De la gloire des Léopards à l’épreuve de la cécité : rendre justice à ceux qui ont fait la fierté du Congo

Par Bertin Kangamotema Amizia
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Il fut un temps où son nom faisait vibrer les gradins, où sa silhouette reconnaissable, son élégance, son afro caractéristique et son talent défensif inspiraient toute une génération de jeunes footballeurs.
Sur les terrains du Congo et d’Afrique, Florian Boba Lobilo, affectueusement surnommé « Docta », était bien plus qu’un joueur : il incarnait une époque, une fierté collective et l’ambition d’un football congolais qui faisait trembler ses adversaires.

Aujourd’hui, le temps a passé. Celui qui défendait avec tant de détermination les couleurs de l’AS Vita Club et de l’équipe nationale du Zaïre, devenue celle de la République démocratique du Congo, est confronté à une terrible épreuve : la perte de la vue, selon les témoignages qui circulent sur sa situation actuelle.

Cette nouvelle suscite l’émotion, ravive les souvenirs et soulève une question douloureuse : que devient un héros national lorsque les projecteurs s’éteignent et que les applaudissements se taisent ?
À travers la situation de Boba Lobilo, c’est toute la question de la reconnaissance et de la protection sociale de nos anciennes gloires sportives qui revient au premier plan.
Il ne s’agit pas seulement de compatir. Il s’agit de nous souvenir, de reconnaître, de nous mobiliser et d’agir.

Car un pays qui célèbre ses champions au sommet de leur gloire ne devrait pas les abandonner aux épreuves de la vieillesse.
I. Boba Lobilo, une légende forgée dans l’histoire des Léopards

Né le 10 avril 1950, à l’époque du Congo belge, Florian Boba Lobilo appartient à cette génération de footballeurs qui ont contribué à écrire les plus belles pages du sport congolais.
Son histoire est étroitement liée à celle de l’AS Vita Club, l’un des grands clubs du pays, avec lequel il s’est imposé comme un défenseur de référence.
La trajectoire de ce joueur est d’autant plus remarquable qu’il aurait commencé sa carrière au poste d’attaquant avant d’être reconverti en défenseur en 1971 par l’entraîneur Kalambay. Cette évolution témoigne de sa capacité d’adaptation et de son intelligence tactique.

Sur le terrain, Boba Lobilo était apprécié pour sa présence physique, son engagement, son sens de l’anticipation et sa capacité à tenir tête aux attaquants adverses.
Son surnom de « Docta » est resté associé à cette personnalité footballistique qui a marqué les esprits.
Pour de nombreux supporters de Vita Club, il demeure l’un des défenseurs emblématiques de l’histoire du club. Pour ceux qui l’ont vu jouer, son nom évoque une époque où le football était aussi une école de discipline, de courage, de solidarité et de fierté nationale.

Boba Lobilo n’était pas simplement un joueur de football : il était l’un des visages d’une génération qui a contribué au rayonnement du Congo sur la scène sportive africaine et mondiale.
II. 1973 : la consécration africaine avec Vita Club
L’année 1973 occupe une place particulière dans l’histoire du football congolais.

Avec l’AS Vita Club, Florian Boba Lobilo participe à une campagne continentale qui conduit le club kinois au sommet du football africain.
Vita Club remporte cette année-là la Coupe d’Afrique des clubs champions, l’ancêtre de l’actuelle Ligue des champions de la CAF.
Cette victoire constitue un moment historique pour le club, ses supporters et le football national.
Elle confirme la capacité des équipes congolaises à rivaliser avec les meilleures formations du continent.
Dans cette aventure collective, les joueurs ne défendaient pas seulement les couleurs de leur club. Ils portaient également les espoirs d’une population pour laquelle le football représentait un puissant facteur de rassemblement.
Pour les jeunes de cette époque, les exploits de Vita Club étaient une source d’inspiration. Les gestes techniques, les duels, les buts et les victoires se racontaient dans les quartiers, les cours d’école, les parcelles familiales et les lieux de rencontre.
Boba Lobilo est ainsi entré dans la mémoire affective de nombreux Congolais.

