« Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde. » (Mt 5, 13-16)»
La décision annoncée à l’issue de la rencontre du vendredi 17 juillet 2026 entre le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, et les représentants des principales confessions religieuses, ouvrant la voie à un dialogue national inclusif, marque un tournant majeur dans la vie politique congolaise. Alors que le pays s’apprête à engager un processus appelé à redéfinir les bases du consensus national, la question de la représentativité des forces vives devient plus que jamais centrale.

Dans cette perspective, la reconfiguration de la société civile ne peut être improvisée ni se faire au détriment de son héritage historique. Elle doit s’appuyer sur les organisations qui, depuis des décennies, incarnent un engagement constant en faveur de la démocratie, de la paix, de la justice et du bien commun.

Au premier rang de celles-ci figure le Conseil de l’Apostolat des Laïcs Catholiques du Congo (CALCC), expression organisée du laïcat catholique et véritable courroie de transmission entre la CENCO et les communautés de base.
Introduction
À l’heure où la République démocratique du Congo s’engage vers un dialogue national inclusif, annoncé comme une étape décisive pour la cohésion nationale et la recherche de solutions durables aux multiples crises que traverse le pays, une question fondamentale s’impose : qui parlera au nom de la société civile congolaise ?
Cette interrogation dépasse les intérêts des plateformes ou des personnalités. Elle touche à la crédibilité du futur dialogue et à la capacité des forces sociales de représenter fidèlement les aspirations profondes du peuple congolais.
La société civile ne peut être reconstruite sur des bases circonstancielles ou au gré des rapports de force. Elle doit s’appuyer sur son histoire, sur ses institutions et sur les organisations qui ont démontré, dans la durée, leur capacité à défendre l’intérêt général.
Toutes les grandes nations s’appuient sur des institutions qui ont traversé les épreuves de l’histoire sans perdre leur crédibilité. En République démocratique du Congo, l’Église catholique fait partie de ces rares institutions qui ont accompagné le peuple avant, pendant et après l’indépendance.
Si les évêques ont souvent porté la voix prophétique de l’Église, cette parole n’aurait jamais eu un tel impact sans l’engagement quotidien des millions de fidèles laïcs qui, dans les villages, les quartiers, les écoles, les universités, les hôpitaux, les syndicats, les associations et les administrations publiques, incarnent les valeurs de justice, de paix, de solidarité et de vérité.
Le Conseil de l’Apostolat des Laïcs Catholiques du Congo (CALCC) est l’expression organisée de cette force citoyenne.

