De la mémoire blessée à la reconstruction de la conscience nationale :
dans une conférence scientifique en plénière extraordinaire devant le Parlement des étudiants, Didier Mumengi plaide pour une véritable thérapie psycho-historique de la conscience congolaise.
En revisitant les violences de la traite, de la colonisation et des conflits contemporains, de la mémoire de George Washington Williams au GENOCOST, il interroge les effets durables des traumatismes historiques, des silences mémoriels et des récits imposés sur les représentations, les comportements et le devenir collectif du peuple congolais.
Il propose ainsi de sortir de l’amnésie historique par un travail de réappropriation, de vérité, de catharsis et de responsabilité, symboliquement résumé dans l’idée d’un « procès expiatoire de la conscience congolaise ».
Pour Didier Mumengi, la renaissance du Congo passe nécessairement par la reconstruction de sa mémoire, la décolonisation de sa conscience et la capacité des Congolais à réécrire leur propre histoire, par eux-mêmes et pour eux-mêmes, afin de retrouver une direction collective et de bâtir une nation pleinement consciente de son passé, de son identité et de son avenir.
Lisez attentivement l’intégralité de cette intervention jusqu’à la fin
Honorables membres du Parlement des étudiants,
Permettez-moi de commencer par une question simple, mais dont la portée historique, mémorielle et psychologique est considérable. Connaissez-vous cet homme ?
Soldat, pasteur, historien, juriste, homme politique et diplomate afro-américain, il naquit le 16 octobre 1849 à Bedford Springs, en Pennsylvanie, aux États-Unis d’Amérique, et mourut prématurément le 2 août 1891 à Blackpool, en Angleterre, à l’âge de 41 ans.
Quelle étrange et saisissante résonance historique : cet homme est mort un 2 août.
Plus d’un siècle plus tard, la nation congolaise a choisi, elle aussi, un 2 août pour se souvenir des massacres de masse qui ont profondément meurtri notre société, à travers la Journée nationale de commémoration du GENOCOST.
Hasard du calendrier ou saisissante alerte mémorielle ?
Deux époques. Deux histoires. Une même date. Et, par-delà les différences de contextes, une même exigence de mémoire : celle des violences de masse infligées aux populations congolaises à travers l’histoire. Alors, que vient nous révéler, dans le mystère de sa synchronicité, l’archétype mémoriel du 2 août ? Ne nous adresse-t-il pas, par-delà le temps, une injonction simple, grave et universelle :
« N’oubliez jamais le mal qui vous a été fait. N’oubliez jamais ceux qui l’ont subi. Et surtout, n’oubliez rien, afin que l’Histoire ne puisse jamais recommencer. »

Venu au Congo aux premières heures de la colonisation, surnommé par les populations congolaises « Mundele Ndombe », il fut l’un des premiers grands témoins internationaux à dénoncer les violences commises dans le cadre du régime de l’État indépendant du Congo.
Le 18 juillet 1890, il adressa au roi Léopold II une lettre ouverte dans laquelle il dénonçait notamment les meurtres, les razzias esclavagistes, les exactions et les différentes formes de brutalité exercées contre les populations congolaises. Il y réclamait déjà la création d’une « Commission Internationale » chargée d’enquêter sur les faits qu’il dénonçait.
Puis, le 15 septembre 1890, dans une lettre adressée au secrétaire d’État américain James G. Blaine, Williams alla plus loin encore. Il y affirma que l’État colonial belge était engagé dans la traite des esclaves et qu’il était coupable de « nombreux crimes contre l’humanité ».
Ainsi, dès 1890, depuis le Congo et à propos du Congo, apparaissait sous la plume de cet homme du premier 2 aoûtl’expression : « crimes contre l’humanité ».
Fait historique d’une portée singulière : bien avant que le droit international ne lui confère sa consécration juridique, l’expression « crimes contre l’humanité » trouvait déjà au Congo l’une de ses premières et tragiques réalités sociétales.
Cet homme s’appelait George Washington Williams.
Une question, dès lors, s’impose : pourquoi son nom demeure-t-il si peu connu dans notre pays ? Cette question touche au cœur de mon propos : une nation ne construit véritablement une conscience nationale que lorsqu’elle est capable de se raconter elle-même, par elle-même et pour elle-même.
