le peuple et l’État, entre le peuple et la terre de ses ancêtres, entre l’exercice du pouvoir et le devoir de forger le bien-vivre ensemble.

Du « pays-gâteau » à la mémoire traumatique

Le deuxième paradoxe est celui du « pays-gâteau ». En 1907-1908, le Congo ne récupère pas sa souveraineté : il change de souveraineté sans devenir souverain. Une nouvelle fois, le destin politique d’un peuple est redéfini par des actes auxquels celui-ci n’a ni participé ni consenti.

C’est dans cette continuité que Didier MUMENGI propose les concepts de Mémoire Traumatique Structurante (MTS), de Syndrome de Destruction Intérieure Transgénérationnelle (SYDIT) et de Transfiguration Psycho-Historique (TPH).

L’hypothèse est forte : certains traumatismes historiques ne disparaissent pas avec les événements qui les ont produits. Ils peuvent continuer d’influencer les représentations, les comportements, les institutions et les imaginaires collectifs.

La véritable décolonisation ne saurait donc se limiter à l’indépendance juridique. Elle doit devenir une œuvre de reconstruction intérieure, de transfiguration des consciences, de restauration de la dignité collective et de réappropriation consciente de notre destin historique.

L’immatriculation : quand la reconnaissance devient une récompense

Le troisième paradoxe est celui de l’immatriculation, qui a contribué à hiérarchiser les individus entre « évolués » et « indigènes ».

Le système colonial ne s’est pas contenté de gouverner un territoire : il a aussi entrepris de classer les êtres humains qui l’habitaient et de définir les conditions de leur pleine reconnaissance.

Pour Didier MUMENGI, le traumatisme est anthropologique : pour être reconnu comme suffisamment digne de l’égalité, le Congolais devait démontrer qu’il s’était suffisamment éloigné de lui-même.

D’où une interrogation centrale : comment construire une conscience nationale lorsque l’histoire a longtemps enseigné à une société que certaines de ses identités, traditions et valeurs étaient inférieures à celles venues d’ailleurs ?

La réponse passe par une véritable décolonisation du regard porté sur soi-même. Le Dialogue des Experts, dans l’architecture du Pacte Social, doit contribuer à transformer la mémoire de l’infériorisation en mémoire de dignité intellectuelle, la honte culturelle en fierté cognitive consciente et la dépendance symbolique en capacité de produire nous-mêmes les références et les intelligences à partir desquelles nous voulons panser nos plaies et penser notre avenir.

La démocratie tribalisée : voter avant de construire la citoyenneté

Le quatrième paradoxe est celui de la démocratie tribalisée.

Le Congo est progressivement appelé à voter avant d’être véritablement autorisé à se constituer comme sujet politique national. Le vote précède la conscience politique nationale.

Dans ce contexte, les appartenances ethniques, régionales et communautaires ont pu devenir des cadres privilégiés de mobilisation et de représentation politiques.

Sans établir une causalité mécanique entre les réformes électorales de 1957 et les violences contemporaines, Didier MUMENGI invite à interroger la persistance de ces dynamiques dans un pays où la citoyenneté nationale demeure parfois moins mobilisatrice que l’appartenance communautaire.

Le défi du Pacte Social est donc de réhabiliter l’idée même de communauté nationale : faire du peuple congolais non pas une simple addition de communautés, mais une communauté politique de destin.

C’est pourquoi la Pastorale de la Paix, le Dialogue des Communautés et le Dialogue des Experts doivent précéder le Dialogue Politique.

Avant de s’accorder sur le partage ou l’exercice du pouvoir, il faut réconcilier les communautés, reconstruire la confiance, restaurer les valeurs communes et produire les intelligences capables de penser l’intérêt général.

Les accords de paix sans lendemain : traiter les causes profondes

Le cinquième paradoxe est celui des accords de paix sans lendemain.

L’histoire récente du Congo est jalonnée de cessez-le-feu, d’accords, de compromis, de dialogues et de transitions. Pourtant, la violence revient.

Le problème n’est pas que ces accords n’aient servi à rien. Ils ont permis de sauver des vies, de faire cesser temporairement les hostilités et d’ouvrir des transitions. Mais leur limite apparaît lorsque l’accord devient la destination au lieu d’être le commencement du véritable travail de paix.

On peut signer un accord sans réconcilier les mémoires. On peut proclamer un cessez-le-feu sans restaurer la confiance. On peut partager le pouvoir sans partager une vision commune du destin national.

La question fondamentale devient alors : « Pourquoi faisons-nous la guerre ? » et non plus seulement : « Comment arrêter la guerre ? »

C’est ici que le Pacte Social prend toute sa portée. Il entend transformer la logique de réparation ponctuelle en logique de reconstruction durable, la coexistence méfiante en bien-vivre ensemble, le partage du pouvoir en partage du destin, et la gestion des crises en prévention et transformation de leurs causes profondes.

Une architecture nouvelle pour une paix durable

La démarche portée par la CENCO et l’ECC repose ainsi sur une progression : Pastorale de la Paix, Dialogue des Communautés, Dialogue des Experts, puis Dialogue Politique.

Cette architecture veut traiter ensemble les dimensions historiques, territoriales, communautaires, institutionnelles, économiques, culturelles, intellectuelles, sécuritaires et régionales des crises congolaises.

