Après avoir fait vibrer les cœurs des Congolais sous les couleurs de l’AS Vita Club et des Léopards, l’ancienne gloire du football national a aujourd’hui besoin de la solidarité de tous pour faire face à la maladie et retrouver des conditions de vie dignes. Un appel à la compassion adressé aux autorités du pays, aux responsables sportifs et à toutes les personnes de bonne volonté.

Alors que les Congolais célèbrent encore le retour de leur équipe nationale, les Léopards, au rendez-vous de la Coupe du monde 2026, une autre actualité, douloureuse celle-là, vient nous rappeler une vérité que le monde du sport ne devrait jamais oublier : derrière les exploits d’hier, il y a des hommes et des femmes qui, avec le poids des années, peuvent se retrouver seuls face à la maladie, à la précarité et à l’indifférence.

C’est le triste sort que semble aujourd’hui connaître Baudouin Lofombo Geleme, affectueusement surnommé le « Bombardier » ou le « Canonnier », ancien attaquant de l’AS Vita Club de Kinshasa, international congolais et entraîneur ayant consacré une grande partie de sa vie au football national.

Dans une vidéo relayée sur les réseaux sociaux, l’ancien joueur apparaît aux côtés de son épouse, maman Maria. Son état physique, visiblement préoccupant, suscite l’émotion et réveille les souvenirs d’une époque où son nom faisait trembler les défenses adverses.
Selon les informations communiquées par sa famille, il souffrirait notamment de la maladie de Parkinson, accompagnée de troubles de la mémoire et de tremblements, et éprouverait de sérieuses difficultés à financer ses soins médicaux.
Face à cette situation, son épouse lance un appel à l’aide aux autorités du pays, notamment au Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, à la Première dame, Denise Nyakeru Tshisekedi, ainsi qu’au ministre des Sports, Didier Budimbu Ntubuanga.
Cet appel ne devrait laisser personne indifférent. Il interpelle notre conscience collective et pose une question essentielle : quelle reconnaissance notre nation réserve-t-elle à ceux qui ont contribué, par leur talent, leurs sacrifices et leur engagement, à écrire les plus belles pages de son histoire sportive ?
Lofombo, une légende forgée dans l’effort et l’honneur national