Cinquante-trois ans après cette consécration, il mérite que son histoire continue d’être racontée, non seulement pour célébrer son passé, mais aussi pour interroger la manière dont notre société accompagne ceux qui ont contribué à sa fierté.
III. 1974 : les Léopards entrent dans l’histoire
Après la consécration continentale de Vita Club, une autre page majeure s’ouvre pour le football congolais.
En 1974, l’équipe nationale du Zaïre remporte la Coupe d’Afrique des nations organisée en Égypte.
Cette victoire, communément associée à la Coupe « Moseka » dans les souvenirs populaires, constitue un sommet de l’histoire sportive nationale.
Les Léopards deviennent champions d’Afrique et offrent au pays une distinction qui dépasse le cadre du football.
Dans les rues, les quartiers et les familles, cette victoire nourrit une immense fierté.
Le succès des Léopards symbolise alors la capacité des Congolais à s’imposer sur la scène continentale, à défendre leurs couleurs et à porter haut le nom du pays.
Florian Boba Lobilo fait partie de cette génération de champions.

La même année, le Zaïre participe à la Coupe du monde organisée en Allemagne de l’Ouest. Le pays devient ainsi la première nation d’Afrique subsaharienne à prendre part à une phase finale de la Coupe du monde.
Boba Lobilo figure dans l’effectif et dispute les trois rencontres du Zaïre face à l’Écosse, à la Yougoslavie et au Brésil.
Ces participations constituent une étape majeure dans son parcours personnel et dans l’histoire du football national.
Il convient toutefois de rappeler que cette aventure mondiale fut difficile sur le plan sportif. La lourde défaite contre la Yougoslavie, notamment, demeure l’un des épisodes douloureux de cette campagne.

Mais les difficultés d’un tournoi ne peuvent effacer la portée historique de la qualification.
En 1974, ces joueurs ont inscrit le nom du Zaïre dans l’histoire de la Coupe du monde. Ils méritent que leur contribution soit reconnue avec justesse, sans idéalisation excessive ni oubli.
* Ils étaient les ambassadeurs sportifs d’un pays qui rêvait de grandeur.
* Ils ont porté un maillot devenu symbole de fierté collective.
* Ils ont contribué à construire une mémoire nationale que les générations actuelles doivent connaître.
Et parmi eux se trouvait Boba Lobilo.
IV. « Ce pays m’a volé ma jeunesse » : le cri douloureux d’un champion
Derrière les exploits sportifs se cache pourtant une autre histoire, beaucoup moins glorieuse : celle des difficultés rencontrées par certaines anciennes gloires après leur carrière.
Dans des témoignages attribués à Florian Boba Lobilo, notamment un entretien présenté comme datant de 2010, le joueur exprimait son amertume face à ce qu’il considérait comme un manque de reconnaissance de la République.
On lui attribue notamment cette déclaration particulièrement poignante :
« Ce pays m’a volé ma jeunesse. J’ai abandonné mes études pour le football. »
Cette phrase résume un sentiment qui dépasse sa seule personne.
À une époque où le football pouvait représenter une voie d’ascension sociale, certains joueurs ont consacré leurs plus belles années à leur club et à leur équipe nationale, parfois au détriment de leurs études, de leur formation professionnelle et de la préparation de leur reconversion.
Ils ont consenti des sacrifices personnels au nom d’une ambition collective.
Mais une carrière sportive est, par nature, limitée dans le temps. Un joueur peut atteindre le sommet avant trente ans et se retrouver, quelques années plus tard, confronté au chômage, aux difficultés financières ou à des problèmes de santé.
L’absence de formation complémentaire, d’épargne suffisante, de couverture médicale ou de mécanismes de retraite peut alors transformer la fin d’une carrière glorieuse en une longue période de vulnérabilité.
Le football procure des émotions extraordinaires, mais il ne garantit pas automatiquement une sécurité matérielle durable.
C’est précisément pour cette raison que la reconnaissance des anciennes gloires ne doit pas se limiter aux discours, aux cérémonies et aux photographies officielles.
Elle doit se traduire par des mécanismes de protection concrets.
L’histoire sportive ne doit pas seulement conserver les résultats et les trophées. Elle doit aussi documenter les conditions dans lesquelles les athlètes ont préparé les compétitions, représenté le pays et vécu après leur carrière.
Le devoir de mémoire suppose également un devoir de vérité.
V. Des maisons, des voitures et des allocations : reconnaître aussi ce que la République a consenti
La situation des anciennes gloires ne doit pas être abordée uniquement sous l’angle de l’abandon.
L’histoire mérite d’être racontée dans toute sa complexité.
À la suite des succès sportifs de cette génération, des mesures de reconnaissance ont été rapportées, notamment l’attribution de logements à la cité Salongo, ( Salongo Léopards), dans la commune de Lemba, ainsi que la remise de voitures Volkswagen Passat à certains bénéficiaires si pas à tous.
Certains témoignages ont fait également état d’allocations mensuelles de 500 dollars accordées à d’anciens Léopards sous le gouvernement du Premier ministre Adolphe Muzito.
Il serait injuste d’effacer les initiatives qui ont effectivement été prises par les pouvoirs publics.
Il serait tout aussi regrettable de considérer que ces gestes, même importants, auraient définitivement réglé la question de la protection des anciens sportifs.
Une maison ne remplace pas une couverture médicale.
Une voiture ne garantit pas un revenu à vie.
Une allocation versée à une période donnée ne constitue pas nécessairement une pension permanente.
Et aucune mesure ponctuelle ne peut répondre, à elle seule, aux besoins médicaux qui apparaissent plusieurs décennies après la carrière.
La reconnaissance passée doit être saluée ; la solidarité présente doit être organisée.
C’est cette double exigence qui doit guider notre regard sur la situation de Boba Lobilo.
Il ne s’agit ni de nier ce que la République a fait ni de prétendre que tout a été fait.
Il s’agit de reconnaître les acquis, d’identifier les insuffisances et de construire des réponses adaptées aux réalités actuelles.
VI. Boba Lobilo aujourd’hui : le drame d’un champion confronté à la cécité

