La récente prise de position du ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot, soulève une interrogation cruciale : comment expliquer le déficit flagrant d’exigence et de responsabilité dont fait preuve la diplomatie belge à l’égard des processus de paix censés résoudre la crise congolaise ?
En condamnant sans équivoque le recours aux armes et en martelant qu’aucune option militaire ne saurait éteindre le conflit qui ravage l’Est de la République démocratique du Congo, le chef de la diplomatie belge s’appuie sur une rhétorique irréprochable.
La mise à l’abri des populations civiles, le respect du cessez-le-feu et l’exigence d’une issue politique s’imposent comme des impératifs catégoriques.
Pourtant, une diplomatie d’envergure ne peut se cantonner à de vœux pieux. Elle se doit de juger les processus qu’elle parraine à l’aune de leur efficacité réelle sur le terrain, et d’ouvrir les yeux sur les initiatives alternatives capables d’unir enfin les Congolais autour d’une paix définitive.
C’est précisément à l’épreuve de cette exigence que la position belge achoppe sur une incohérence diplomatique inquiétante.
Washington et Doha : processus manifestement sans résultats, mais massivement portés à bout de bras par l’Occident
Le chef de la diplomatie belge, Maxime Prévot, s’obstine à invoquer les processus de Washington et de Doha, s’accrochant à ces mécanismes comme à des bouées de sauvetage géopolitiques prétendument essentiels pour désamorcer la crise congolaise.
Mais le temps n’est plus aux faux-semblants diplomatiques, et une question brutale s’impose : quel est le bilan réel de Washington et de Doha pour les millions de Congolais qui subissent quotidiennement les massacres, les viols de guerre et l’horreur des déplacements forcés ?
La réponse est accablante : un néant absolu.
La signature de communiqués conjoints, l’adoption de feuilles de route hors-sol et l’accumulation de déclarations lénifiantes ne protègent aucun civil face aux balles.
Un véritable processus de paix ne se mesure pas au nombre de réunions sous les dorures des capitales de Suisse ou du Golfe, mais à la capacité concrète d’un dialogue à faire taire les armes et à restaurer l’autorité de l’État. De toute évidence, Washington et Doha ont échoué.
Non monsieur Prévôt : l’accord de Washington n’a pas le mérite d’exister ! Plus d’une année après sa signature, le bon sens réclame qu’on dise, en toute sincérité, que son échec est total.
Concernant Doha, le constat vire à la farce tragique. Les protocoles interminables et les négociations byzantines n’ont accouché que de coquilles vides. Sur le terrain, l’insécurité galope, prouvant que ces engagements n’engagent que ceux qui feignent d’y croire.
La formule cinglante qualifiant ce dialogue de « transaction occulte entre un vendeur de faux diamants et un acheteur de faux dollars » ne relève plus de la simple métaphore polémique : elle décrit avec une précision chirurgicale l’hypocrisie systémique d’un processus vicié dès sa genèse, où la mauvaise foi des agresseurs rencontre la complicité passive des parrains internationaux.
La paix en République démocratique du Congo ne peut s’acheter dans un marché de dupes et de promesses de dupes ; elle exige des sanctions, des actes forts et une reddition des comptes sans concession.
Le paradoxe coupable d’une diplomatie hors sol : l’initiative du Pacte Social de la CENCO et de l’ECC qui est massivement soutenue par les forces vives de la nation, est superbement ignoré par la diplomatie belge.
Certes, le rejet absolu de toute tentative de déstabilisation ou de conquête du pouvoir par la force est un impératif non négociable. Aucun seigneur de guerre, aucun mouvement terroriste et aucun acteur politique en mal de pouvoir ne devrait pouvoir s’affranchir du droit international et du respect de la vie humaine.
Cependant, la cohérence géopolitique la plus élémentaire exigerait que l’on accorde la même ferveur à soutenir les dynamiques internes qui tentent de briser le cycle de la violence par le dialogue national.
C’est précisément là que se dévoile l’insupportable duplicité de la diplomatie belge : prompte à donner des leçons de morale, obsédée par la réanimation artificielle de processus internationaux cliniquement morts, elle fait preuve d’un aveuglement volontaire — pour ne pas dire d’un mépris caractérisé — à l’égard de la seule alternative crédible, souveraine et inclusive.