Elle doit également s’ouvrir sur deux grandes perspectives : la Conférence sur la mobilisation financière internationale pour la reconstruction post-conflit de la RDC et la Conférence internationale pour la Paix et le Bien-Vivre Ensemble dans les Grands Lacs.

Car la paix congolaise et la paix régionale sont historiquement, géographiquement et stratégiquement liées.

Le Pacte Social invite ainsi à faire le lien entre souveraineté nationale et paix régionale, respect des frontières et non-agression mutuelle, sécurité collective et coopération transfrontalière, dignité des nations et confiance entre les peuples.

Du dialogue sans fin au Pacte fondateur de la Nation congolaise

Depuis la Table ronde de Bruxelles de 1960 jusqu’à l’Accord de la Saint-Sylvestre du 31 décembre 2016, la RDC a connu une succession de conférences, tables rondes, consultations, pourparlers, conclaves et dialogues.

De Bruxelles à Léopoldville, de Brazzaville à Tananarive, de Coquilhatville à Lovanium, de la Conférence nationale souveraine à Lusaka, de Sun City aux Concertations nationales, puis au dialogue conduit par la CENCO en 2016, une même mécanique semble se répéter : la crise éclate, le dialogue est convoqué, un compromis est trouvé, puis une nouvelle crise impose un nouveau dialogue.

Le défi historique est donc de sortir de cette nécessité permanente d’organiser une nouvelle conférence.

Le Congo ne souffre pas d’un déficit de dialogue. Il souffre de la difficulté à transformer les compromis négociés en un ordre politique, économique, social et régional suffisamment solide pour empêcher la reproduction des crises.

C’est précisément là que le Pacte Social pour la Paix et le Bien-Vivre Ensemble en RDC et dans les Grands Lacs entend changer de paradigme : ne plus seulement négocier pour sortir d’une crise déjà installée, mais agir sur les causes qui la produisent et les conditions qui permettent sa reproduction.

Le mouvement recherché est clair :

diagnostic des causes profondes → Pacte Social → engagements vérifiables → transformation institutionnelle et économique → prévention des crises → redressement et développement national → paix durable.

Le Pacte Social ne serait donc pas « le dernier dialogue », mais le dialogue qui doit progressivement rendre moins nécessaires les dialogues de crise.

Il s’agit de passer du dialogue comme réaction à la crise au dialogue comme instrument permanent de transformation ; de l’improvisation à l’anticipation ; du compromis ponctuel au pacte durable.

Le défi d’une cinquième génération du dialogue congolais

Didier MUMENGI voit dans cette démarche l’émergence possible d’une cinquième génération du dialogue congolais.

Cette nouvelle génération ne poserait plus seulement la question : « Comment sortir de cette crise ? »

Elle poserait une question autrement plus décisive :

« Comment transformer les structures qui produisent les crises ?»

Elle devrait embrasser la gouvernance et l’État de droit, la sécurité, la décentralisation, la gestion des ressources naturelles, le développement économique, la justice et la réconciliation, la cohésion nationale, la prévention des conflits communautaires, les relations avec les États voisins et la construction d’une véritable architecture régionale de paix.

La différence fondamentale est celle qui sépare le pacte de coexistence du pacte de transformation sociétale.

Il ne s’agit plus seulement de permettre à des adversaires de ne plus se combattre, mais de construire les conditions civiques, politiques, économiques, sociales et finalement ontologiques qui donnent à tous intérêt à ne plus jamais se combattre.

L’ambition historique

Ainsi comprise, l’initiative CENCO-ECC ne serait pas simplement une conférence de plus dans la longue histoire des dialogues congolais. Elle constituerait une tentative de clôture d’un cycle historique d’incessants pourparlers : après avoir si souvent négocié pour sortir de la crise, négocier enfin pour construire les conditions qui rendent la crise moins probable.

Le Pacte Social se présente alors comme un chantier à quatre dimensions structurelles et interdépendantes : un défi d’intelligence collective au service de la paix, un projet de résilience intercommunautaire fondé sur l’interculturalité républicaine, un pari de renouveau politique orienté vers l’accélération de la reconstruction nationale, et une ambition d’interactions transfrontalières pacifiées au service du codéveloppement régional.

L’enjeu ultime est donc de faire du Dialogue à Quatre Dimensions Structurelles et Interdépendantes, non plus le dernier recours d’un État en crise, mais l’acte fondateur d’une société capable de prévenir ses crises, de résoudre systémiquement ses différends et de construire culturellement son destin commun.

Combien d’accords de paix faudra-t-il encore signer si nous ne nous décidons jamais à exhumer les causes profondes de nos crises ?

La question posée par Didier MUMENGI dépasse la conjoncture. Elle engage une génération et peut-être une Nation.

Car la vocation historique du Pacte Social pourrait finalement être celle-ci : non pas seulement mettre fin à la guerre, mais construire progressivement une Nation et une région dans lesquelles la guerre ne puisse plus être considérée comme une fatalité.

C’est là que se trouvent, en profondeur, les véritables enjeux et défis de la paix en République démocratique du Congo et dans les Grands Lacs.

Tribune — New Messager de la Paix

 

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