C’est ici que l’émotion devient particulièrement vive.
Pour un homme qui a passé une partie de sa vie à observer le jeu, à anticiper les mouvements des adversaires, à lire les trajectoires du ballon et à intervenir avec précision, la perte de la vision représente une épreuve immense.

Pour un ancien sportif dont le corps fut autrefois un instrument de performance et de compétition, cette situation peut également compliquer les gestes les plus simples du quotidien.
Mais au-delà de la dimension symbolique, il y a une réalité humaine.
Il y a un homme âgé qui a besoin, comme toute personne confrontée à une déficience visuelle importante, de soins adaptés, d’un accompagnement digne et d’un environnement sécurisé.
Il y a une famille qui peut avoir besoin de soutien.
Il y a des questions auxquelles il faut répondre : bénéficie-t-il d’un suivi ophtalmologique approprié ? Dispose-t-il d’un accompagnement médical régulier ? Son logement est-il adapté à ses besoins ? A-t-il accès aux aides techniques qui pourraient favoriser son autonomie ?
Il ne faut pas confondre compassion et diagnostic médical.
La cécité peut avoir plusieurs causes, et seule une évaluation médicale permet de déterminer les possibilités de traitement, de réadaptation ou d’accompagnement.
La priorité est donc de faire établir un bilan par des professionnels compétents, en concertation avec l’intéressé et sa famille.
Il faut également protéger sa dignité : sa situation ne doit pas devenir un spectacle, ni un prétexte à la diffusion d’images humiliantes.

Boba Lobilo n’est pas seulement un homme qui ne voit plus comme avant. Il est un ancien champion dont la contribution à l’histoire nationale demeure intacte.
Sa valeur ne se mesure ni à son état de santé ni à ses conditions matérielles actuelles.
Elle se mesure aussi à ce qu’il a apporté à des générations de Congolais.

Et ce patrimoine humain mérite aujourd’hui une réponse solidaire.
VII. Du stade à la détresse : le paradoxe de nos héros sportifs
Le cas de Boba Lobilo n’est malheureusement pas isolé dans les préoccupations relatives au sort des anciennes gloires sportives.
Il rappelle celui de Baudouin Lofombo Geleme, surnommé « le Bombardier », ancien joueur de Vita Club et des Léopards, dont la situation préoccupante a également suscité des appels à l’aide.