En ne faisant aucune allusion à l’initiative conjointe de la CENCO et de l’ECC (Pacte Social pour la Paix et le Bien-Vivre Ensemble), portée par les deux plus grandes institutions religieuses et plébiscitée par les forces vives de la RDC, Bruxelles prouve qu’elle préfère le confort de l’enlisement des accords sans engagements et exigences fermes au triomphe d’une initiative de paix mûrement pensée par les religieux congolais.
Au-delà de la culpabilité : l’urgence d’une réorientation stratégique majeure
Cette critique radicale ne vise pas à faire de la Belgique l’unique bouc émissaire de l’enlisement des processus de paix. Elle constitue plutôt un appel pressant à sanctionner les angles morts de sa diplomatie.
Il est temps de briser ce dogme absurde : pourquoi des initiatives internationales stériles bénéficient-elles d’un acharnement thérapeutique et d’un soutien financier massif, tandis qu’une démarche endogène, profondément ancrée dans les réalités du pays, se voit condamnée à la périphérie des agendas politiques ?
La diplomatie belge doit comprendre qu’un accompagnement politique et diplomatique conséquent n’est pas une faveur accordée au Congo, mais le seul gage de cohérence pour quiconque prétend vouloir la paix.
Le Pacte social CENCO-ECC : le sursaut souverain qu’il faut enfin soutenir
Au centre de cette exigence de lucidité émerge la seule alternative crédible : le Pacte Social pour la Paix et le Bien-Vivre Ensemble en République démocratique du Congo et dans les Grands Lacs, porté conjointement par la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et l’Église du Christ au Congo (ECC).
Cette synergie interconfessionnelle historique repose sur un postulat implacable : la paix ne se décrète pas d’en haut, elle se bâtit avec le peuple.
Contrairement aux chimères diplomatiques de Washington ou de Doha, qui tentent d’imposer des arrangements factices entre élites au sommet, le Pacte CENCO-ECC s’attaque directement aux racines du mal. Il refuse le colmatage géopolitique pour privilégier :
* Un dialogue inclusif et sans exclusive pour briser les clivages.
* La quête d’un consensus national sacré face à l’agression.
* La restauration immédiate de la confiance entre les communautés.
* L’éradication définitive des causes profondes des crises cycliques qui endeuillent la patrie.
Soutenir cette initiative, ce n’est pas seulement faire le choix de la raison ; c’est restituer aux Congolais la souveraineté de leur propre destin.
Le devoir de complémentarité et d’appropriation nationale des processus de Washington et de Doha
La CENCO et l’ECC ne sont pas de simples observateurs de la crise : elles disposent d’un ancrage historique, moral et social unique au cœur de la nation. Leur démarche offre un sanctuaire de concertation capable de coaliser toutes les composantes de la patrie autour des piliers sacrés que sont la souveraineté, la sécurité absolue, la cohésion nationale et la coexistence pacifique.
La force de ce Pacte réside précisément dans son refus de séquestrer la paix entre les seules mains des seigneurs de guerre, des diplomates de salon ou des bourreaux.
Pourquoi, dès lors, une initiative endogène d’une telle portée est-elle systématiquement reléguée au second plan par rapport à des mécanismes négociés à l’étranger ?
Il ne s’agit pas de décréter une guerre stérile entre le Pacte national et les processus de Washington ou de Doha. Ces différents cadres pourraient s’articuler harmonieusement, mais à une condition non négociable : que leur boussole commune soit l’obligation de résultats concrets pour la sécurité des Congolais.
Aucun agenda extérieur, aucune tutelle diplomatique ne saurait se substituer à une concertation nationale souveraine lorsqu’elle est portée par les forces vives du pays.
La communauté internationale face au miroir de ses faillites
L’interminable tragédie qui ensanglante l’Est de la République démocratique du Congo met à nu la faillite morale de la communauté internationale. Les communiqués de compassion, les condamnations de façade et les rituels diplomatiques ont vécu ; leur accumulation compulsive ne saurait plus tenir lieu de politique de paix.
Le peuple congolais est en droit d’exiger de ses partenaires des actes tangibles : la protection effective des civils, le respect strict des traités et des sanctions exemplaires contre les architectes de l’escalade.
Il est temps d’imposer une évidence : les initiatives nationales doivent être jugées à l’aune de leur substance, de leur puissance de rassemblement et de leur lucidité terrain, et non disqualifiées en raison de leur seule origine africaine.
La Belgique, forte de ses responsabilités historiques et de son influence au sein de l’Union européenne, doit cesser de naviguer à vue ; elle se doit d’impulser un changement de paradigme en plaçant les propositions congolaises au centre de l’échiquier.
