À l’occasion de la troisième édition de la Semaine pastorale de l’Archidiocèse de Kinshasa, réunie au Centre Nganda, Mgr Carlos Ndaka Salabisala, Évêque auxiliaire de Kinshasa a consacré son homélie à une question centrale : qu’est-ce qui définit réellement l’identité chrétienne ?
S’appuyant sur l’Évangile du jour et sur la réflexion menée par les agents pastoraux, il a invité les chrétiens à dépasser les titres, les appellations et les déclarations de foi pour revenir à l’essentiel : écouter la Parole de Dieu et la mettre en pratique. Une interpellation qui touche à la fois la vie ecclésiale, familiale, sociale et cicitoyenne.
Lisez attentivement jusqu’à la fin pour en être édifié

Éminence, Excellence, frères et sœurs dans le Christ,
» Hier, lors de l’exercice de la conversation dans l’Esprit, en nous appuyant sur l’extrait de l’Évangile selon saint Marc, chapitre 6, du 7e au 12e verset, puis du 30e au 31e verset, notre archevêque nous rappelait que la mission part de Jésus et retourne à lui.
Il s’est fait que, providentiellement, nous sommes réunis ici au Centre Nganda pour rendre compte, dans le cadre de la troisième édition de la Semaine pastorale de l’Archidiocèse de Kinshasa, des activités, des joies et des peines de notre mission comme agents pastoraux de l’Archidiocèse de Kinshasa.
Les tours de table faits hier après-midi nous ont permis de revenir sur certaines orientations et des défis pastoraux. Je dois exprimer mon admiration de constater qu’un thème est revenu, et non seulement revenu plus d’une fois lors des interventions, des échanges et autres, mais aussi et surtout que ce thème nous a poussés à chercher des voies de solution pour l’avenir.
Il s’agit de la menace qui pèse sur l’identité chrétienne dans notre société et dans notre pays aujourd’hui.
Je ne parle pas seulement de l’identité chrétienne catholique, mais de l’identité chrétienne.
Avec raison, nous devons davantage approfondir la réflexion sur ce thème. Car, alors que la Parole de Dieu, lors de la messe d’hier, en la fête de saint Matthieu, nous rappelait que le Seigneur a établi les uns comme apôtres, d’autres comme prophètes, d’autres comme évangélistes, et d’autres encore comme pasteurs et enseignants, en vue de l’édification de son peuple — Éphésiens 4, 11-13 —, aujourd’hui, dans notre Église et dans notre pays, nous assistons à une auto-proclamation d’apôtres, de prophètes et de pasteurs qui, malheureusement, ne semble pas contribuer à résoudre les difficultés du peuple.
Même si nos rapports d’hier soir ne l’ont pas dit explicitement, lorsque nous regardons autour de nous, lorsque nous revenons dans nos milieux pastoraux ici à Kinshasa, comme partout ailleurs dans notre pays, nous nous rendons bien compte qu’en plus du phénomène d’auto-proclamation des apôtres, des prophètes et des pasteurs, il y en a plusieurs désormais qui se réclament « prêtres ».
Il y a ceux qui n’hésitent même pas à se présenter comme des « prêtres pratiquants ». Et nous le savons tous : lorsque quelqu’un insiste sur cette appellation de « prêtre pratiquant », cela signifie que derrière, il cache quelque chose.
Dans une société où les distractions peuvent facilement nous éloigner de l’essentiel, dans une capitale où porter les titres d’apôtre, de prophète ou de pasteur peut offrir certains privilèges, dans une ville où se faire passer pour un prêtre ou un prêtre pratiquant peut attirer la sympathie de bons citoyens, Jésus, dans l’Évangile d’aujourd’hui, profite d’une situation qui s’est passée autour de lui pour clarifier le sens de notre relation avec lui.
Nous venons d’écouter l’Évangile, frères et sœurs.
Alors que Jésus enseignait, on lui annonça la présence de sa mère et de ses frères. Et il saisit cette opportunité pour éclairer toute personne qui se réclame de lui aujourd’hui.
