À l’approche du XIXe Sommet de la Francophonie prévu en novembre 2026 à Siem Reap, une recomposition stratégique majeure se dessine au sein de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).
Plus qu’une simple élection, la bataille pour le secrétariat général prend des allures de confrontation géopolitique entre continuité et renouveau, entre influences historiques et réalités démographiques.
Au cœur de cette dynamique, une déclaration du président français Emmanuel Macron agit comme un véritable marqueur : « L’épicentre de la langue française se trouve aujourd’hui dans le bassin du fleuve Congo, et non sur les quais de Seine. » Une phrase lourde de sens, qui pourrait bien redessiner les équilibres au sein de la Francophonie.
Une parole présidentielle qui pourrait changer la donne
En reconnaissant que le centre de gravité de la langue française s’est déplacé vers l’Afrique centrale, Emmanuel Macron consacre une réalité démographique incontestable.
Le bassin du Congo concentre aujourd’hui la plus forte densité de locuteurs francophones au monde, avec une croissance portée par une jeunesse dynamique et une urbanisation accélérée.
Cette affirmation, loin d’être anodine, crée un précédent politique : si l’épicentre est désormais africain, alors la gouvernance de la Francophonie devrait logiquement refléter ce basculement.
C’est précisément sur cette base que la République démocratique du Congo entend bâtir sa légitimité.
Kinshasa à l’offensive : une candidature de rupture
Avec la candidature de Juliana Amato Lumumba, la RDC ne se contente pas de participer : elle ambitionne de transformer en profondeur l’OIF.
Soutenue par le président Félix Tshisekedi et portée diplomatiquement par Crispin Mbadu, cette candidature s’inscrit dans une vision claire : faire émerger une Francophonie plus inclusive, plus représentative et résolument tournée vers les peuples.
Loin d’un affrontement frontal, Kinshasa parle de responsabilité historique.
La RDC, premier pays francophone au monde en termes de population, estime que le moment est venu d’aligner la gouvernance de l’OIF sur sa réalité sociolinguistique.
Face à Kinshasa, Rwanda veut jouer la carte de la continuité
En poste depuis 2019, Mushikiwabo brigue un nouveau mandat avec le soutien actif de Kigali.
Mais cette candidature soulève des interrogations : peut-on continuer à diriger une organisation francophone majeure alors que le Rwanda s’inscrit progressivement dans une sphère anglophone ?
Et surtout, la longévité à la tête de l’OIF ne risque-t-elle pas de freiner le renouvellement attendu par de nombreux États membres ?
Paris, arbitre décisif ou “arbitre coupable” ?
Historiquement, le choix de la France reste déterminant dans les équilibres internes de l’OIF. Une réalité qui place Emmanuel Macron au cœur d’un dilemme stratégique.
D’un côté, la cohérence voudrait que Paris soutienne la dynamique démographique incarnée par la RDC. De l’autre, des considérations diplomatiques et historiques, notamment liées aux relations avec Kigali, pourraient peser en faveur du statu quo.
Ce positionnement ambigu alimente les critiques.
Pour certains observateurs, la France risque d’apparaître comme un “arbitre coupable” si elle ne traduit pas ses propres déclarations en actes politiques concrets.
La RDC revendique le leadership : une légitimité assumée
S’appuyant sur les propos du président français, Crispin Mbadu a clairement affirmé que la RDC est désormais « le cœur battant de la Francophonie ».
Au-delà du symbole, Kinshasa revendique une légitimité fondée sur trois piliers :
* Démographique : une population massive et majoritairement francophone
* Culturel : une créativité linguistique et artistique reconnue
* Prospectif : une jeunesse qui incarne l’avenir de la langue française
Cette triple légitimité nourrit une ambition : faire de la RDC non plus un simple espace francophone, mais un moteur décisionnel.
Neuf projets neufs pour une Francophonie des peuples
Au cœur de cette ambition, la candidature de Juliana Amato Lumumba s’accompagne d’une feuille de route structurée autour de neuf projets stratégiques, pensés pour refonder l’OIF :
Ces Neuf projets neufs pour une Francophonie neuve sont;
* Les Rencontres interculturelles francophones,
* l’intégration économique francophone,
* la valorisation des langues sœurs,
* le Pacte Climatique Francophone,
* le Visa francophone et la justice universelle,
* la recherche en médecine traditionnelle et pharmacopée ancestrale,
* la transition numérique francophone inclusive,
* l’hymne de la Francophonie
Vers un tournant historique ?
L’élection à venir dépasse largement une simple alternance à la tête de l’OIF.
Elle pose une question fondamentale : la Francophonie doit-elle rester une organisation influencée par ses centres historiques ou évoluer vers une gouvernance alignée sur ses réalités contemporaines ?
En affirmant que l’épicentre du français se trouve dans le bassin du Congo, Emmanuel Macron a peut-être, volontairement ou non, ouvert la voie à une redéfinition profonde des équilibres.
Reste à savoir si Paris transformera cette reconnaissance en acte politique. Car à défaut, la France pourrait apparaître en contradiction avec sa propre lecture du monde francophone.
Pour la RDC, en revanche, l’heure n’est plus au constat, mais à la conquête.
Bertin Kangamotema Amizia/Newmessagerpaix.net