CENCO et ECC : l’heure du grand sursaut et de l’éveil des consciences
Face au péril qui guette la patrie, le temps de la diplomatie feutrée est révolu pour les princes de l’Église. La CENCO et l’ECC sont aujourd’hui au pied du mur : elles doivent élever la voix avec une force prophétique et intensifier sans trembler leur engagement autour du Pacte social.
Leur mission n’est évidemment pas de s’ingérer dans la gestion de l’État ni de supplanter les institutions de la République.
Leur devoir sacré est de sanctuariser l’espace du dialogue, de proclamer la vérité face aux mensonges géopolitiques, de cimenter la réconciliation et de lever une armée des consciences contre la fatalité de la violence.
Les deux plus grandes Églises du pays ont le pouvoir de susciter une mobilisation citoyenne, pacifique mais inflexible, suffisamment puissante pour signifier aux dirigeants nationaux comme aux puissances étrangères que la paix en RDC n’est plus une option négociable, mais un droit inaliénable arraché par ses propres enfants.
L’impératif de la convergence : au-delà des guerres d’initiatives
Une telle mobilisation doit impérativement privilégier la non-violence, le respect sacré des institutions, la protection absolue des personnes et la quête d’un consensus inclusif.
Le peuple congolais n’a que faire d’une nouvelle compétition stérile entre chapelles diplomatiques. Ce qu’il exige, c’est une convergence immédiate des efforts, des engagements enfin vérifiables et une volonté politique supérieure, capable de placer la vie humaine au-dessus des sordides calculs de pouvoir.
Il est donc temps que la CENCO et l’ECC élèvent davantage la voix, intensifient leur plaidoyer et coalisent les forces vives de la nation autour de ce sursaut. Certes, leur démarche ne saurait garantir à elle seule l’issue rapide d’une crise si complexe, mais elle trace une voie de dialogue souverain qui mérite un examen approfondi et un soutien international rigoureusement proportionné à son immense potentiel.
Pour une diplomatie de cohérence et de résultats
En réalité, la position récente de Maxime Prévot soulève une question qui transcende la seule polémique politico-militaire actuelle. Elle met à nu le gouffre qui sépare trop souvent les principes proclamés des choix diplomatiques effectivement soutenus.
* Condamner la voie des armes est nécessaire.
* Défendre le dialogue est indispensable.
Mais ces postures perdent toute force morale lorsqu’elles s’affranchissent d’une évaluation rigoureuse des processus engagés et d’une ouverture sincère aux alternatives de terrain.
Washington et Doha doivent être jugés sans complaisance, à l’aune exclusive de leurs effets concrets. Le Pacte Social CENCO-ECC doit, lui aussi, être évalué sur la solidité de ses propositions, sa force de rassemblement et son applicabilité.
Aucune initiative ne saurait être déclarée miraculeuse avant d’avoir fait ses preuves ; mais aucune ne doit non plus être balayée d’un revers de main simplement parce qu’elle est pensée depuis Kinshasa plutôt que dictée depuis une capitale étrangère.
La paix des Congolais, ultime horizon
La priorité absolue demeure inchangée : mettre un terme définitif aux violences, sanctuariser la vie des civils, restaurer la confiance intercommunautaire et bâtir une paix juste et durable en République démocratique du Congo et dans la région des Grands Lacs.
La paix des Congolais ne peut plus rester l’otage des agendas et des calendriers diplomatiques extérieurs. Elle doit s’imposer comme le fruit d’une triple convergence : la responsabilité des dirigeants, le réveil des forces vives nationales et l’engagement enfin cohérent des partenaires internationaux.
Il est désormais urgent que la diplomatie belge, ainsi que l’ensemble des partenaires de la RDC, accordent au Pacte Social pour la Paix et le Bien-Vivre Ensemble toute la considération qu’il exige, sans pour autant abdiquer devant les autres efforts de médiation.
Il est tout aussi crucial que la CENCO et l’ECC parachèvent leur travail de rassemblement afin de traduire cette dynamique en propositions concrètes et en actions concrètes.
En tout état de cause, au-delà des paraphes apposés au bas des traités, des déclarations ministérielles et des balances géopolitiques, la seule victoire qui vaille est celle qui permettra enfin aux Congolais de sceller une paix voulue et pensée par eux-mêmes, portée par des acteurs exclusivement nationaux -notamment leurs propres autorités spirituelles – afin d’initier, de leurs propres mains, la construction du Congo qu’ils veulent.
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