Deux trajectoires différentes, mais une même interrogation : que devient un champion lorsque l’âge, la maladie ou la précarité le rendent moins visible dans l’espace public ?
Pendant leur carrière, ces sportifs sont célébrés. Leurs performances sont commentées à la radio, leurs noms scandés dans les stades et leurs exploits transmis de génération en génération.
Lorsqu’ils vieillissent, cependant, leur présence dans l’actualité diminue.
Le public se tourne vers les nouvelles compétitions, les nouveaux talents, les transferts et les performances des équipes contemporaines.
Cette évolution est normale. Le sport vit au rythme du renouvellement des générations.
Mais la mémoire d’une nation ne devrait pas suivre le même mouvement d’effacement.
Les anciens champions ne doivent pas être considérés comme des héros uniquement lorsqu’ils sont en mesure de remplir les stades ou de faire gagner des trophées.

Leur contribution passée ne disparaît pas avec leur retraite.
Leur dignité ne diminue pas avec l’âge.
Leur droit aux soins et à une vie décente ne dépend pas de leur popularité.
Le football congolais doit donc réfléchir à un mécanisme durable d’accompagnement des anciennes gloires : anciens internationaux, athlètes olympiques, champions continentaux et autres sportifs ayant représenté la République.
Ce mécanisme ne devrait pas être improvisé au gré des appels à l’émotion.
Il devrait reposer sur des critères transparents, un recensement fiable, une évaluation des besoins et un financement contrôlable.
L’objectif n’est pas de distribuer des faveurs.
L’objectif est de reconnaître une contribution nationale et de prévenir les situations de détresse.
VIII. Notre appel au gouvernement, aux dirigeants sportifs et aux personnes de bonne volonté
Face à la situation rapportée de Florian Boba Lobilo, nous lançons un appel à la solidarité nationale.
Cet appel s’adresse aux institutions publiques, aux responsables du sport congolais, aux dirigeants de l’AS Vita Club, à la Fédération congolaise de football association, aux anciens Léopards, aux entreprises, aux hommes et femmes d’affaires, aux artistes, aux personnalités religieuses, aux médias et à tous les citoyens attachés à l’histoire du football national.
Il ne suffit pas de dire : « Nous nous souvenons de lui. »
Il faut traduire ce souvenir en actions.
1. Au gouvernement de la République : une assistance médicale prioritaire
Nous demandons aux ministères compétents, notamment ceux chargés des Sports et de la Santé, d’examiner sans délai les possibilités d’une prise en charge médicale appropriée de Florian Boba Lobilo.
Cette démarche devrait commencer par une prise de contact régulière avec l’intéressé ou sa famille, suivie d’un bilan médical spécialisé et d’une évaluation de ses besoins.
Selon les conclusions médicales, un accompagnement ophtalmologique, une réadaptation à la déficience visuelle et des aides destinées à préserver son autonomie pourraient être nécessaires.
Cette assistance devrait être organisée dans le respect de sa volonté, de sa vie privée et de sa dignité.
2. À l’AS Vita Club : ne pas oublier l’un des siens
Vita Club n’est pas seulement un club de football. C’est aussi une communauté, une mémoire collective et une histoire transmise entre générations.
Le club pourrait prendre l’initiative de mettre en place un programme de solidarité en faveur de ses anciennes gloires confrontées à des problèmes de santé ou à la précarité.
De façon structurée, des visites officielles auprès de Boba Lobilo, une évaluation de ses besoins et une contribution concrète à son accompagnement constitueraient des gestes forts.
Les supporters pourraient également être associés à une mobilisation organisée et transparente.
