KINSHASA, 10 septembre 2026 ( Newmessagerpaix.net )— Une atmosphère à la fois littéraire, intellectuelle et conviviale a marqué, ce jeudi 10 septembre, la 9ᵉ édition de la Grande Rentrée Littéraire, organisée au Centre Wallonie-Bruxelles de Kinshasa.
Avant le début et apres la cérémonie, le public circulait entre les stands dressés devant la Bibliothèque, feuilletant les ouvrages exposés, échangeant avec les auteurs et éditeurs et profitant de ce rendez-vous désormais inscrit parmi les temps forts de la rentrée culturelle congolaise.
La visite des stands a progressivement laissé place à la cérémonie de vernissage, avec, dans la salle, des interventions consacrées notamment au parcours et à la pensée de Didier Mumengi, ainsi qu’à son nouvel ouvrage, Militariser l’agriculture. Mais les échos suscités par cette publication ne se sont pas limités à la salle.
Dans la salle : agriculture, souveraineté et combat des idées
Parmi les interventions prononcées dans le cadre de la cérémonie, celle d’un professeur et agriculteur, intervenant en visioconférence depuis l’étranger, a particulièrement retenu l’attention.
À ses yeux, le terme « militariser » appliqué à l’agriculture ne renvoie pas à une logique militaire au sens strict, mais à la nécessité de mobiliser la nation avec discipline, diligence, stratégie et détermination pour faire de la souveraineté alimentaire une priorité stratégique.
Il a salué un ouvrage qui, selon lui, invite à sortir des discussions sans fin sur l’agriculture pour passer au diagnostic suivi d’actions concrètes. Sa conclusion était une félicitation adressée à Didier Mumengi pour avoir placé l’agriculture et la souveraineté alimentaire au centre du débat national.
Une autre intervention, également présentée dans le cadre de la cérémonie, est venue de Didier Gondola , le préfacier du livre depuis les États-Unis. Retenu par les contraintes de déplacement, l’intervenant s’est présenté avec une double casquette : celle de fondateur de la Maison d’édition Elembo et celle de préfacier de l’ouvrage.
Il a expliqué que cette maison d’édition, créée en novembre 2024 et implantée à Kingabwa, entend notamment contribuer à redonner aux jeunes Congolais le goût de la lecture et à leur permettre de construire un « rêve congolais ».
À propos de Militariser l’agriculture, le préfacier a parlé d’un « tour de force », saluant chez Didier Mumengi la richesse des statistiques, des analyses et de l’érudition mobilisées pour réfléchir à la question de la faim au Congo.
Son appréciation tient en une idée forte : mettre fin à la faim alimentaire doit constituer une priorité, parce que cette victoire pourrait faire naître d’autres « faims » — la faim de rêver, de lire, d’inventer, d’imaginer et d’aimer le Congo.
Quand la littérature réveille la mémoire
La présence d’un l’écrivain belge invité de marque de cette 9ᵉ édition, a donné à la rencontre une autre dimension.
Dans son allocution en salle, il est revenu sur un souvenir d’enfance lié à une émission radiophonique belge, Les chansons dédicacées. Les noms de villes et de villages congolais entendus alors à la radio nourrissaient l’imagination du jeune auditeur et ont laissé en lui une relation particulière avec le Congo, et notamment avec Kinshasa.
De ce souvenir personnel, l’écrivain a tiré une réflexion sur la mémoire. Celle-ci, selon lui, est indissociable de l’oubli et participe à la construction de l’identité des individus comme des peuples.
La mémoire est ainsi à la fois intime et politique. Pour lui la littérature a une responsabilité urgente : préserver cette mémoire, l’interroger et continuer à déposer des « mèches mémorielles » dans les consciences individuelles et collectives.
Son intervention a ainsi élargi le propos de la rencontre : derrière les livres et les auteurs, la littérature apparaît aussi comme un espace de transmission, de mémoire et de questionnement sur les sociétés.
Hors de la salle : des réactions qui prolongent le débat
À côté des interventions officiellement prononcées pendant la cérémonie, plusieurs personnalités ont livré, en marge de l’événement, leur appréciation de Didier Mumengi et de son travail.
L’abbé Arsène, Masumbuko, 2e secrétaire général adjoint de la CENCO, a expliqué avoir découvert chez Didier Mumengi un écrivain doté d’une écriture particulière, marquée par une réelle simplicité dans la manière de raconter. Son expérience au sein de la CENCO lui a également permis d’apprécier davantage la pertinence des idées de l’auteur et l’étendue de sa culture.

Autre réaction recueillie en dehors de la salle : celle de Delly Sessanga. Pour l’acteur politique congolais, la réflexion développée par Didier Mumengi renvoie à une question majeure pour la RDC : la souveraineté.

Il considère l’auteur comme l’une des rares personnalités qui portent les idées avec constance et contribuent à alimenter le débat public. Que l’on partage ou non ses analyses, estime-t-il en substance, l’essentiel est que les idées soient formulées, discutées et mises à la disposition de la société.
Cette réaction donne à Militariser l’agriculture une portée qui dépasse le seul secteur agricole : celle d’une réflexion sur la capacité du Congo à penser et à construire sa propre souveraineté.
Didier Mumengi : gratitude et appel au « Front culturel »
Au terme des différentes séquences de la cérémonie, Didier Mumengi a pris la parole pour remercier les personnalités, les écrivains, les universitaires, les responsables religieux, les acteurs politiques, ses compagnons de parcours et tous ceux qui avaient répondu présents.
Il a notamment rendu hommage à son épouse et à ceux qui, au fil de son parcours, ont accompagné son travail intellectuel.
L’auteur a également insisté sur la nécessité de donner davantage de place à la pensée, à la littérature et aux intellectuels dans la construction de la société congolaise. Dans cet esprit, il a salué la dynamique du Front culturel congolais et formulé le vœu de voir septembre devenir le « Mois de la culture congolaise ».
Une rentrée littéraire au-delà du seul vernissage
Entre la découverte des livres sur les stands installés devant la Bibliothèque du Centre Wallonie-Bruxelles, les échanges entre écrivains, lecteurs et invités, les interventions en salle et les réactions recueillies en marge de la cérémonie, cette 9ᵉ Grande Rentrée Littéraire aura ainsi dépassé le simple cadre d’un vernissage.
Autour de Didier Mumengi et de Militariser l’agriculture, plusieurs fils se sont croisés : la littérature, la mémoire, la souveraineté, l’agriculture, la faim, la culture et la responsabilité des intellectuels.
Une convergence qui donne à cette rentrée littéraire une tonalité particulière : celle d’un espace où le livre ne se contente pas d’être présenté, mais devient un point de départ pour remettre les grandes questions nationales au centre du débat.
Bertin Kangamotema Amizia et New Messager de la Paix