Avoir une histoire ne suffit pas à bâtir une conscience nationale. Il faut encore la connaître, la transmettre, l’interpréter, en faire une culture et en assumer la responsabilité narrative.
Ne l’oublions jamais : qui maîtrise le récit du passé dispose du pouvoir de donner sens au présent et d’ouvrir les horizons du futur.
Voilà pourquoi la mémoire de George Washington Williams touche à notre identité, à notre conscience historique, à notre souveraineté historiographique et à notre autodétermination narrative.
Une question plus profonde surgit alors : le désœuvrement ontologique que nous déplorons – cette difficulté à savoir qui nous sommes, d’où nous venons et vers quoi nous voulons aller – ne serait-il pas aussi le reflet d’une mémoire collective inorganisée, blessée, insuffisamment réappropriée et devenue, en quelque sorte, non autobiographique ?
Autrement dit : que devient un peuple lorsqu’il possède une histoire pluriséculaire et immense, mais ne parvient plus à l’inscrire pleinement dans sa propre mémoire ?
Et, inversement : que pourrait devenir un peuple qui reprendrait possession de son histoire, non pour vivre dans le passé, mais pour y puiser les ressources nécessaires à la construction et à la consolidation de sa conscience nationale ?
Rappelons-nous-en : se réapproprier son histoire pour affermir la conscience nationale, c’est reconquérir la capacité de donner sens à son présent et direction à son avenir.
L’histoire de George Washington Williams au Congo commence le 4 avril
1892, lorsque Léopold II écrivit au Gouverneur Général du Congo, Camille Janssen, ainsi qu’à son vice-gouverneur, Théophile Wahis, pour exiger l’intensification des récoltes d’ivoire et de caoutchouc.

Le décret du 21 septembre 1891, qui consacrait l’accaparement par l’État indépendant du Congo d’une grande partie des espaces traditionnellement consacrés à la vie communautaire, à l’agriculture, à la chasse, à la pêche et à la cueillette, en les plaçant sous le régime du domaine privé du roi, conduisit le juriste et diplomate Camille Janssen à présenter sa démission.
Le 1er juillet 1892, le militaire de carrière Théophile Wahis lui succède. Il instaure le « système des quotas », avec des commissaires dont l’avancement et les primes dépendent des volumes de caoutchouc et d’ivoire expédiés vers Anvers.
La production devient alors un système de coercition esclavagiste : prise d’otages, chicotte, incendies de villages et mutilations des mains.
Le 1er avril 1893, Léopold II nomme le lieutenant Victor-Léon Fiévez au district de l’Équateur, bientôt surnommé « le diable de l’Équateur ».
En 1894, face au refus de la population congolaise de se soumettre à la récolte forcée du caoutchouc, Léon Fiévez s’insurge et déclare avec une froideur glaciale : « Devant leur mauvaise volonté manifeste, je leur fais la guerre. Un exemple a suffi, cent têtes tranchées et depuis lors les vivres abondent dans la station… J’ai supprimé cent existences, mais cela permet à cinq cents autres de vivre.»
Cette sentence, d’un cynisme inqualifiable, fut consignée dans un rapport officiel et confidentiel expédié depuis Coquilhatville le 11 janvier 1895.
Quelques semaines plus tôt, le 18 novembre 1894, Fiévez s’était mis en route pour orchestrer l’implantation du poste colonial de Busira, dans le territoire de Bolomba. Afin d’asseoir son autorité dès le premier jour de son arrivée, il y fit massacrer indistinctement 956 personnes et captura arbitrairement 200 prisonniers, dont la moitié était des enfants âgés de quatre à dix ans.
À cette infamie s’ajoutèrent le pillage et l’incendie de 162 villages, ainsi que la destruction méthodique des cultures agricoles pour y semer la famine. En 1895, cette politique de terreur systémique porta ses fruits macabres : le district de l’Équateur afficha le rendement de caoutchouc le plus spectaculaire de tout l’État indépendant du Congo, culminant à plus de 650 tonnes.

L’écho de ces atrocités finit par franchir l’océan. Le 26 juin 1895, l’un des sanglants « exploits » de Fiévez fut directement dénoncé à la tribune de la Chambre belge des représentants par le député libéralprogressiste Georges Lorand : « Un jour, déclara-t-il, Léon Fiévez compta plus de 1 300 mains coupées… »
De 1900 à 1908, l’État indépendant du Congo exporta chaque année plusieurs milliers de tonnes de caoutchouc — entre 4 500 et 6 000 tonnes selon les estimations disponibles, avec, par exemple, près de 4 900 tonnes en 1900, 6 000 en 1901 et 5 918 tonnes en 1903.