L’hommage rendu à une légende ne doit pas s’arrêter aux banderoles déployées dans les tribunes.
3. À la FECOFA et aux instances sportives : établir un registre des anciennes gloires
Le cas de Boba Lobilo montre la nécessité de disposer d’un répertoire actualisé des anciens internationaux et des sportifs ayant représenté la République dans les grandes compétitions.
Ce registre pourrait permettre de connaître leur situation, leurs besoins et les formes d’assistance nécessaires.
Il ne s’agirait pas de surveiller leur vie privée, mais de mettre en place, avec leur consentement, un dispositif de solidarité et de suivi social.
Une telle initiative aiderait à éviter que les institutions ne découvrent la détresse d’un ancien champion uniquement lorsqu’une photographie ou une vidéo devient virale.
4. Aux entreprises et aux opérateurs économiques : transformer la compassion en engagement
Les entreprises congolaises, les sponsors du football et les partenaires du secteur sportif pourraient contribuer à un fonds de solidarité destiné aux anciennes gloires.
Ce fonds devrait disposer de règles claires, d’une gouvernance identifiable et de mécanismes de contrôle.
Les contributions pourraient financer des soins, des équipements adaptés, des besoins essentiels et des programmes de réinsertion.
Il serait souhaitable que les entreprises qui investissent dans le football professionnel consacrent également une part de leur engagement social à ceux qui ont contribué à son histoire.
5. Aux anciens Léopards et aux personnalités du sport : faire jouer la solidarité d’équipe
Les anciens coéquipiers de Boba Lobilo connaissent mieux que quiconque les sacrifices, les joies et les difficultés de cette génération.
Leur mobilisation pourrait avoir une grande portée humaine.
Ils pourraient participer à une visite de solidarité, témoigner de son parcours, contribuer à une collecte ou solliciter les institutions sportives.
L’esprit d’équipe ne devrait pas disparaître avec le dernier coup de sifflet.
Une équipe demeure une équipe lorsque ses membres se soutiennent dans les moments difficiles.
6. Aux médias : raconter son histoire avec dignité
Les journalistes et les médias ont une responsabilité particulière.
Il faut rappeler les exploits de Boba Lobilo, recueillir ses témoignages, documenter les conditions de vie des anciennes gloires et interpeller les décideurs.
Mais ce travail doit être accompli avec rigueur.
Il convient de vérifier les informations médicales, de distinguer les faits établis des témoignages et de solliciter les personnes concernées avant de publier des images de leur vie privée.
La compassion ne dispense pas du respect de la vérité.
La solidarité ne justifie pas l’humiliation.
7. Aux personnes de bonne volonté : organiser une collecte transparente
Une mobilisation citoyenne pourrait contribuer à répondre rapidement aux besoins urgents de Boba Lobilo.
Mais une telle collecte ne devrait pas être lancée sans précautions.
Il faut d’abord obtenir l’accord de l’intéressé ou de sa famille, identifier les besoins réels, désigner des responsables dignes de confiance et publier les modalités de gestion des contributions.
Les sommes recueillies devraient faire l’objet d’un suivi vérifiable et d’un compte rendu accessible aux contributeurs.
L’objectif est simple : que chaque geste de solidarité parvienne réellement à celui auquel il est destiné.
Il ne faudrait pas que l’appel à l’aide d’une légende devienne une occasion d’exploitation ou de confusion.
IX. Au-delà de Boba Lobilo, construire une véritable politique de protection des anciennes gloires
L’émotion suscitée par le cas de Boba Lobilo et celui de Baudouin Lofombo Geleme devrait servir de point de départ à une réflexion plus large.