Né le 5 mai 1957, Baudouin Lofombo Geleme appartient à cette génération de footballeurs qui ont porté haut les couleurs de l’ancien Zaïre, aujourd’hui République démocratique du Congo, dans un contexte où les conditions de pratique du sport étaient bien différentes de celles que connaissent les joueurs actuels.
Son histoire est intimement liée à celle de l’AS Vita Club, l’un des grands clubs de la capitale congolaise.
Après ses premiers pas au sein de l’équipe de Kalamu, il rejoint les Moscovites et s’y distingue par son engagement, sa puissance offensive et sa capacité à faire basculer les rencontres. Son surnom de « Bombardier » résume à lui seul l’image laissée par ce joueur combatif, dont les frappes et les buts décisifs ont marqué la mémoire des supporters.
À cette époque, porter le maillot d’un grand club congolais représentait bien plus qu’une activité sportive. C’était défendre un blason, honorer une communauté et contribuer au rayonnement du pays sur la scène africaine.
Lofombo s’inscrit pleinement dans cette tradition.
En 1979, lors des huitièmes de finale de l’ancienne Coupe d’Afrique des vainqueurs de coupes, il marque le but décisif contre Panafrica de Tanzanie. Après une défaite de Vita Club à l’aller, par deux buts à un, sa réalisation au match retour permet aux Vert et Noir de s’imposer un but à zéro. Une performance qui reste associée aux souvenirs des grandes campagnes africaines du club.
Autre épisode marquant : son doublé contre le Canon de Yaoundé, au stade du 20 Mai, à Kinshasa. Les Moscovites remportent cette rencontre trois buts à un face à une formation camerounaise réputée, qui comptait notamment dans ses rangs le grand gardien Thomas N’Kono. Le match retour, remporté largement par le Canon, n’effacera pas le souvenir de cette prestation offensive.
Ces rencontres témoignent d’une époque où les confrontations interclubs africaines étaient de véritables batailles sportives, où les joueurs défendaient avec fierté les couleurs de leurs équipes et, indirectement, l’honneur du football congolais.
Avec les Léopards, des buts au service du pays
Le parcours de Baudouin Lofombo ne se limite pas à ses exploits en club. Il a également porté le maillot de l’équipe nationale, les Léopards, dans des rencontres qui ont marqué l’histoire du football congolais.
Son doublé contre les Diables rouges du Congo-Brazzaville, à Kinshasa, lors des éliminatoires de la Coupe d’Afrique des nations de 1980, demeure l’un des épisodes marquants de son parcours international. Après une défaite à Brazzaville sur le score de quatre buts à deux, les Léopards s’imposent à Kinshasa quatre buts à un.
Quelques années plus tard, lors d’une nouvelle confrontation avec le Congo-Brazzaville en 1985, il participe à la victoire congolaise cinq buts à deux, au sein d’une sélection qui comptait plusieurs joueurs talentueux de cette génération.
Ces exploits ne sont pas de simples statistiques. Ils évoquent des moments de communion nationale, lorsque les victoires des Léopards faisaient vibrer les stades, les quartiers et les familles, au-delà des appartenances sociales et des différences politiques.
À travers ces performances, Lofombo a apporté sa pierre à l’édifice du football national. Il a contribué à entretenir cette fierté collective qui fait du sport un puissant facteur de rassemblement.
De la Belgique aux bancs de touche : une vie consacrée au football
La carrière de Lofombo l’a également conduit en Belgique, où il a évolué notamment au Royal Antwerp FC entre 1979 et 1981, puis au KSV Bornem entre 1982 et 1990, selon les éléments biographiques disponibles.
Après sa carrière de joueur, il n’a pas tourné le dos au football. Il a choisi de transmettre son expérience et de poursuivre son engagement dans l’encadrement des sportifs.
Il a ainsi entraîné plusieurs formations de Kinshasa, parmi lesquelles l’Olympique Club de Kinshasa, l’AC Canon de N’Djili et le SC Rojolu, qu’il aurait conduit au sacre du championnat de l’Entente provinciale de football de Kinshasa en 2012.
Son parcours l’a également mené à la tête des Léopards U20. Sous sa direction, la sélection congolaise a obtenu sa qualification pour la phase finale de la Coupe d’Afrique des nations juniors de 2013, organisée en Algérie, une étape importante pour le football des jeunes en RDC.
Il a aussi participé à l’encadrement de la sélection junior lors du Tournoi international de Toulon, en France, et aux Jeux de la Francophonie.
Enfin, son expérience a dépassé les frontières nationales avec son passage à l’Étoile du Congo, à Brazzaville, où il a poursuivi son travail d’entraîneur.
De joueur à entraîneur, Lofombo a donc servi le football congolais sur plusieurs fronts : celui de la compétition, celui de la formation et celui de la transmission.
Ce parcours mérite reconnaissance et considération.
Les héros d’hier ne doivent pas devenir les oubliés d’aujourd’hui