Il dit : « Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique. »
Naturellement, la Vierge Marie est de ceux-là, puisque non seulement elle a écouté la Parole de Dieu, mais, grâce à son « oui », le Seigneur a accompli son projet de rédemption pour le monde.
Dans l’Évangile de ce jour, frères et sœurs, Jésus profite d’une situation qui se présente pour attirer l’attention des agents pastoraux que nous sommes sur la vie.
Il attire notre attention, à nous qui sommes venus lui rendre compte des activités pastorales, notamment sur la question de l’identité chrétienne.
Être enfants de Dieu et donc membres de la famille spirituelle de Jésus, nous qui nous disons chrétiens et qui nous présentons parfois avec fierté comme des chrétiens pratiquants ; nous qui nous entendons proprement appeler apôtres, prophètes, pasteurs en Jésus : Jésus nous dit que ses frères et ses sœurs sont ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la mettent en pratique.
Frères et sœurs, c’est ici le lieu de nous poser la question de savoir si, nous qui portons les titres d’apôtres, de prophètes, de pasteurs, nous qui nous disons chrétiens, nous qui remplissons les églises à Kinshasa et à travers le pays, nous qui nous présentons comme des chrétiens pratiquants, nous écoutons réellement la Parole de Dieu et la mettons en pratique.
Regardons simplement autour de nous. Regardons la marche de notre société, de nos communautés, de notre pays qui se dit à majorité chrétienne. Nous pouvons nous demander si nous sommes réellement des chrétiens.
Pour un évêque, il est important de rappeler, frères et sœurs, qu’il y a une nette différence à établir entre entendre et écouter.
Regardons notre agir, regardons la marche de notre société, regardons la marche de notre pays rempli de chrétiens.
Nous pouvons bien nous demander si nous sommes de ceux qui entendent parler de la Parole de Dieu ou si nous sommes de ceux qui écoutent réellement la Parole de Dieu.
Notre identité, frères et sœurs, notre identité chrétienne se fonde-t-elle seulement sur les connaissances que nous avons acquises ou sur ce que nous avons entendu de la Parole de Dieu ?
Alors que nous voulons voir évoluer notre pays, un pays comme le nôtre avec une population à majorité chrétienne — et j’insiste : quand je parle des chrétiens, je ne vois pas seulement les chrétiens catholiques —, l’Évangile de ce matin nous interpelle, nous oblige à prendre conscience et nous invite à clarifier qui nous sommes réellement.
Frères et sœurs, la première lecture nous l’a dit : l’homme peut croire que ce qu’il fait est bon, mais c’est Dieu qui connaît la vérité d’une personne.
Ce qui va nous apporter le salut, ce n’est pas le fait que nous nous donnions des titres ou que nous nous présentions comme chrétiens, pasteurs, apôtres, évêques et toutes sortes de titres que nous ajoutons désormais.
Le salut dépend de notre écoute de la Parole de Dieu et de sa mise en pratique.
Dans notre vie en famille, dans notre comportement sur les routes de notre ville, dans notre manière de traiter les déchets, dans notre manière de vivre en communauté, dans la société, dans notre manière d’agir en tant que citoyens responsables de ce pays.
Pour faire partie de la famille spirituelle de Jésus, nous n’avons donc pas besoin de nous autoproclamer ceci ou cela : prophète, apôtre, chrétien, prêtre pratiquant.
Nous n’avons pas besoin de tout cela.
Nous avons plutôt besoin d’écouter la Parole de Dieu et de la mettre en pratique.
Que le Seigneur, par l’intercession de la Très Sainte Vierge Marie — elle qui a su écouter la Parole et la mettre en pratique —, nous accorde la grâce de l’écouter.
De l’écouter chaque fois que le Seigneur nous parle, lorsqu’il nous enseigne sa Parole, et d’obéir à ce qu’il commande à son Église.
Conduis-moi, Seigneur, vers ton Église.
Bertin Kangamotema Amizia/Newmessagerpaix.net