La République démocratique du Congo a connu des générations d’athlètes qui ont porté ses couleurs dans les compétitions africaines et internationales.
Certains ont bénéficié de mesures de reconnaissance. D’autres ont rencontré des difficultés dans leur reconversion professionnelle ou dans la prise en charge de leur santé.
Une politique durable devrait tenir compte de ces réalités.
Nous proposons notamment :
Un recensement national des anciennes gloires sportives, réalisé en collaboration avec les fédérations, les clubs et les associations d’anciens sportifs.
Un mécanisme d’assistance médicale et sociale, fondé sur des critères transparents et une évaluation individuelle des besoins.
La vérification des engagements historiques de l’État, notamment en matière de primes, d’allocations et d’avantages accordés aux anciens internationaux.
Un programme de reconversion des sportifs, afin que les générations actuelles puissent préparer leur avenir avant la fin de leur carrière.
Un fonds de solidarité durable, associant les pouvoirs publics, les fédérations, les clubs, les entreprises et les partenaires de bonne volonté.
Une politique de mémoire sportive, comprenant des archives, des témoignages, des documentaires, des rencontres avec les jeunes et des hommages aux anciens champions.
Une telle politique ne doit pas se limiter aux joueurs de football.
Elle devrait progressivement s’étendre aux autres disciplines sportives, en fonction des besoins identifiés et des ressources disponibles.
La finalité est de passer d’une solidarité occasionnelle à une protection organisée.
Car la meilleure manière d’honorer les anciens champions est aussi de protéger ceux qui porteront demain les couleurs du pays.
X. À Boba Lobilo, notre gratitude et notre affection
Cher Boba Lobilo, cher « Docta »,
Pour ceux qui vous ont vu jouer, votre nom demeure associé à une époque de passion et de fierté.
Vous avez porté les couleurs de Vita Club.
Vous avez défendu celles des Léopards.
Vous avez participé à la grande aventure africaine de 1974.
Vous avez contribué à cette histoire que les supporters racontent encore, des décennies plus tard, aux enfants qui découvrent les exploits des anciennes générations.
Votre parcours appartient désormais au patrimoine sportif de notre pays.
Aujourd’hui, lorsque des témoignages évoquent votre perte de la vue et les difficultés auxquelles vous seriez confronté, nous ne pouvons rester indifférents.
Nous ne voulons pas seulement vous adresser des paroles de compassion.
Nous voulons que les institutions se mobilisent, que les anciens coéquipiers se manifestent, que votre club vous témoigne sa solidarité et que les personnes de bonne volonté contribuent, de manière responsable, à votre accompagnement.
Nous voulons surtout que votre histoire serve à éviter à d’autres champions de connaître les mêmes difficultés.
Vous avez consacré une partie de votre jeunesse au football.
Vous avez participé à des victoires qui ont procuré de la joie à des millions de Congolais.
Vous avez contribué à faire connaître le nom de notre pays.
Vous méritez aujourd’hui considération, respect et assistance.
La perte de la vue, si douloureuse soit-elle, ne saurait effacer les images que vous avez laissées dans la mémoire des supporters.
Vous ne voyez peut-être plus les stades comme autrefois, mais votre parcours continue d’être raconté par ceux qui vous ont admiré.
La République ne doit pas attendre la disparition de ses héros pour leur rendre hommage.
Elle doit apprendre à les accompagner de leur vivant.
Conclusion : le temps passe, la dette de mémoire demeure
Le temps est, comme le dit une sagesse populaire, à la fois le meilleur allié de l’homme et son adversaire implacable.
Il permet aux jeunes talents de grandir, aux sportifs d’atteindre les sommets et aux nations de célébrer leurs victoires.
Mais il impose aussi ses épreuves : l’âge, la maladie, la perte d’autonomie et parfois la précarité.
Les anciennes gloires ne peuvent pas arrêter le temps. En revanche, une société peut choisir de ne pas les abandonner.
Le cas de Florian Boba Lobilo nous invite à dépasser les émotions passagères pour engager une réflexion sérieuse sur la responsabilité de l’État, des clubs, des fédérations et de la communauté nationale envers les sportifs qui ont contribué à son rayonnement.
Il nous rappelle également que la reconnaissance ne doit pas être opposée à la vérité : il faut saluer les mesures de soutien qui ont existé, vérifier les faits, identifier les besoins actuels et construire des solutions durables.
Aujourd’hui, le football congolais regarde vers de nouveaux horizons .
Mais cet avenir ne doit pas nous faire oublier ceux qui ont ouvert la voie.
Derrière les nouvelles générations se trouvent des pionniers.
Derrière les célébrations d’aujourd’hui se trouvent des sacrifices d’hier.
Derrière chaque maillot national se trouve une histoire humaine.
Et derrière le nom de Boba Lobilo se trouve une partie de notre mémoire collective.
N’attendons pas demain pour faire aujourd’hui ce que la reconnaissance, la justice et la solidarité nous commandent.
Que les pouvoirs publics prennent leurs responsabilités.
Que Vita Club se souvienne de l’un de ses grands défenseurs et de Lofombo Geleme Baudouin, le Bombardier.
Que les instances sportives organisent une solidarité durable.
Que les anciens Léopards se retrouvent autour de leurs compagnons de route.
Que les entreprises et les citoyens contribuent à des initiatives transparentes.
Et que les médias poursuivent leur travail de mémoire, de vérité et d’interpellation.
Car un champion peut quitter les terrains.
Il peut perdre ses forces.
Il peut être confronté à la maladie et à la vieillesse.
Mais une nation digne ne devrait jamais perdre de vue ceux qui ont contribué à sa grandeur.
Boba Lobilo, Docta : respect à la légende !
Baudouin Lofombo Geleme : solidarité avec le Bombardier !
Pour toutes nos anciennes gloires sportives : de la reconnaissance symbolique à la protection réelle !
La gloire appartient à l’histoire. La dignité appartient à tous les jours.
Tribune de Bertin Kangamotema Amizia sur Newmessagerpaix.net
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