La situation de Baudouin Lofombo remet au premier plan une réalité préoccupante : celle de la vulnérabilité de certaines anciennes gloires du sport congolais après la fin de leur carrière.
Il faut éviter les généralisations, car tous les anciens sportifs ne connaissent pas les mêmes difficultés. Mais les appels au secours de certains d’entre eux invitent à réfléchir sérieusement aux mécanismes de protection sociale, de couverture médicale et d’accompagnement des athlètes après leur retraite.
Les générations qui ont porté les couleurs nationales dans les années 1970, 1980 et 1990 ont évolué dans un environnement qui ne leur garantissait pas nécessairement les mêmes rémunérations, avantages sociaux, dispositifs d’assurance et perspectives financières que ceux dont peuvent bénéficier certains sportifs aujourd’hui.
Beaucoup jouaient d’abord par passion, par fidélité à leur club et par amour du pays. Ils acceptaient les déplacements, les entraînements exigeants, les blessures et les sacrifices au nom d’une ambition collective.
Ils ont contribué au rayonnement du Zaïre, puis de la RDC, sans toujours disposer des moyens nécessaires pour préparer sereinement leur vieillesse.
Il serait donc injuste de mesurer leur contribution uniquement à l’aune de leur situation actuelle.
Un joueur qui a marqué des buts décisifs pour son pays, un entraîneur qui a formé des jeunes et un sportif qui a contribué à faire connaître le drapeau national ne perdent pas leur valeur lorsque leur carrière s’achève.
La gloire sportive est passagère, mais la dette morale de reconnaissance d’une nation ne devrait pas expirer avec la retraite d’un champion.
Il ne s’agit pas de demander à l’État de se substituer à toutes les responsabilités individuelles ou familiales. Il s’agit plutôt de reconnaître qu’un pays qui célèbre ses exploits sportifs doit aussi se préoccuper de la dignité de celles et ceux qui les ont rendus possibles.
Un appel pressant au Président de la République et aux autorités sportives
Au regard de la situation préoccupante signalée par la famille de Baudouin Lofombo, une réponse rapide et coordonnée serait hautement souhaitable.
Le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, pourrait encourager une démarche de solidarité nationale en faveur de cette ancienne gloire, à travers les services compétents.
La Première dame, Denise Nyakeru Tshisekedi, est également interpellée par l’appel des siens, qui sollicitent un soutien pour cette étoile brillante d’hier. Une marque d’attention, un accompagnement approprié ou la facilitation d’une prise en charge médicale constitueraient un geste fort de compassion.
Le ministre des Sports, Didier Budimbu Ntubuanga, ainsi que les responsables de la Fédération congolaise de football association, les dirigeants de l’AS Vita Club et les autres structures sportives concernées, ont également un rôle à jouer.
La première urgence serait de faciliter une évaluation médicale sérieuse de l’ancien international, de déterminer ses besoins réels et de mobiliser les ressources nécessaires à sa prise en charge.
Les anciens coéquipiers, les clubs qui l’ont accueilli, les anciennes gloires du football, les mécènes, les entreprises, les supporters et les citoyens de bonne volonté peuvent également contribuer, chacun selon ses moyens.
Une initiative concertée permettrait d’éviter que l’émotion suscitée par une vidéo sur les réseaux sociaux ne retombe sans produire de résultats concrets.
Il serait également utile de mettre en place un mécanisme durable de recensement et d’accompagnement des anciens sportifs en difficulté, afin que les interventions ne dépendent plus uniquement de la médiatisation de leur détresse.
Car après Lofombo, d’autres anciens champions pourraient avoir besoin d’une assistance similaire.
La générosité congolaise doit se traduire en actes
Le peuple congolais est connu pour son attachement au football. Les victoires des Léopards provoquent des scènes de joie, des rassemblements populaires et des manifestations de fierté nationale. Les performances des clubs congolais mobilisent également des générations de supporters.
Cette passion doit pouvoir se prolonger au-delà des stades.
La solidarité envers Baudouin Lofombo ne devrait pas être une affaire exclusivement gouvernementale. Elle concerne aussi le monde sportif, les opérateurs économiques, les anciens joueurs, les associations de supporters, les médias et la population.
Mais la générosité doit s’accompagner de transparence et d’organisation. Toute collecte destinée à soutenir l’ancien joueur devrait être coordonnée avec sa famille ou ses représentants légitimes, avec des modalités claires permettant de garantir que les contributions servent effectivement à ses soins et à ses besoins essentiels.
Il ne s’agit pas de faire de sa souffrance un spectacle, mais de lui apporter une aide respectueuse de sa dignité.
L’objectif est simple : permettre à un homme qui a consacré une partie de sa vie au sport national de bénéficier des soins nécessaires et de conditions de vie humaines.
Ne pas attendre qu’il soit trop tard
Ce message est un rappel douloureux de la fragilité de la condition humaine. Derrière le surnom de « Bombardier », derrière les buts mémorables, les maillots et les applaudissements, il y a aujourd’hui un homme vieillissant, confronté à la maladie, qui a besoin de soutien.
La reconnaissance nationale ne devrait pas se limiter aux cérémonies, aux hommages posthumes ou aux discours prononcés lors des grandes compétitions.
Elle doit aussi se manifester du vivant de celles et ceux que nous voulons honorer.
Baudouin Lofombo Geleme ne demande pas que l’on efface ses difficultés par des paroles. Sa famille appelle à une assistance concrète, dans un moment où chaque délai peut aggraver les inquiétudes.
Aux autorités publiques, aux responsables du football, aux dirigeants de l’AS Vita Club, aux anciens internationaux, aux mécènes et à tous les Congolais de bonne volonté, le message est clair : unissons nos efforts pour que cette ancienne gloire ne soit pas abandonnée au moment où elle a le plus besoin de nous.
Hier, le « Bombardier » faisait trembler les défenses adverses et soulevait les foules. Aujourd’hui, c’est à la nation de se mobiliser pour lui témoigner sa gratitude.
Hier, il portait les espoirs des supporters et défendait les couleurs de son club et de son pays. Aujourd’hui, il appartient à ces mêmes supporters, à son club, à ses dirigeants et à la République de lui manifester leur reconnaissance.
Un pays qui sait célébrer ses champions doit aussi savoir les protéger. N’attendons pas que les larmes remplacent les applaudissements pour découvrir la valeur de ceux qui nous ont fait vibrer.
La solidarité envers Baudouin Lofombo Geleme doit devenir un acte de reconnaissance nationale, mais aussi le point de départ d’une réflexion durable sur la protection sociale et médicale des anciennes gloires du sport congolais.
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