Et c’est justement pendant cette période que la population congolaise connut ce que plusieurs chercheurs ont décrit comme un « génocide colonial », avec près de 10 millions de morts, chiffre notamment popularisé par Adam Hochschild, à partir, entre autres, des travaux de Jean Vansina et de Jules Marchal.
Comment des faits aussi précieusement documentés, révélés et publiquement débattus ont-ils pu être ainsi effacés du grand récit national ?
Croyez-moi, chers compatriotes : si cette tragédie semble absente de notre conscience historique collective et de nos manuels scolaires, son effacement n’est pourtant qu’une illusion. Ce qui a été exclu du récit national continue, subrepticement, à produire des effets psychopathologiques dans le psychisme collectif.
Ce qui n’a pu être reconnu, nommé et symbolisé au niveau de la conscience nationale demeure à l’œuvre : cela façonne nos représentations, altère nos comportements et parasite notre rapport au passé.
De fil en aiguille, les traumatismes qui n’ont pu être nommés, reconnus, exorcisés, symbolisés et intégrés dans la narration historique nationale sédimentent des empreintes pathogènes durables dans les mécanismes psychologiques et physiologiques de réponse aux épreuves de la vie, notamment dans les processus de régulation du cortisol.
Nous sommes alors devant une chaîne psycho-historique complexe : les violences historiques, enfouies dans le silence historiographique et privées de possibilités de verbalisation expiatoire, contribuent, couche après couche, à la formation d’une mémoire traumatique ; celle-ci, à son tour, affecte les représentations de soi, le regard porté sur l’autre, sur notre passé, sur nos impensés et sur notre avenir ; ces représentations, en aval, alimentent des mécanismes de transmission intergénérationnelle, principalement psychologiques, sociaux et culturels, dont certaines manifestations peuvent prendre des formes dissociatives, décidophobiques et autodestructrices.
La recherche explore également l’hypothèse selon laquelle certaines expériences traumatiques vécues par les générations antérieures pourraient être associées à des modifications épigénétiques ainsi qu’à des altérations de certaines réponses biologiques aux aléas de la vie.
Cette hypothèse ne signifie toutefois ni modification de la séquence génétique, ni transmission biologique automatique du traumatisme.
Quoi qu’il en soit, les psychocides qui n’ont pu être reconnus, nommés, thérapeutisés et intégrés dans le récit national peuvent contribuer à la perpétuation transgénérationnelle du traumatisme historique, sous la forme d’une vulnérabilité psychopathologique susceptible de se reproduire insidieusement de génération en génération.
Comble de l’auto-négation mémorielle : du 30 juin 1960 à nos jours, ces psychocides historiques n’ont jamais véritablement fait l’objet d’un travail national, continu et suffisamment structuré de reconnaissance, de mémoire, de mise en sens et de réparation symbolique.
Dès lors, comment s’étonner du désœuvrement ontologique contemporain – cette difficulté collective à savoir qui nous sommes, d’où nous venons, ce que nous avons subi et vers quoi nous voulons aller – lorsqu’une part aussi considérable de notre histoire demeure insuffisamment reconnue, élaborée et intégrée à notre conscience nationale ?
Le désordre sociétal que nous observons et déplorons aujourd’hui ne serait-il pas, en partie, le symptôme visible d’un désordre mémoriel plus profond : une histoire insuffisamment réappropriée et réécrite, une mémoire collective insuffisamment réparée et rédimée, et, finalement, une conscience nationale encore insuffisamment décolonisée et réconciliée avec elle-même ?
De la traite négrière à nos jours, ces violences progressivement inculturées et sédimentées dans les imaginaires collectifs ont, selon toute vraisemblance, contribué à produire ce que je propose d’appeler un « code anthropologique traumatique », c’est-à-dire un ensemble altéré de représentations, de dispositions, de réflexes collectifs et de modes de rapport à soi, à l’autre, au pouvoir, à la mémoire et à l’avenir, subconsciemment intériorisés, sous l’effet de la répétition non réflexive, de la sédimentation des expériences psychopathogènes et de la transmission intergénérationnelle de schèmes traumatiques.