Reconnu officiellement par la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO), il constitue la mémoire vivante de l’engagement civique des catholiques congolais et la courroie de transmission entre les évêques, les mouvements d’action catholique et les communautés de base.
Au moment où s’ouvre une nouvelle séquence politique pour le pays, il apparaît indispensable de rappeler une évidence :
– aucune reconfiguration crédible, inclusive et durable de la société civile congolaise ne peut faire abstraction du CALCC, acteur historique du laïcat catholique et partenaire incontournable de toute dynamique nationale visant à consolider la paix, la démocratie et l’État de droit.
Depuis 1960, le laïcat catholique accompagne toutes les grandes étapes de la Nation
Depuis l’accession du Congo à l’indépendance, le laïcat catholique contribue à préserver la cohésion sociale dans les périodes de crise.
* Lorsque les institutions publiques étaient fragilisées, les écoles catholiques ont continué à former des générations de cadres.
* Lorsque les structures sanitaires faisaient défaut, les hôpitaux catholiques ont poursuivi leur mission.
* Lorsque les conflits déchiraient le pays, les paroisses sont devenues des espaces de refuge, d’écoute et de réconciliation.
* Lorsque les libertés étaient menacées, les communautés chrétiennes sont demeurées des lieux d’espérance.
Cette fidélité au service du peuple constitue aujourd’hui un patrimoine national.
L’Église agit avec son laïcat
La doctrine sociale de l’Église rappelle que les fidèles laïcs sont les premiers acteurs de la transformation des réalités temporelles. Ils ne sont pas de simples exécutants des évêques, mais des citoyens investis d’une mission évangélique au cœur de la société.
Leur champ d’action couvre la politique, l’économie, la justice, l’éducation, la santé, les médias, la culture, l’environnement, l’entrepreneuriat, la défense des droits humains et la promotion de la paix.
Le CALCC est précisément l’instrument chargé de coordonner cette mission. Il assure la liaison entre la CENCO, la Commission épiscopale pour l’Apostolat des Laïcs, les mouvements d’action catholique, les associations ecclésiales et les fidèles engagés dans la société.
Le CALCC, une école permanente de citoyenneté
Depuis plusieurs décennies, le CALCC organise des formations civiques, des campagnes de sensibilisation, des réflexions sur la gouvernance, des initiatives en faveur de la paix, des appels au dialogue national et des plaidoyers pour le respect de la Constitution, de la démocratie et des droits humains.
Son action ne répond à aucun agenda partisan. Elle s’inscrit dans une exigence évangélique : placer la dignité de la personne humaine au centre de toute action publique.
Cette indépendance explique la crédibilité dont bénéficie le laïcat catholique auprès d’une large partie de la population congolaise.
La société civile congolaise ne peut renier son histoire
La société civile moderne en République démocratique du Congo ne s’est pas construite dans un vide institutionnel. Elle est le fruit d’un long cheminement auquel ont contribué les Églises, les syndicats, les organisations professionnelles, les associations féminines, les mouvements de jeunesse, les ONG, les universitaires et les défenseurs des droits humains.
Le laïcat catholique figure parmi les principaux artisans de cette construction.
Toute initiative visant aujourd’hui à restructurer la société civile doit reconnaître cette réalité historique. Exclure le CALCC reviendrait à priver la société civile d’une part essentielle de sa mémoire institutionnelle, de son expérience et de son capital moral.
Le « Noyau détonateur » : une opportunité à construire dans l’inclusivité
L’idée de constituer un noyau fédérateur de la société civile, capable de renforcer son unité et de préparer un Livre Blanc sur son avenir, constitue une initiative porteuse d’espérance.
Pour être crédible, cette démarche doit respecter un principe fondamental : aucune composante historique de la société civile ne peut être marginalisée.
Le CALCC, en tant que représentant officiel du laïcat catholique reconnu par la CENCO, doit naturellement prendre sa place dans cette dynamique, aux côtés des autres familles de la société civile.
Il ne s’agit ni d’un privilège ni d’un monopole, mais d’une exigence de représentativité, de cohérence historique et d’efficacité collective.
Un appel à l’unité
L’heure n’est plus aux rivalités entre plateformes. Elle est au rassemblement des intelligences, des expériences et des bonnes volontés.
La société civile congolaise sera forte si elle sait conjuguer l’expérience des pionniers avec l’énergie des nouvelles générations.
Par son implantation nationale, son expérience de terrain et sa capacité à faire dialoguer l’Église et la société, le CALCC peut apporter une contribution déterminante à cette convergence.
Conclusion : construire l’avenir sans effacer l’histoire
Le Congo n’a pas besoin d’une société civile amnésique. Il a besoin d’une société civile enracinée dans son histoire, ouverte à toutes les composantes de la Nation et capable de répondre aux défis du XXIᵉ siècle.
Depuis plus de six décennies, le laïcat catholique participe fidèlement à cette mission. À travers le CALCC, il demeure l’une des principales écoles de citoyenneté, de responsabilité et d’engagement au service du bien commun.
Aucune recomposition sérieuse de la société civile congolaise ne saurait ignorer cette réalité.
Construire l’avenir, c’est reconnaître les héritages qui ont fait leurs preuves. Le CALCC est de ceux-là.
Il appartient désormais aux forces vives de la Nation de transformer cette mémoire en espérance, cette espérance en action et cette action en une véritable renaissance de la société civile au service de la République démocratique du Congo.
À ce titre, ce manifeste se veut une contribution au débat national et un appel à reconnaître la place historique du laïcat catholique dans la construction de l’État de droit, de la démocratie, de la paix et de la cohésion nationale.
Bertin Kangamotema Amizia/
Newmessagerpaix.net