Ce « code anthropologique traumatique » agit aujourd’hui dans notre psychisme collectif :
• comme un principe de désorganisation de nos virtualités cognitives ;
• comme un facteur de désarticulation de nos consciences ;
• comme un vecteur de déconstruction identitaire ;
• comme un véritable virus d’insensibilisation collective, qui en vient à anesthésier notre capacité d’émotion, d’indignation et de mobilisation, au point que nombre de massacres de Congolais finissent par ne plus susciter, dans notre conscience collective, le deuil sociétal, l’indignation patriotique et la mobilisation civique qu’ils devraient normalement provoquer.

Très chers étudiants,
À force de perpétuer un corps social profondément psycho-endommagé, force est de constater combien notre société, progressivement, en vient à banaliser la mort, la violence, les massacres de masse et, plus largement, le mal.
De plus en plus, les tragédies humaines semblent absorbées par la banalité du quotidien : des embarcations chavirent, les accidents de la route se multiplient ; le dix-septième épisode épidémique d’Ebola atteint des niveaux de mortalité alarmants ; le choléra, le paludisme et bien d’autres maladies pourtant évitables et soignables continuent de faire des ravages. À chaque fois, des dizaines, parfois des centaines de vies sont fauchées. Et, pourtant, l’émotion collective s’émousse, l’indignation s’épuise et ces tragédies finissent trop souvent reléguées au rang de simples faits divers.
Le pays se souvient-il encore du Pacte de Ntenda, signé en août 1961 ? La Nation a-t-elle inscrit dans les manuels scolaires les massacres de Kasika du 24 août 1998 ? La société congolaise pense-t-elle encore à la tragédie de Makobola, advenue du 30 décembre 1998 au 2 janvier 1999 ou au drame de Mwenga, où, le 17 octobre 1999, quatorze femmes furent enterrées vivantes ?
Nous avons un Stade des Martyrs, mais les noms, les visages et les histoires de tant de nos martyrs demeurent invisibles et s’effacent progressivement de notre conscience collective.
Comme une conscience collective éperdue, la mémoire nationale erre dans les dédales des cultures exogènes et des récits historiques venus d’ailleurs, alors même que notre humanité recèle une histoire de gloires, de résistances et de hauts faits, gravée dans le sang, la mémoire et le destin de nos ancêtres.
C’est au cœur de cette longue, douloureuse et implacable continuité historique, faite de violences, de ruptures mémorielles, de silences pathologiques, d’effacements historiographiques consentis et de transmissions traumatiques intergénérationnelles, que j’entrevois ce que je propose d’appeler le « Syndrome d’Auto-Destruction Sociétale Postcoloniale ».
Ce syndrome se manifeste aujourd’hui dans notre pays à travers trois psychopathologies sociétales majeures :
1. L’injurisme cultuel : une pathologie de la parole publique où l’invective et la ferveur irrationnelle se substituent au savoir, à l’argumentation critique, au discernement intellectuel subtil et au débat raisonné :
2. Le règne décomplexé des vices : une déchéance comportementale résultant de l’affaiblissement
des vertus cardinales indispensables à la dignité humaine et au bien-vivre ensemble :
3. L’insensibilité socio-civique : une anomie émotionnelle collective, nourrie par la culture du sauvequi-peut et une doctrine de survie atomisée selon laquelle « tout se peut » et « presque rien n’est interdit ».
Quand l’injurisme vicie la parole, que les vices altèrent le comportement et que l’insensibilité délite le lien social, force est de ne pas réduire ces phénomènes à de simples défaillances morales spontanées : ils peuvent désormais être appréhendés comme les manifestations psychopathologiques différées des traumatismes esclavagistes et coloniaux originels, perpétuées dans le présent par une mécanique de reproduction pathogène, structurelle et transgénérationnelle.
En fait, trois grands mécanismes découlent de ce syndrome.
• Le premier, c’est la dépréciation de soi inculturée.
• Le deuxième, c’est la rupture civilisationnelle dissociative. C’est elle qui nous a conduits à l’accoutumance, d’une part, de la tribalisation paralysante de la politique et, d’autre part, de la politisation destructrice de nos tribus.
• Le troisième, enfin, c’est la violence coloniale intériorisée et retournée contre nous-mêmes.
Du constat de cet entrelacs crisique et réifiant découle une question fondamentale : comment construire une mémoire suffisamment restauratrice de la grandeur civilisationnelle de notre humanité, pour que, de Muntu-Hotep, notre ancêtre primordial, aux martyrs du GENOCOST,

la mémoire des massacres historiques endurés cesse d’être reléguée au rang de simple statistique ou réduite à de banals épisodes d’une chronologie tragique, et pour que nos traumatismes historiques collectifs dépassent enfin le stade d’évocations occasionnelles, opportunistes ou situationnelles, afin de s’inscrire durablement dans l’histoire nationale et la mémoire collective ?
La société congolaise n’a pas seulement besoin d’être politiquement ou économiquement réformée. Elle exige d’être repensée de fond en comble, à partir de sa superstructure psychologique, mémorielle, mentale, ontologique et anthropologique.
De là surgit une nécessité historique : convoquer et organiser sans délai le « procès expiatoire de la conscience congolaise ».
Non point un tribunal de la vengeance, ni une entreprise destinée à enfermer éternellement le Congo dans les geôles de son passé, mais un rituel cathartique de réappropriation historique autodéterminée. Autrement dit, ouvrir une audience d’aggiornamento transfiguratif, destinée à renouveler en profondeur notre rapport à nousmêmes, à notre histoire et à notre avenir.
Ce procès devra faire comparaître non des personnes, mais des récits, des silences, des oublis, des falsifications, des dévalorisations et des héritages historiques. Il devra nommer ce qui fut tu, documenter ce qui fut occulté, interroger ce qui fut déstructuré, restaurer ce qui fut dévalorisé et restituer à la conscience ce dont l’histoire l’a privée.

L’état de nos schèmes comportementaux collectifs appelle cet indispensable moment d’introspection collective réparatrice. Cet auto-jugement à visée psychoassainissante nous est crucial.
Dans une démarche de conscience volontaire et lucide, nous y examinerons nos propres responsabilités dans ce qui s’abat sur nous, nous interrogerons nos échecs historiques, nos fragilités cognitives et nos manquements moraux, afin d’assainir notre rapport à l’histoire et de contribuer à la régénération de la conscience nationale.
C’est cette décision de désencombrer la conscience collective des travestissements de l’histoire, des brouillages de la mémoire et des héritages traumatiques qui nous permettra alors de revisiter, avec la rigueur critique requise, les grandes strates de nos héritages africains anciens – de l’Égypte antique à la Nubie, de Napata à Méroé, de Kerma à Ishango, jusqu’aux grands royaumes et empires précoloniaux de l’espace congolais contemporain – non pour fabriquer un passé mythique, mais pour retrouver, dans la profondeur des siècles, les ressources intellectuelles, culturelles et civilisationnelles susceptibles de nourrir notre soif de renaissance.
Voilà, au fond, le sens ultime du « procès expiatoire de la conscience congolaise ».

Dans mon prochain livre, La Patriocratie plutôt que la démocratie, je développe plus largement les fondements, les enjeux et les modalités de cette démarche résurrectionnelle. Et oui : il ne s’agit pas seulement de ressusciter une mémoire. Il s’agit aussi de ressusciter une conscience. Et, à travers elle, de reconstruire une nation.
Je tiens à exprimer une gratitude toute particulière à ma fille Madeleine Mumengi, la deuxième de mes enfants, psychologue clinicienne de profession, qui m’a transmis le goût et la passion de la psychologie.
Par son regard clinique, sa grande sensibilité et la richesse de nos incessants échanges, elle a nourri ma réflexion et inspiré l’écriture de cette conférence. À travers ces pages se trouve donc aussi, discrètement, une part de ce qu’elle m’a transmis. Merci Mado.
Mesdames et Messieurs, Honorables membres du Parlement des étudiants,
Permettez-moi de conclure par cette conviction : « Nous ne reconstruirons pas le Congo si nous ne reconstruisons pas d’abord la conscience historique du Congolais. »
Et nous ne reconstruirons pas cette conscience historique si nous ne réécrivons pas notre histoire nationale de manière autobiographique. C’est-à-dire : par nous-mêmes d’abord, et pour nousmêmes surtout.
Je vous remercie.

Kinshasa, 6 octobre 2026
Didier Mumengi
Écrivain





